L. ViGNON, La Soie. s
Des modifications ont été apportées à la magnaniere Darcet : M. Robinet emploie un ventilateur comme propulseur, le place dans un local spécial chaufté par un poêle, et envoie dans les chambres de Tair qui 1 travc rsc de bas en haut e
F.G. 30. — Magnanerie Darcet, d'après E. Maillot.
A, calorifère; B, entrée d'air frais; C, D, gaines pour lentrce et la sortie de l'air; E, tarare; F, cheminée; G, salle d"incubalion.
s'échappe ensuite par les orifices placés dans le plafond. M. Aribert renverse la ventilation. Il fait arriver par le haut des cliambres Tair chaud d'un calorifère. Cet air, constamment refoulé par les nappes gazeuzes venant du calorifère, descend jusqu'au plancher, et s'échappe à ce niveau par une cheminée d'appel.
Ces différents modèles de magnaneries, que nous ne pou-
vons décrire ici que trop sommairement, présentent tous de réels avantages : on remarque que, suivant les pays, tel ou tel type se trouve préféré; sans doute parce qu'il s'adapte le mieux possible aux conditions climatériques de cette région.
Alimentation. — Nous avons vu quelle était la quantité de feuilles de mûrier nécessaire à la nourriture des vers provenant d'une once de graine : mais lorsque le magnanier doit se procurer par avance les mûriers capables de produire toute la feuille qui sera nécessaire à ses chambrées, il doit distinguer la feuille jeune de la feuille adulte. La première est cueillie avant d'avoir atteint toute sa croissance ; de telle sorte que les 700 kilogrammes de feuilles, nécessaires à l'alimentation des vers provenant d'une once, correspondent, en réalité, à 1100 ou 1200 kilogrammes de feuille adulte.
Il faut une grande habitude pour déterminer le nombre de mûriers nécesaire à l'éducation d'une once. D'après M. deGasparin, des mûriers, plantés à 7 mètres de distance, produiraient sous le climat du Vigan, au printemps :
A i an 0,900 de feuilles
2 ans 3,200 —
Pendant vingt ans encore, la production se maintient à 100 kilogrammes, puis elle décline peu à peu, jusqu'à la mort du mûrier qui se produit vers sa soixantième année.
On recueille la feuille de mûrier dans des sacs de toile maintenus ouverts au moyen d'un cerceau : la feuille fortement tassée s'y échaufferait rapidement, si on ne la répandait, en couche de 20 à 30 centimètres, sur un sol propre, dans un
local frais. Généralement, on ne la distribue aux vers, qu'au bout de vingt-quatre ou quarante-huit heures. Si la feuille est mouillée, on doit la faire sécher avant de la donner aux vers (fig. 31). Il est préférable d'attendre avant de la mettre sur les claies, que les feuilles aient pris la température de la chambrée : jusqu'à la troisième mue, on coupe la feuille en menus morceaux avant de la distribuer aux vers : cette opé ration se fait soit à la main, au moyen de couteaux bien propres, soit avec des machines appelées coupe-feuilles, maintenues constamment en parfait état de propreté.
Les feuilles peuvent servir de véhicules aux germes de maladies menaçant le ver à soie : que des spores de hotrytis^ des corpuscules de pébrine, existent sur les feuilles, les vers qui se nourriront seront exposés à périr de la muscardine ou de la pébrine.
Pour éviter ce danger, de grands soins doivent être apportés à la tenue des locaux servant à emmagasiner la feuille : dans les chambrées, on évitera les balayages produisant beaucoup de poussière ; les litières seront emportées au dehors à une certaine distance de la magnanerie.
Toutes ces précautions, complétées par l'espacement des vers, permettent, si l'on est parti d'une graine saine, d'affronter les maladies, et de mener à bien les éducations.
Lorsque le ver arrive à maturité, le magnanier doit disposer sur les claies, des rameaux, le long desquels le ver à soie s'élève, et choisit une place pour tisser son cocon ; on peut employer des branches de bruyère, de chêne, des sarments de vigne et en général toutes sortes de broussailles. Ces rameaux sont d'habitude disposés entre les claies, dont ils garnissent l'intervalle; leur pied repose sur la litière de la claie inférieure, et leur feuille monte jusqu'à la claie située immédiatement au-dessus. La figure 29 montre le dispositif adopté. L'ensemble de ces rameaux forme de petites caba nés, et l'on a donné, par suite, le nom d'encabanage à Topé ration qui a pour but de les organiser.
