L. ViGNON, La Soie. iO
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de nuance verdâtre; leur valeur est actuellement comprise entre 3 francs et 3 fr. 50 le kilogramme.
Le frison constitue le premier et le plus important déchet produit par le dévidage des cocons, mais il n'en est pas le seul : tous les cocons qui cessent de se dévider, constituent de nouveaux déchets. Ces cocons renferment des proportions de soie fort inégales, suivant qu'ils se sont prêtés à un dévidage plus ou moins avancé.
On donne le nom de bassinés à ceux qui contiennent encore une proportion de soie pouvant atteindre et dépasser 40 pour 100 de leur poids : les cocons presque épuisés, dans lesquels la proportion de la soie descend jusqu'à 10 pour 100 sont appelés pelettes ou telettes : ils sont formés des dernières vestes soyeuses enveloppant la chrysalide. Dans certaines filatures, les telettes sont mises à macérer dans Teau, séparées des chrysalides, exprimées et soumises à la dessiccation, on obtient ainsi un produit appelé jpelades. Ces matières sont livrées par l'Italie, le Japon et la Chine sous les noms de ricotti^ neri, loadiny, elles ne peuvent être utilisées que pour obtenir des fils de qualité médiocre.
D'ordinaire, les filateurs soumettent les cocons à un nouveau triage avant de les dévider : ils sont amenés ainsi, à mettre de côté les cocons doubles, tachés, faibles. Ces déchets se confondent avec ceux qui proviennent du triage à la magnanerie.
Dans certains pays séricicoles, on ne pratique pour ainsi dire pas le battage et la purge des cocons. On obtient par le dé vidage du cocon, que des soies très grossières ; la petite quantité de frisons qui ressort de ce traitement rudimentaire se trouve mêlée au bassiné et prend le nom de frisonnets. Le rendement de ces déchets présente de très grandes irrégularités, par leur aspect ils se rapprochent beaucoup plus du bassiné que des frisons,
3t> Déchets de moulinage. — ■ Le dévidage ou l'ouvraison de toutes les soies grèges produit un déchet auquel on donne
MATIÈRES PREMIKRES I73
le nom de bourre. Ce produit est spécialement employé par les manufectures anglaises. Les bourres les plus estimées sont celles qui proviennent du moulinage des soies de Chine par les usines françaises ou italiennes. Ces bourres comportent trois qualités principales, cotées actuellement 12, 10, •4, 5 francs le kilogramme.
Au Japon, les filatures ds schappes reçoivent des bourres renfermant toujours des fils tordus, très nuisibles au cardage. La valeur de ces bourres atteint 6 francs. Shangaï expédie des bourres indigènes blanches et jaunes valant de 5 fr. 50 à 7fr. 50. Enfin Canton fournit aux manufactures anglaises, des bourres renfermant beaucoup de gomme classées en numéros 1 et 2, valant 6, 6 fr. 50 par kilogramme.
4° Les déchets de peignage de schappe sont désignés par le nom de bourrettes. Ils servent à préparer des fils de qualité inférieure. Les déchets des soies teintes, provenant du dévidage des soies après teinture, reçoivent suivant leurs nuances, différentes destinations. Les soies noires sont utilisées pour la draperie : avec les déchets blancs ou de couleur claire, on fabrique des cordonnets; on obtient ainsi des fils violacés, qu'on teint d'habitude en noir. Ces fils provenant de soie de très bonne qualité possèdent beaucoup d'éclat et de brillant. Ces déchets teints ne constituent qu'une fraction extrêmement faible des matières premières employées par l'industrie de la schappe.
L'ensemble de ces matières premières, constitue une infinité de types difî'érents, aussi bien par la forme que par leur couleur et leur aspect. Nous avons vu que leur richesse en soie utilisable variait dans diverses proportions.
Certaines de ces matières ne payent pas de mine. Soumises à l'appréciation d'un profane, elles seraient infailliblement classées dans la catégorie des chifi'ons ou des résidus sans valeur. Pourtant, par des observations minutieuses et répétées, aidées de la comparaison des résultats industriels, il est possible en se basant seulement sur les caractères extérieurs
appréciables par la vue et le toucher, de déterminer le rendement probable de tous les déchets, en soie capable d'être peignée. La concordance qui existe entre les estimations des courtiers et les rendements industriels est vraiment merveilleuse. Pour la grande majorité des cas, cette concordance est poussée jusqu'à 1/2 pour 100, alors que la proportion de matière utile varie de 10 à 85 pour 100.
