‹ La soie au point de vue scientifique et industrielChapitre 44 sur 151 · DÉVIDAGE DES COCONS · texte numérisé non relu

DÉVIDAGE DES COCONS

prL'parent le classement méthodique des très nombreuses espèces de cocons produites dans les différentes parties du monde, en vue de la production des soies grèges. D*après les résultats qu'elles fournissent, il est possible de décider, par exemple, si une race de vers donne des cocons meilleurs ou plus mauvais qu'une autre, et si tel croisement entre deux races améliore les produits ; on conçoit donc tout l'intérCt qui s'attache à une semblable question.

Un modèle particulier de tour reproduit, figures 40 et 41, sert à toutes les déterminations. La bassine est chauffée au gaz d'éclairage. Après quatre ou cinq minutes de séjour dans un bain à 75°, le cocon est suffisamment amolli pour céder la bave ferme.

Une pédale permet de faire varier à volonté la vitesse dj rotation duguindre. Les dix ailettes qu'il comprend procurent à la bave, si ténue qu'elle soit, des appuis assez rapprochés pour l'empêcher de se rompre.

Les dimensions du guindre, combinées avec la marche d'un timbre avertisseur, permettent, après cent tours, de séparer la bave en fiottillons de cent mètres. 11 suffit, au moment voulu, de rompre le fil et d'avancer d'un cran le le guide-bout mobile sur le va-et-vient pour former le flottillon suivant.

Pour les opérations expéditives, il suffit de faire tourner le guindre sans interruption en ayant soin seulement de pousser le guide -bout à chaque sonnerie.

Si Ton veut étudier un cocon, il faut prendre un certain nombre de précautions qui ont été minutieusement décrites par M. Dusuzeau, directeur du Laboratoire, auteur de cette ingénieuse méthode. En pareille matière, les soins apportés au détail, l'absolue régularité des manipulations, peuvent seuls donner des garanties d'exactitude.

Dans la bassine, chaque cocon est traité séparément, il n'est pas battu ; la fileuse le presse très doucement entre les doigts pour enlever la bourre et trouver le bout. Quatre ou

FiG. -40. — Vue de face.

Tour (lu Laboratoire d'études de la soie de Lyon, pour l'élude des Laves.

D. pédale motrice; H, brûleur à jçaz ; L, bassine; II'. poulies; E, guindre; A, mécanisme de distribution de la soie sur le guindre (va-et-vient) ; lî, timbre averti.sscur; C, volant.

cinq minutes suffisent pour tirer la soie d'un cocon. Afin crenvelopper toute la soie dans la position même qu'elle a prise sur le guindre, on colle entre deux lames du guindre, deux bandelettes de papier gommé, larges de seize millimètres, longues de seize à dix-huit centimètres, Tune appliquée audessus de la soie, Tautre au-dessous, en s'assurant de leur complète adhérence sur tous les points. Avec des ciseaux fins, on coupe parle milieu les bandes ainsi unies à la soie et tous les flottillons, maintenus aux deux extrémités par les demi- bandes de papier gommé, s'enlèvent comme un filet d'un mètre. Pour les étudier aisément, on les étale sur une planchette large de deux décimètres, longue d'un mètre dix centimètres, recouverte d'une étolfe de laine noire bien tendue et fixée à la colle- forte. Au moyen d'épingles fixées dans les bandes de papier réunissant les deux bouts de flottillons et piquées dans des planches de liège incrustées aux extrémités de la planchette, tous les flottillons séparés dans l'ordre où ils se trouvaient sur le guindre sont tendus en longueurs d'un mètre, par groupes de cent, suivant des directions parallèles.

A l'aide d'une pointe fine, on sépare autant de baves d'un mètre qu'on en veut employer pour les épreuves de ténacité, d'élasticité, la mesure de la largeur et le titrage du poids.

Cette méthode donne des renseignements très précis, elle est d'une exécution relativement rapide. Mais, au Laboratoire d'études de la soie de Lyon, on s'attache à conserver la soie entière, de manière à pouvoir, au besoin, renouveler les épreuves, soit comme contrôle, soit pour rechercher les variations qui auraient pu se produire dans les propriétés des baves.

