L. ViGiN.'iN, La Suie
1^' Sélectionner les chambrées, afin d'opérer Texclusion des éducations atteintes de flacherie ;
FiG. 21. — Le triage des papillons destinés à la production de la graine
au Japon.
2^ Sélectionner les papillons, pour éliminer les pontée des sujets corpusculeux.
Uapplication de cette méthode entraîne à faire des éducations spéciales de vers destinés au grainage ; à l'origne, on
DU GRAINAGE 63
doit choisir des graines aussi saines que possible et organiser avec elles des éducations réparties dans de petites chambrées ; les chambrées doivent être isolées les unes des autres ; il est avantageux de les séparer des chambrées de vers destinées à l'étoufFage.
La nourriture de ces chambrées est particulièrement soignée. Une observation attentive permet de relever tous les cas de muscardine, deflacherie, de pébrine qui pourraient s'y présenter.
Après la montée, on pourra éliminer déjà toutes les chambrées ayant donné des vers flats.
Sur les chambrées restantes, on recherchera la pébrine en vérifiant avec soin si les vers retardataires ne présentent pas les taches noires caractéristiques. Cet examen pourra amener encore, Télimination d'une ou plusieurs chambrées.
Mais il sera nécessaire de pousser plus loin ces investigations. Quelques jours avant la récolte des cocons, on prélèvera une certaine proportion d'entre eux; le nombre des cocons entrant dans cet échantillon sera d'environ 2 à 3 pour 100 du nombre total composant le lot.
On portera ces cocons dans une étuve chauffée à 30 à 35^, de manière à devancer lepapillonnage. Les papillons seront examinés au point de vue des corpuscules ; on pourra décider ainsi s'ils peuvent servir au grainageou si, au contraire, ils y sont impropres. Dans ce dernier cas, les cocons du lot, en retard de quelques jours sur ceux de l'échantillon, puisqu'ils auront été maintenus à une température de 20 à 25^, pourront être étouffés avant que le papillonnage ait pu avoir lieu.
L'examen des papillons se fait au microscope (fîg. 22), de la façon suivante : le papillon est placé dans un mortier en porcelaine avec un peu d'eau ; deux ou trois coups de pilon suffisent à l'écraser et à le transformer en bouillie aqueuse. On prend, au bout d'une baguette de verre, une goutte de cette bouillie, on la place sur une lame de verre, en la recouvrant d'une lamelle de verre très mince, et on l'examine au micro-
sc()p«.\ Les ai)pareils ([u'un oniploie pour cet usage doivent donner un grossissement de quatre à cinq cents diamètres.
On distingue très facilement les corpuscules. La figure 23 les montre, tels qu*ils apparaissent dans le champ du microscopequand on examine une goutte de bouillie, provenant d'un papillon corpusculeux.
L'opération que nous venons de décrire doit être répétée successivement sur les papillons renfermés dans tous les cocons formant réchantillon ; la proportion
EiG. 22. — .Microscope XacLct pour Fig. 23. — Corpuscules de la pébrine rexamen des papillons. grossis. 500, d'après E. Maillot.
de sujets corpusculeux qu'on arrive à déterminer de la sorte, pour réchantillon, peut être considérée comme représentant aussi celle du lot.
DU GRAINAGE 65
Tous les cléments permettant do choisir dcrmitivemcnt les lots propres au grainage so trouvent ainsi détermines : on récolte alors les cocons, on en forme, avec des fils, des sortes de guirlandes appelées fllanes et on les suspend dans une chambre bien aérée.
Il faudra ensuite examiner, un à un, tous les papillons qu sortiront de leurs cocons, afin de ne soumettre à l'éducation aucun œuf qui soit corpusculeux. La présence d'une seule graine portant les germes delà pébrine aurait, en efi'et, pour conséquence défaire périr toute une chambrée. Mais, chaque œuf ne peut être l'objet d'un examen spécial ; il est beaucoup plus expéditif et tout aussi probant, au point de vue de ia recherche des corpuscules, d'examiner au microscope, les papillons plutôt que les œufs. Pour que cet examen ait toute sa valeur, il est nécessaire d'isoler les couples de papillons et d'opérer la ponte en cellules. Cette méthode porte le nom de grainage cellulaire (système Pasteur).
