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les vertus et tous les mérites compatibles à rbumanité, celui d’Amédée de Bonpland J’espère que peu d’entre mes lecteurs auront besoin qu’on leur dise qui était Amédée de Bonpland, ou plutôt Aimé Bonpland, nom qu’on lui donnait souvent et qui convenait mieux à cet excellent homme.
Chacun le connaît comme l’ami et le compagnon de voyage de Humboldt, comme l’auxiliaire de cet homme illustre dans ses recherches scientifiques si étendues et si exactes, comme le patient investigateur qui recueillit une grande part de cette savante moisson, comme l’homme dont la modestie sans égale a laissé souvent attribuer le mérite de ses propres découvertes à son compagnon, beaucoup plus amoureux de la gloire qu’il ne > l’était lui-mème. Pour moi, aucun nom ne sonne plus doucement à mes oreilles que celui d' Amédée de Bonpland.
Je n’ai pas l’intention d’écrire sa biographie; ' ses ossements dorment aujourd’hui presque
obscurémeflt æut leB-rives du Parana au milieu
des scènes ou’il aimait tant; Mais l’histoire
impartiale l’associera toujours à la réputation, dOX ' honneurs? qui ont' été amoncelés sur la tète de Humboldt.
Il s’était retiré dwmewdeet avait fixé sa ré-‘ sidence sur les hords- du' Parana, non sur le territoi«e’ du. Paraguay, mais sur celui 'de la confédération Argentine, sur l’autre rive dU fleuve. ' > ' ■ '
Là, dans sa modeste ^ retraite, tout en poursuivant ses études d’histoire naturelle, il s’occupa. plus particulièrement à cultiver l’herbe du. Paraguay, la yerba, qui sert à composer le breuvage si connu sous le noin de maté , Son' caractère bien connu attira bientôt auprès; de lui une ‘colonie de paisibles Indiens Guaranis qui, se soumettant à sa douce autorité, l’aidèrent à installer un immense « Yerbale » ou plantation de thé. L’affaire allait devenir ' profitable le savant se trouvait, sans l’avoir prévu, siu* -le graad. ^emin de la fortune. ^ '
LA SŒUR pi:roue
'.'.Mais le, récit de sa* prospérité parvint aux oreiUeé de Gaspar, Francia ^ dictateur du Parî^guay. Cet homme, parmi d’autres théories despotiques, .professait .l’étrange doctrine, que ku culture - de la « Yerha » était un droit appartenante ex clusivemeut. à son pays, c’est-àdire à lui-même ! < . ■
, Pendant une nuit obscure, quatre cents de ses soldats .traversèrent le Parana,. attaquèrent la plantation de Bonpland,. massacrèrent une partie de ses « péons '* » et emmenèrent le. colon prisonnier au Paraguay.
. Le gouvernement argentin ^ afTaibli par ses dissensions, intestines,' se snumit à l’insulte; Bonpland) quir. n’était qu’un. Français et unétranger^ resta pendant neuf longues années prisonnier au^ Paraguay.. Ni un • chargé d’affaires anglais,- ni un ■ commissaire envoyé par Plnstitut' de France> ne purent réussir à lui'
faire rendre, k liberté. v- -
JL est' vrai qu’il ne fut/ d’abord prisonnier' que. sur parole et qu’on le laissait vivre sans
le molester, parce que Francia lui-même tirait profit de ses admirables connaissances et de sa sagesse.
Mais au lieu d’apaiser le tyran, les succès d’Amédée de Bonpland ne firent que hâter sai ' ruine. Le respect univers^ dont rentouràient les Paraguayens excita l’envie du despote. Une nuit, il fut saisi à l’improviste, dépouillé de ce qu’il possédait, sauf des vêtements qu’il portait, et chassé du pays 1 '
11 s’établit près de Corrientes, où hors de l’atteinte du tyran il recommença sans se dé> courager ses travaux d’agriculture. C’est là qu’auprès d’une femme née dans l’Am^îque du Sud, et entouré de ses nombreux et heureux enfants, il termina, âgé de plus de quatre*’ vingts an<*, sa vie utile et sans tache.