Lorsqu'un cocon appartenant à un groupe doit être essayé, on le joint à un bulletin du modèle suivant :

DÊVIDAGE DKS COCONS

Laboratoire d'éludés de la soie

Bulleli:i de devidage des baves iscloes

Date de l'essai Numéro du registre Numéro du bocal Numéro du tiroir

Espèce Pays

Envoyeur Numéro d'envoi

Cocon

Forme

Couleur

T'imension

Poids

Tissure

Grain

Bave dévidée Palettes Casse Dévidai?e

Puis, ce bulletin et le cocon sont placés clans un des cjnipartiments d'une cassette à divisions numérotées : b nuniéio du compartiment est inscrit sur le bulletin; lescocoi.s fais:uit partie du même lot sont placés avec des bulkllns dans les cinq autres compartiments de la môme cassette.

La tîleuse place le cocon à dévider dar.s la bassine reiiiermant de l'eau à la température convenable ; puis, quand elle a trouvé le brin, elle déroule cinq mètres de soie sur une palette pour les opérations du titrage. La palette, est constituée par une lame de cuivre très mince, long ue de dix centimètres, large de quatre, qu'à Taide d'un manche mobile à pinces, la fileuse fait tourner entre ses doigts ; vingt-cinq tours prennent les cinq mètres.

Puis Touvrière casse le iil, l'applique sur le guindre et dévide cent mètres ; elle prélève ensuite un^ deuxième palette de cinq mètres, dévide cent mètres sur le guindre et continue ainsi par dévidages alternatifs de cinq et de cent mètres, sur les palettes et sur le guindre jusqu'à épuisement des cocons.

Une ûleuse exercée peut dévider ainsi un cocon en l'espace de quinze minutes environ. Les fiottillons sont pliés quatre fois sur eux-mêmes et, sous cette formée réduite, disposés

avec ordre sur une des feuilles de carton d'un album réservé aux baves.

On dévide ainsi six cocons du même groupe. Les palettes sont réunies aux bulletins correspondants dans les casiers de la cassette et remises au titreur qui fait quatre épreuves de titrage et d'élasticité pour chaque palette.

De la soie restant sur les palettes après ces épreuves, on prélève quelques fils, on les fixe parallèlement au moyen de baume du Canada, sur des lames de verre, puis après les avoir recouverts d'une lamelle, on les examine au microscope pour mesurer les épaisseurs. On étiquette et on conserve chaque préparation. Les frisons et la telette sont recueillis, séchés et renfermés dans un pli épingié du bulletin.

Enfin, les bulletins sont Tobjetd'un classement qui permet de les retrouver rapidement en cas de besoin.

Toutes ces opérations concourent à donner un très grand degré d'exactitude aux nombres obtenus par le Laboratoire d'études de la soie de Lyon. Par cette méthode qui fonctionne depuis six ans environ, et a porté déjà sur un grand nombre de lots, s'établissent ce que l'on pourrait appeler les constantes physiques et mécaniques des baves du cocon. Leur ensemble forme do précieux éléments pour l'étude de l'obtention des soies grèges.

Il nous reste maintenant, avant d'entreprendre l'étude des transformations mécaniques que doit subir la soie grège pour former un fil véritable capable d'être tissé et teint, à relater les recherches qui ont été faites pour élucider la constitution chimique de la soie. C'est sur la soie grège, en eflet, que se sont portés tous les eftbrts des expérimentateurs. A cet état, la soie est débarrassée de toutes les impuretés qui raccompagnent dans le cocon ; elle affecte une forme qui la rend particulièrement apte à l'examen physique et à Faction des réactifs. Nous avons vu toutefois que, par le court séjour que les cocons ont fait dans la bassine, une partie do leur grès est entrée en di.-soliilion, mais celte élimination

s'est cfFectuéo sans que les propriétés primordiales de la soie aient subi des modilications appréciables.

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