Quelle que soit la nature ou la richesse de ces déchets, ils doivent tous subir, avant d'être soumis au peignage, une opération chimique préalable, que nous allons décrire dans le paragraphe suivant.
Le Décreusage
Tous les déchets utilisés par l'industrie de la schappe, sont formés de brins de soie agglutinés entre eux d'une manière fort irrégulière, par du grès ; ils renferment en outre des impuretés fort diverses, composées ordinairement de vers, de chrysalides, de débris végétaux, etc. Dans la masse, on ne perçoit d'ordinaire aucun filament distinct ;tousles éléments qui la composent forment un tout solide, assez fortement aggloméré, incapable de subir un triage par des opérations mécaniques.
On a donc été amené à soumettre ces matières à un traitement chimique ayant pour but de les ramollir, de les ouvrir, de rendre possible le peignage. Cette opération porte le nom de décreusage. Les matières à décreuser sont d'abord mises en cuves pour subir le décreusage proprement dit : sous rinfluence de l'eau portée à une température plus ou moins élevée, additionnée ou non de savon, les déchets perdent une partie de leur grès, les fibres se dégagent peu à peu, lesm.atières étrangères, les chrysalides notamment, se séparent. L'encuvage se pratique habituellement dans des récipients à peu près cubiques, cimentés ou plombés, de 3 ou 4 mètres cubes de capacité.
Pour les matières de qualité inférieure, le décreusage est
LE DÉCl\EUSAGE 173
pratiqué à l'ébullition : les déchets sont soumis pendant neuf ou dix heures à Taction de solutions bouillantes à 1 et 2 pour 100 de savon. Le grès est presque complètement enlevé, la matière décreusée n'en renferme plus que 2 ou 3 pour 100.
Les cocons subissent un autre genre d'opération. Leur décreusage est obtenu par macération : on les immerge d'abord dans un bain d'eau pure, portée à 100°, puis on les abandonne pendant une période variant de trois à six jours. Une sorte de fermentation ne tarde pas à s'établir dans la masse, des gaz à odeur infecte, de l'hydrogène sulfuré se dégagent, peu à peu la matière s'affaisse dans les cuves ; l'opération est alors terminée. Ge genre de décreusage est ap pliqué d'ordinaire aux matières renfermant beaucoup de chrysalides et peu de soie.
Les frisons subissent un traitement analogue ; ils sont décreusés par macération et fermentation. L'opération est d'autant plus courte que ces matières sont plus riches et qu'il y a moins de matières étrangères à détruire.
Les cocons à coques résistantes sont décreusés par des lessivages successifs, opérés avec de l'eau pure portée à une température plus ou moins élevée. Chaque lessivage est prolongé vingt-quatre heures, on renouvelle l'opération jusqu'à ce que la matière ait été obtenue à un état de pureté et de dégommage convenable.
Les cocons percés sont décreusés parfois suivant un procédé tout particulier. On les foulonne dans un appareil spécial appelé stamjpido, avec un peu d'eau savonneuse. Gemode de décreusage réussit d'autant mieux que les cocons sont plus frais ; on attribue son efficacité à la présence d'une petite quantité de matière alcaline laissée par le papillon à l'orifice des cocons.
Après le décreusage, les matières ont l'aspect de chiffons grisâtres à longs filaments, les chrysalides ne sont plus emprisonnées dans la masse ; on pratique alors le lavage sous pression. Les déchets décreusés, traités par petites portions,
sont soumis, clans des machines à laver, à raction répétée de minces filets d'eau s'écoulant avec force, sous une pression d'une à deux atmosphères ; les chrysalides, les corps étrangers, toutes les matières qui n'ont pas une structure filamenteuse, sont expulsés partiellement par ce lavage sous pression. Lorsqu'il est terminé, les déchets sont retirés, égouttés et soumis à Tessorage ; finalement, on les sèche à l'air ou dans des séchoirs, puis on les soumet au battage mécanique. Cette dernière opération assouplit les brins, ouvre la matière et dégage les chrysalides qui tombent et se séparent de la miatière décreusée.