Si j’ai introduit ici cette légère esquisse, c’est parce que la vie d’Amédée de Bonpland ressemble sous quelques rapports à celle de Ludwig Halberger, dont nous écrivons l’his* toire. ' .
Ce nom d’Halberger semble indiquer une origine germanique. La vériié est que Ludwig HalLerger était de race alsacienne et Pensyl* vanien de naissance, car il avait reçu le jour à Philadelphie. |
Gomme Bonpland, c'était un amant passionné de la nature; comme le savant fran- ■ çais, il était allé dans l'Âmérique du Sud pour y trouver un champ plus i vaste, ou tout au moins un pays plus neuf, où il pût se livrer à ses goûts pour les sciences naturelles.
Vers l’année 18.., il s’établit dans la capi- taie du Paraguay, qui devint alors le centre de ses études et de son activité. Âsuncion étant comme sa hase d’opérations, il se rendait souvent dans la contrée environnante, surtout dans le Gran Chaco. 11 était assuré d’y trouver des espèces curieuses, tant du règne végétal que du règne animal, et non encore décrites, parce que là toute recherche était accompagnée d’un danger.
Ce danger était un attrait de plus pour lui.
Avec le coarage' d’ttn lion/ le simple tiafefraliste avait rbabitnde d’explorer la solitude à une distance où pas un seul des euartderos** de Francia n’eût osé montrer le Iwut de* son nez ! ' • ’ '
Tandis' que le fils de la Pensylvanie était ‘ ainsi occupé à découvrir les secrets de la na- • ture, le besoin» d’aimer, de ■ se constituer une famille naquit dans son cœur. Il se maria avec une jeune et belle Paraguayenne dont ' les qualités devaient être pour lui des gâges de bonheur. • ‘
Pendant dix ans, ils vécurent heureux en effet; un beau et charmant garçon et- une 'fille d’une rare beauté, image de sa mère; vinrent après quelques années embellir de leurs jeux et de leur gai babil la demeure du chasséur naturaliste. Plus tard la famille s’augmenta par la présence d’un jeune orphelin, Gypriano, qui appelait les enfants ses cousins.
L’habitation d’Hàlberger, située à environ un mille de la ville d’Asuncîon, était fort
belle. Ofl' yt trouvait tout Æe.qui peut rendre ;la vie agréable^ car le naturaliste! avait commencé .
vivrci dans T Amérique du Sud, avec aute& chose que sa carnassière et.spn.fusil. U avait apporté des États-Unis Les pessources suffît ^tes pour s’installer, définitivement^ et il-ga* gnait largement sa.vie au moyen de son; filet à insectes et de ; son. habileté comme. taxidermiste. Il envoyait chaque année à Buenos- Ayres, pour être ’eipédié aux.. États-Unis; tout un chargement d’échantillons dont le produit ajoutait à l’aisance de sa. maison. Plus d’un musée, plus d’une collection particulière lui
sont redevables, d’.une portion.de leurs plus précieux spécimens. ,
Le naturaliste était heureux de ses occupa-^ lions au dehors et chez lui sa vie n’avait be->> soin d’.aucune< autre joie.
Mais à cette époque,. comme si un. mauvais génie eût, jalousé cette innocente existence, un nuage sombre vint ,tout couvrir de son ombre. ’ ....
La beauté remarquable de sa femme alors dans tout son éclat était devenue célèbre. Elle eut le malheur d’attirer les regards du dicta=. teur. La réputation méritée de vertu de la jeune femme eût imposé le respect à tout aütre, mais Francia était de ceux que rien m’arrête. Le naturaliste et sa femme comprirent bientôt que le repos de leur foyer domestique était eo péril, et qu’il ne leur restait qu’un parti à prendre : abandonner le Paraguay. >Mais la fuite n’était pas seulement difficile, elle semblait absolument impossible.
Une des lois du Paraguay défendait à tout étranger marié à une Paraguayenne de faire sortir sa femme du pays, sans une autorisation spéciale toujours difficile à obtenir. Comme '
, Francia était à lui seul tout le gouvernement, ^ il ne faut pas s'étonner que Ludwig Halberger, désespérant d’obtenir cette permission, ne . pensât même pas à la demander.