On surveille, de grand matin, la sortie des papillons et, dès qu'un couple est formé, on l'isole dans un petit sachet de mousseline ; il sufrit même d'employer un morceau de toile de douze à quinze centimètres de long sur huit à dix de large, suspendu à des cordes ; mais il faut alors que ces toiles- cellules soient assez distantes les unes des autres pour que les papillons ne puissent aller sur la toile voisine. Les couples étant mis le matin sur les toiles, on sépare les mfdes l'après midi et on enferme chacun d'eux, avec une épingle dans un repli de la toile correspondante (iig. 24). Lorsque la femelle a pondu ses œufs, on la fixe également sur la toile : les deux papillons sont ensuite pilés et examinés au mjicroscope. S'ils se montrent exempts de corpuscules, leurs œufs peuvent être employés à l'éducation.
Malgré la complication que présente le grainage cellulaire, les résultats qu'il fournit atteignent un tel degré de sûreté, que tous les éducateurs soigneux l'ont adopté pour la préparation de leurs graines. Il est possible, du reste, d'obtenir
avec ce système, et en observant toutes les prescriptions nécessaires, de grandes quantités de graines. Il suffit de citer l'exemple de AI. Susani, qui n'opère pas sur moins de quatre millions de cellules, sans compromettre en rien la rigueur (le la méthode.
FiG. 24. — Toile-cellulc (isolement de la femelle seule», d'après L. Pasteur
Une division rationnelle du travail, un contnMe permanent, assurent la bonne exécution et la sûreté de ces manipulations délicates et multiples.
L'étude du grainage nous ramène au premier chapitre de cette introduction ; le cycle des transformations du ver se trouve terminé. Mais avant d'abandonner la sériciculture pour aborder les fils de soie, il est utile d'indiquer quelles règles praticjues doivent être suivies dans les éducations devers à soie.
L'olcveur de vers à soie doit se préoccuper surtout d'obtenir des rendements élevés ; une once de 25 grammes de irraine peut donner jusqu'à 00 kilogrammes de cocons ; si Ton opère dans des conditions médiocres, on n'obtient qu'une moyenne de 20 kilogrammes. Avec un rendement aussi faible, il n'est pas possible de compenser les frais d'éducation qui s'élèvent, pour une once, à cent francs environ.
Tout d'abord, la graine doit être bonne ; elle ne doit provenir ni de chambrées ayant eu des morts flats, ni de papillons corpusculeux.
Ensuite, l'élevage proprement dit doit être réglé sur les meilleures traditions des auteurs anciens, amendé par les données scientifiques qui ont été réellement acquises sur la physiologie et la pathologie des vers à soie.
Deux principes généraux doivent être appliqués pendant toute la durée de l'éducation. Les vers doivent être conduits de façon à être égaux de taille ; leur espacement doit être tel qu'ils puissent aisément se nourrir, se mouvoir, respirer et subir leurs mues.
On a reconnu que les chambrées composées de vers égaux donnaient les plus forts rendements. L'application de ce principe d'égalité demande des soins constants. Après l'éclosion, les levées différentes sont tenues à part et nourries ensemble. Après chaque mue, on attend, avant de donner les repas, que la moitié au moins des vers soit en état de manger, pour éviter que certains sujets ne grossissent plus vite que les retardataires. La température doit être maintenue aussi uniforme que possible pour ks vers de même âge ; cette condition est essentielle, pour que le développement puisse s'effectuer d'une manière uniforme.
Les vers doivent être espacés : il est facile de calculer la
FiG. 25. — Education du ver à soie en Chine.
sr.rface qui leur est nécessaire, en admettant, conformément aux prescriptions de la pratique, qu'un ver doit disposer d'une surface trois fois plus grande que celle qu'il occupe lorsqu'il est immobile, bâchant qu'une once de graine de vingt-cinqgrammes, donne à réclosion trente mille individus» connaissant les dimensions moyennes des vers aux divers Ages, on trouve que les vers provenant de l'cclosion d'une once de graines doivent occuper les surfaces suivantes :
De réclosion à la 1'^' mue 1 melre carre
De la mue à la 2'' 3 —
De la 2« mue à la i:^' —
De la 3'- mue à la 4^' 22 —
De la 4'' mue muiitée GO —
En réalité, on peut diminuer un peu ces espaces dans les les deux dernières périodes, sans nuire à l'éducation.
Pour obtenir des surfaces aussi considérables, il est indispensable de loger les vers à soie sur des claies superposées (iig. 125,26). Chaque claie a, d'ordinaire, soixante-dix à quatre-vingts centimètres de largeur, de façon que le bras puisse y manœuvrer commodément ; leur longueur peut être illi mitée ; les claies forment différents étages séparés les uns des autres par des distances de trente à quarante centimètres.
