‹ La soie au point de vue scientifique et industrielChapitre 54 sur 151 · INDUSTRIE DR LA SG HAPPE · texte numérisé non relu

INDUSTRIE DR LA SG HAPPE

préalablement rouis ; le fleuret provenait des frisons filés au rouet ; la filoselle était le produit des bassinés et des cocons avariés. Tous ces fils étaient obtenus à la main ; leur qualité était si défectueuse, qu'un règlement de la manufacture de Lyon, daté de 1667, défendait tout mélange de bonne soie avec les restes de « floret,de bourres de soie et de grossiers ».

De nos jours encore, en Chine, dans Tlnde et même, très exceptionnellement, dans certaines contrées séricicoles françaises, on file des cocons à la quenouille après les avoir fait macérer préalablement dans des lessives alcalines obtenues avec les cendres de bois.

Tous ces produits rudimentaires ne peuvent évidemment entrer en comparaison avec les fils que fabrique actuellement rindustrie de la schappe, en suivant les principes rationnels de la filature mécanique.

C'est au siècle dernier, en Suisse, sur les rives du lac des Quatre-Cantons, qu'on trouve les premières tentatives de filature mécanique des déchets de soie.

En 1815, la Société française d'encouragement pour l'industrie nationale, comprenant tout l'avenir qui était réservé à l'industrie nouvelle, proposa un prix pour le cardage et la filature mécanique des déchets de soie.

C'est seulement vers 1830, que l'industrie de la schappe commença à acquérir un certain développement ; malgré son origine récente, elle est arrivée aujourd'hui à un rare degré de perfection.

Les méthodes suivies par l'industrie de la schappe pour la production de ses fils n'ont aucune analogie avec celles qui sont mises en œuvre pour la préparation des soies grèges et ouvrées. Ces dernières sont peu nombreuses et relativement simples. La continuité, la longueur exceptionnelle et la régularité du fil provenant du dévidage du cocon, simplifie beaucoup, en efi^t. les opérations qui précèdent le tissage.

Dans l'industrie de la schappe, au contraire, le fil doit être

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formé à partie d'éléments beaucoup plus rudimentaires, se trouvant à un état de filature beaucoup mois avancé.

A ce point de vue, il existe une grande analogie entre la filature du coton, du lin et de la laine, et la filature des scbappes.

Il est même juste de dire que, entre toutes, la filature des scbappes est la plus compliquée ; c'est tout au moins celle qui comporte le plus d'opérations, par suite de la grande diversité des matières premières qu'elle doit utiliser.

Telle qu'elle est constituée actuellement, l'industrie de la scbappe doit donc être rangée dans la catégorie des grandes industries. L'importance des capitaux qui lui sont indispensables ; la nécessité de mettre en œuvre un matériel perfectionné ; la multiplicité des opérations à réaliser avant d'obtenir des fils et, il faut le dire aussi, l'esprit d'initiative et de progrès qui a signalé les filatures de scbappe n'ont pas tardé à amener le groupement rationnel des difierents éléments constituant cette industrie.

Les décbets de soie subissent d'abord un certain nombre d'opérations cbimiques, macération, décreusage, lavages, ayant pour but de dissoudre et d'entraîner une partie du grès coagulé autour des fibres soyeuses. On obtient ainsi des matières décreusées, aptes à subir les opérations du pei~ gnage.

Après un certain nombre d'apprêts mécaniques ayant pour résultat d'entraîner les chrysalides, les substances étrangères à la soie, les déchets décreusés sont soumis au peignage, coupés en filaments d'égale longueur et mis en nappes.

Ces nappes sont ensuite étirées en rubans, puis en fils; en suivant toutes les opérations usitées dans les filatures de laine ou de coton.

Nous examinerons en détail ces différentes opérations en commençant par l'étude sommaire des différents déchets.

MATIÈRES PREMIÈRES

Matières premières

Suivant leur provenance, les déchets de soie utilisés comme matière première par l'industrie de la schappe, peuvent être classés en plusieurs catégories.

On distingue :

1° Les déchets de magnaneries ;

2^ Les déchets de filatures de cocons ;

3^ Les déchets de moulinage ;

4° Les déchets de peignage de schappe.

Les deux premières catégories remportent de beaucoup, par leur importance et la variété de leurs produits, sur les deux autres.