Devant cette inextricable difficulté, il songea
LA SCEUR PERDUE.
à chercher un asile dans le Chaco^ et ce fut là, en effet, qu’il se réfugia.
Pour tout autre que lui, une pareille entreprise eût été une folie, car c’eût été fuir Charybde pour se jeter dans les bras de Scylla.
£n effet, la vie de tout homme blanc trouvé sur le territoire des sauvages du Chaco devait être à l’avance considérée comme perdue. , *
Mais le naturaliste avait des raisons pour penser autrement. Entre les sauvages et le peuple du Paraguay, il y avait eu 'des intervalles de paix — tiempoi de paz — pendant lesquels les Indiens qui trafiquaient des peaux et des autres produits de leur chasse avaient l’habitude de venir sans crainte se promener et faire leurs échanges dans les ru^ d’Asuncion»
- Dans l’une de ces occasions, le chef des belliqueux Tovas, après avoir absorbé du guarapé”, dont il ne soupçonnait pas les effets' stupéfiants, s'était enivré très-innocemment. Séparé de ses compatriotes, il avait été entouré par une bande de jeunes Paraguayens
qui s’amusaient- à ses dépens/'Ce' c^ëf 'était
cité pour ses vertus r en voyant i cet estimable vieillard ainsi bafoué, Hàlbergér, saisi- de pitié, l’arracha du milieu de ses bourreaux et l’amena dans sa propre dérbeure.
Les saurages, s’ils savent haïr, savent aussi aimer; le fier Vieillard, touché du service qui lui a-vait été rendu, avait ‘juré ùne- éternefie 'amitié à son protecteur et en'iriême Hemps lui 'avait donné la « • liberté du Ghaco.»
Au jour du danger,’ Halber^r se rappela Tinritation: Pendant la nuit, accompagné - de 'Sa femme et de ses enfants, prenant a-vec -lui ÿes peons et tout le bagage 'qü’il pouvait em- ‘•porter avec sûreté, il traversa le Parana et pé- •nétra dans le Pilcomayo sur des botds duquel il espérait trouver l& 'lolâèi'ia du Chef Ttivas.
En remontant de fleuve, il n’eutpas besoin de toüclier à un- aviron-: ses vieux servhéeura ' (jMmios rainaient, tandis que, assis à l’arrière, son fidèle Gaspardô;*‘qui avait été -ec.n'compagTïon 'dans mainte excursion scientifique,
LA SCEUR PERDUE.
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gouvernait la periagua.- Si le canot eût été nh quadrupède^ appartenant à la racei chevaline, Gaspardo l’aurait -peut-étte mieux dirigé,, (rar . c’était un gaudbo dans toute la foreodu terme. . Mais ce n’était cependant pas la première fois
qu’il avait eu à lutter contre le courant lapide du Pilcomayo, et pour eatte ’ raison la adiréertion de l’embarcation dui avait étéconfiéei.
Le voyage s’accomplit heureusement.* Le jaa- , turaliste parvint à atteindre le village des In- ' diens Tovas et installa sa nouvelle demeure dans le voisinage. Il bâtit une jolie maison sut*, la rive septentrionale du fleuve et fut bientôt propriétaire d’une riche estancia où il pouvait v • se considérer comme à l’abri des poursuites des cuarteîeros de Francia.
C’est là que, pendant cinq ans, il mena une vie d’un bonheur presque sans mélange : tout entier à ses études favorites, comme autrefois Aimé de Bonpland, il vivait calme et heureux,. , entouré de sa charmante et dévouée compagne^ de ses chers enfants, des serviteurs fidèles
qui avaient suivi sa fortune. Parmi ces derniers figurait en première ligne le bon Gas- .pardo, son aide intelligent pendant ses recherches et le constant compagnon de ses excursions. ,
On Ta compris, le cavalier qui revenait froid et inanimé sur sa selle était Ludwig Halberger; c’était lui que Gaspardo ramenait à sa femme et à son fils désespérés.