La surface des claies, occupée par les vers, augmente rapidement ; de l'éclosion à la quatrième mue, elle passe de un à soixante mètres. 11 est donc nécessaire, de temps en temps, pour obtenir l'espacement des vers, d'enlever un certain nombre d'entre eux et de les installer sur de nou velles claies. Cette manœuvre s'eflèctue au Baoyen du papier à déliter (fig. 27,28). Ce sont des feuilles do earton mesurant vingt- cinq centimètres sur quarantepour le premier âge, cinquante sur quatre-vingts pour le dernier. Elles sont percées de trous, correspondant à la grosseur des vers à soie qu'on veut enlever. Pour déliter, on place le papier à déliter sur les claies occupées par les vers, et on les recouvre de feuilles; les vers ne tardent pas à s'engager dans les trous du papier
et à venir s'installer sur sa face supérieure. Lorsqu'ils s'y sont accumulés en nombre suffisant, on dispose les papiers en les espaçant au besoin, sur une claie non occupée.
Toutes les claies sont installées, d'ordinaire, dans des
FiG. 26. — Claies ou étagères ii ver à soie; chaque étage mesure £"",40 X 0'",75, d'après E. Maillot.
locaux spéciaux appelés magnaneries ; l'éducateur des vers à soie porte le nom de magnanier .
L'organisation d'une magnanerie doit satisfaire à un certain nombre de conditions. La plus importante réside certainement dans une bonne ventilation.
Il est indispensable, en effet, de fournir aux vers une quantité suffisante d'oxygène. L'atmosphère au sein de laquelle
Fi<i. 27. — Papier à déliter, vraie grandeur, pour le premier %e, d'après E. Maillot.
FiG. 28. — Papier à déliter, vraie grandeur, pour le dernier âge, d'après E. Maillot.
ils respirent, si elle n'était pas renouvelée, serait bientôt viciée par l'acide carbonique et la vapeur d'eau qu'ils éliminent constamment, dans l'acte respiratoire. Depuis longtemps, on a reconnu Tutilité de l'air sec pour la bonne réussite des éducations. Dans une atmosphère humide, les vers végètent, les litières s'altèrent, et les maladies se développent avec une fréquence qui a été maintes fois constatée.
Pour observer cette condition, on a dû adopter des dispo-
sitioDS spéciales ; toutes les fois qu'on olève des vers à soie en quantités un peu con;sidérablcs, on est amené à conduire les éducations dans des locaux spéciaux, appelés magnaneries : la ventilation de ces locaux, constitue, on peut le dire, un des points les plus importants de leur installation.
La magnanerie des Gévennes (fîg. 20) se compose essen tiellement d'un bâtiment haut et étroit, formé de trois étages : en bas, une sorte de cellier voûté, supporte la magnanerie proprement dite composée d'étages successifs de claies, se développant presque jusqu'au toit. A chaque encoignure des quatre angles du bâtiment est établi un fourneau chaulfé avec des débris de houille, pour produire la ventilation ; l'air chaud traverse, en vertu de sa faible densité la magnanerie de bas en haut, et sVchappe par le toit.
Dandolo créa un type de magnanerie mieux étudié, consti tuant un progrès marqué sur les magnaneries des Gévennes. La ventilation était établie par des ouvertures nombreuses, pratiquées dans les murs de la magnanerie : ces ouvertures peuvent être à volonté ouvertes ou fermées ; des cheminées, dans lesquelles on pouvait allumer et entretenir des feux flambants, assuraient la ventilation verticale ; un ou plusieurs poêles, indépendants des cheminées, devaient pourvoir au cliauflage. Dandolo a décrit minutieusement trois types de magnanerie : si nous prenons pour exemple le plus grand, destiné à élever vingt onces de graine, nous verrons qu'il comprenait un bâtiment de 25 mètres de long, 10 mètres de large et G m.ètres de hauteur; seize ouvertures : cinq fenêtres au nord, cinq au midi, trois au couchant, et trois portes au levant, fournissaient la lumière; sept soupiraux dans le sol, huit sous le toit, treize dans les murs assuraient la ventilation, complétée par six cheminées, et un grand fourneau servant au besoin au chauffage.
Le système Dandolo, quoique paraissant un peu compliqué, à ravanlage de pouvoir s'appliquer à tous les locaux sans exiger de bâtiment spécial.
En 1836, Darcet créa la magnanerie à ventilation forcée (fig. 30). Un calorifère intérieur percé de trous introduit, dans une gaine placée sous le plancher de la magnanerie, un cou-
FiG. ?9. — Magnanerie des Gévennes, d'après L, Pasteur.
fant d air chaud ; à la partie supérieure des chambres, une cheminée d'appel, aidée au besoin d'un ventilateur, extrait les gaz viciés et renouvelle constamment l'atmosphère de la magnanerie.