Il faut mentionner enfin, pour ne rien omettre, les déchets obtenus dans le dévidage des soies teintes. Ces matières ne constituent qu'une proportion très minime parmi celles qui sont traitées pour la production des fils de schappes.

1° Déchets de magnaneries, — Ces déchets comprennent un certain nombre de produits fort différents : c'est d'abord la hlaze ou bourre soyeuse entourant le cocon. Constituée par le premier jet de fil soyeux émis par le ver, afin de fixer son cocon sur la bruyère, elle est séparée des cocons dans les magnaneries et mise à part pour être vendue comme déchet. La production de la blaze, en Europe, est assez faible, mais depuis quelques années, la Chine en expédie de 100 à 120.000 kilogrammes par an. La blaze est généralement mélangée de débris de bruyère; elle renferme une proportion très notable de grès, et perd au décreusage de 33 à 38 pour 100 ; habituellement, on ne la file pas pure, mais on la mélange avec des fils de basse qualité pour en atténuer le prix. La blaze vaut de un à deux francs le kilogramme, suivant qu'elle est abondante ou rare.

Le triage des cocons efî*ectué à la magnanerie, a pour résultat de faire mettre à part un certain nombre d'espèces de cocons avariés ou imparfaits qui sont tous employés pour

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la fabrication des fils de schappes. Nous avons eu déjàroccasion de mentionner ces cocons, il suffira de les rappeler brièvement ici. Ce sont les chiques, les faibles ou cocons inachevés, les cocons rouilles ou tachés, les cocons doubles, toutes les coques, en un mot, qui ne sont pas susceptibles d'être dévidées à la bassine. Le poids de soie contenu dans ces matières est assez variable. Les vers ou les chrysalides entrent pour la majeure partie dans le poids total, mais suivant une proportion qui varie beaucoup. Néanmoins, on peut estimer qu'en moyenne ils renferment :

Soie 25-40 pour 100

Vers ou chrysalides 75-60 —

Les cocons percés provenant du grainage constituent une matière première importante de l'industrie des schappes. Ge déchet provient des magnaneries. Au temps où la pébrine et la flacherie décimaient les vers à soie, en France et en Italie, les éleveurs allaient chercher leur graine au Japon et, par suite, ce pays était le seul producteur de cocons percés. Depuis que Tapplication du grainage cellulaire (système Pasteur) s'est généralisée, les graines de vers à soie sont produites en France et en Italie, et ces pays livrent les cocons percés, déchet obligé de la préparation de la graine.

Actuellement, la France fournit à l'industrie de la schappe des cocons percés jaunes ; l'Italie produit des cocons percés jaunes et une petite quantité de verts ; le Japon envoie encore des cocons blancs et des cocons verts ; la Chine expédie des cocons jaunes, blancs et verts, et le Bengale des cocons percés appartenant à la race safranée, particulière à ce pays.

Les cocons percés sont une matière première relativement très riche en soie. Les bonnes qualités, dites classiques, en renferment de 70 à 83 pour 100. Les qualités courantes accusent de 58 à 69 pour 100 ; au-dessous de 58, les cocons percés sont mélangés de cocons avariés.

Voici quels ont été, cette année^ les prix de ces différentes sortes de cocons percés *

MATIÈRES PREMIÈRES

fr.

Cocons jaunes pays. .

le kilogramme

Chine..

Japon..

Canton

Bengale,

Il faut ajouter à ces différentes sortes les cocons percés tussah, importés par le Bengale et par la Chine. Leur valeur fixée primitivement à 4 fr. 50 s'est élevée jusqu'à 8 francs par kilogramme. Cette hausse montre combien ces matières sont actuellement recherchées.

2° Déchets de filatures. — Les déchets produits par le dévidage des cocons sont assez nombreux : le premier d'entre tous, par ordre de formation, comme par la quantité et la valeur, est le frison. Lorsque les cocons sont battus dans la bassine, pour dégager l'extrémité du brin capable d'être tiré et filé, ils abandonnent une sorte de bourre constituée par les premières vestes soyeuses. Cette bourre formée de baves embrouillées, assez fortement agglutinées par le grès, constitue le frison : l'opération de la purge, sépare définitivement les frisons, sous forme de lanière, un peu tordue, qu'on a soin de détordre avant le séchage, pour faciliter le peignage ultérieur.

Les frisons représentent une fraction importante du poids de la soie contenue dans un cocon. Leur proportion s'élève en moyenne à 25 ou 30 pour 100. C'est donc là un produit extrêmement important et d'une abondance exceptionnelle.