FiG. 31. — Manière de faire tomber, au Japon, la rosée des branches de mûrier avant de les donner aux vers à soie.
alors enlevés un à un ^des litières et portés sur les rameaux. Quel que soit le système adopté, il est nécessaire que les
ÉLEVAGE INDUSTRIEL DES VERS A SOiE 79
vers puissent disposer sur les bruyères d'un espaco sufdsant. En les entassant trop, on s'exposerait à voir deux vers s'enfermer dans la même enveloppe, et tisser des cocons doubles indévidables, destinés aux déchets.
Une température de 22 à 25^, un air sec, constituent les conditions les plus favorables à la confection des cocons. Au bout de sept ou huit jours, les cocons destinés à être vendus sont récoltés et mis en filanes ; ceux qui sont réservés pour le grainage sont laissés sur la bruyère quelques jours de plus.
Depuis longtemps on a reconnu que le rendement des cocons était en raison inverse de l'importance des éducations. Si l'on voit asssez fréquemment des chambrées d'une once produire cinquante kilogrammes de cocons, les éducations de quatre ou cinq onces, conduites dans le même local, ne produisent guère que vingt-cinq kilogrammes de cocons par once de graine. C'est que dans ce cas, les soins donnés aux vers sont moins parfaits, l'atmosphère est moins saine, la salubrité générale diminue à mesure que Tencombrement augmente.
Aussi beaucoup d'excellents esprits ont-ils préconisé les petites éducations. Il suffit, en effet, de quelques mûriers pour pouvoir alimenter les vers à soie provenant d'une once de graine. En partant de graines saines, sans installations spéciales, sans frais de main-d'œuvre pour ainsi dire, toutes les manipulations pouvant se faire à temps perdu, il serait facile dans chaque ferme des contrées du midi et du centre de la France, d'obtenir ainsi un profit modeste, mais presque assuré.
Voici, en effet, d'après Eugène Maillot S ancien directeur de la station séricicole de Montpellier, quel serait le prix de revient et le produit de l'éducation d'une once de graine dans ces conditions.
En élevant quatre ou cinq grammes de graines, le cultivateur obtiendra, à peu de frais, une vingtaine d'onces
i Maillot, Leçons sur le ver à soie du mûrier^ Montpellier, 1885' in-8.
d'excellente graine qui serviront à ses éducations ultérieures ; il devra se préoccuper seulement de faire hiverner sa graine dans un pays froid.
Dès la deuxième année, la graine ne lui coûtera pour ainsi dire rien ; s'il possède des mûriers, la feuille à l'état sec lui eoûtera à peu près de huit à neuf francs les cent kilogrammes, soit environ trois francs pour cent kilogrammes de feuille fraîche ; nous avons vu que pour une once de graine il fallait compter mille à douze cents kilogrammes de feuille supposée adulte.
En ajoutant à la valeur de ces feuilles un franc cinquante par cent kilogrammes pour la cueillette, nous trouvons que la nourï*iture des vers coûtera pour une once :
1000 kilog. feuilles à 3 fr. les 100 kilog. ... 30 fr. cueillette à 1,50 — ... 15
45 fr.
Or, une once produit en moyenne, avec les petites éducations, quarante kilogrammes de cocons. En supposant qu'ils aient me valeur de quatre francs, on voit que le produit atteindra cent soixante francs. Le cultivateur retirera cent quinze francs de l'éducation d'une once ; les dépenses de main-d*œuvre, il est vrai seront à déduire de ce chiffre» mais pour de petites chambrées, les manipulations ne nécessitent pas de main-d'œuvre spéciale ; elles peuvent être faites pour ainsi dire à temps perdu ; leur valeur, en tout cas, ne représente qu'une somme minime.
Si l'on remarque que l'élevage du ver à soie peut être tenté ajknsi dans tous les pays capables de nourrir le mûrier, on verra dans quelles proportions il pourrait être généralisé.
En Chine, il n'existe pas de paysan qui n'élève quelques vers à soie; que l'exemple des Chinois soit suivi par nos cultivateurs, et nous croyons, avec Maillot, que notre pays retrouverait bentôt les belles récoltes d'il y a quarante ans.