Tous les pays qui filent des cocons produisent donc en même temps du frison, mais ce déchet arrive en Europe sous des états bien diff*érents, suivant le genre de ^filature par lequel il a été obtenu.

Les frisons de France, d'Italie et d'Espagne, ont beaucoup d'analogies entre eux. Leur rendement en soie et leur prix diffèrent peu. Cette année ils ont été cotés de 8,50 à 9,50 par kilogramme;

Les frisons de Syrie et de Grèce sont à peu près de qualités

identiques, ils valent actuellement 6 francs à 7 fr. 25 le kilogramme. Les sortes de Brousse et d*Andrinople sont tout à fait assimilables aux frisons français.

Ceux de Boukhara et du Khokliand sont de qualité beaucoup moins régulière, et leur valeur peut varier de 4 francs à 7 fr. 50.

Les frisons de Perse se présentent sous une forme toute particulière. Ils sont roulés en boules, et les boules sont réunies entre elles par des liens. Leur valeur est comprise entre 5 fr. 75 et 7 fr. 25 le kilogramme.

En Chine et au Japon, certaines filatures montées suivant les procédés européens produisent des frisons semblables à ceux de France et d'Italie. Les frisons des filatures indigènes se vendent à Shanghaï sous le nom de curley, classés en numéros 1, 2 et 3. Leur prix varie de 6 francs à 6 fr. 50. Ils alimentent surtout les filatures de schappes anglaises.

Les frisons indigènes, au Japon, revêtent cinq ou six formes bien distinctes. Chacune d'elles prend le nom de la pro vince qui la produit. On distingue :

fr, fr.

L'Oshiou coté. . . . 8,50-9 )> par kilogramme

Le Djochiou — ... 5,75-6,50 —

Le Sinchiou — ... 7,50 8 » —

Le Nimo goshir coté. . 8 ))-8,25 —

Le Hutchogee — . .8 ))-8,50 —

L'Hosorio — . . 7,50-8 » —

En outre, toutes les provinces produisent une sorte de frisonnet, plus ou moins riche, qu'on nomme kibitzos, La valeur de ces déchets varie depuis 2 francs jusqu'à 8 francs par kilogramme. Les plus belles sortes sont de véritables frisons roulés en petites pelottes.

Parmi les déchets provenant du Japon et pouvant être assimilés au frison, on trouve une sorte de ouate de soie, connue sous le nom de maioata et valant aujourd'hui de 13 francs à 13 fr. 50 le kilogramme. Ce produit est obtenu

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par la cuisson des cocons doubles percés, ou des cocons imparfaits; ces cocons décreuses, lavés, dépouillés à la main de leurs chrysalides, sont ensuite étirés en forme de nappes.

Un grand nombre de déchets arrive de la Chine sous forme defrisonnets, ou frisons de qualité inférieure. Les principales provenances sont :

Le Ho-nan.

Le Ghan-toung.

Le Kampao.

Le prix de ces déchets varie actuellement de 2 francs à 3 fr. 25'suivant qualité. Seul le Ho-nam envoie un vrai frison allongé dont la valeur est à peu près de 6 à 7 francs le kilogramme. L'importation de ce déchet s'est beaucoup accrue dans ces dernières années.

Le Bengale, dont la production est stationnaire, possède trois ou quatre grandes filatures à Teuropéenne, produisant le frison sous deux formes particulières, qui diffèrent d'une façon notable de toutes les autres.

L'une de ces filatures fait un frison de moyenne longueur, bien ouvert, paraissant peigné comme du chanvre. Les autres livrent leur frison en rubans de 2 ou 3 mètres de longueur (tapée) : ces marques, dites classiques, valent de 6 fr. 75 à 7 fr. 50 le kilogramme.

Quelques filatures indigènes produisent des frisons demiclassiques, cotés de 5 à 6 francs. Enfin la grande production des frisons natifs, donne des marchandises de trois ou quatre qualités différentes, dont les prix varient de 3 francs à 3 fr. 50 le kilogramme.

La Gochinchine développe de jour en jour l'exportation des déchets de soie : elle expédie actuellement des cocons percés et des frisons sous deux formes difî'érentes. Les uns sont en lanières allongées et étirées, les autres se présentent en Hottes grossièrement tissées.

Pour compléter cette énumération et clore la liste des frisons, il faut citer enfin les frisonnets du Mysore : ils sont

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