La perte subie par les déchets sous l'influence du décreu sage est très variable. En efi^et, la chrysalide entre souvent pour une proportion très considérable dans le poids du déchet ; d'autre part, elle est plus ou moins éliminée. A ne considérer que la fibre soyeuse, on trouve que sa perte en grès oscille de 15 à 30 pour 100, suivant l'origine, l'état de propreté du déchet, et aussi, suivant la quantité de gomme que Ton veut conserver.
Les frisons, les bourres, les matières sans chrysalides perdent de 20 à 28 pour 100 ; les cocons doubles se réduisent à peu près de moitié ; les cocons percés subissent une perte égale a 35 à 40 pour 100 de leur poids primitif.
Les frisonnets donnent environ, en matière décreusée, 50 à 65 pour 100 de leur poids écru ; mais ils retiennent encore une assez forte proportion de chrysalides.
Les bassinés classiques rendent de 40 à 45 pour 100. Toutes ces matières décreusées, lavées, séchées et battues, ont un aspect tout difi'érent de celui du déchet qui leur a donné naissance; après la série d'opérations qui vient d'être décrite, les filaments sont très apparents, dégagés les uns des autres. Ils sont, en général, longs et leur ensemble a beaucoup d'analogie, au point de vue du toucher, avec de l'étoupe : la couleur est blanc grisâtre, l'aspect général très terne. Aucun caractère e:5j.térieur ne fait encore pressentir la
LE PEICtNAGE
soie et ses brillantes qualités. Les opérations mécaniques qui suivent le déereusage font subir à la matière une véritable métamorphose. Elles constituent le peignage et précèdent immédiatement la filature.
lie Peignagc
Les déchets de soie, décreusés et séchés, sont formés d'une sorte de bourre composée de filaments soyeux plus ou moins longs, fortement emmêlés ; une quantité variable de corps étrangers, résidus de chrysalides, fragments végétaux provenant des toiles d'emballage, débris de toute nature ajoutés par fraude ou laissés par incurie, se trouvent également emprisonnés dans la bourre.
Le peignage a pour but de rendre les fils de soie parallèles, de les répartir en filaments de longueurs à peu près égales, tout en éliminant les matières étrangères.
Ces résultats sont obtenus par une série d'opérations que nous allons décrire brièvement.
Les déchets décreusés et secs sont d'abord battus mécani^ quement ; une certaine quantité des matières étrangères abandonnent les filaments soyeux et en même temps le déchet s^ouvre, et devient plus apte, par sa division, à subir le peignage proprement dit.
La matière est ensuite passée aux msichmes moicil le us es ; un mélange d'eau, de savon et d'huile, est projeté en fine poussière sur le déchet, de façon à le lubrifier et à faciliter ainsi les divers traitements mécaniques consécutifs.
En cet état, les déchets sont présentés aux nappeuses, sortes de tambours à peignes qui commencent à donner un certain parallélisme aux filaments, forment des nappes et séparent une nouvelle quantité d'impuretés.
Par leur passage aux fondeuses, les nappes sont mises en pointes, c'est-à-dire tirées en brins que Ton coupe à une Ion-
gueur déterminée ; ces brins sont enroulés ensuite sur des baguettes.
Ces baguettes, chargées de filaments d'égale longueur, déjà parallèles, mais renfermant encore des matières étrangères, sont soumises ensuite au peignage proprement dit.
Les peigneuses en usage dans l'industrie de la schappe, sont de deux sortes : les circulaires et les dressing plats. On obtient de ces deux machines des résultats à peu près identiques. Dans les deux cas, les filaments sont soumis à l'action prolongée d'un peigne à dents d'acier qui achève de paralléliser les fils et d'enlever les matières étrangères.
Ces machines peuvent fournir du déchet peigné de diff'érentes longueurs. Pour utiliser le déchet le mieux possible, en efiet, on le repasse plusieurs fois de suite aux fondeuses et aux peigneuses : on obtient ainsi des traits de plus en plus courts. La succession de ces opérations se comprend aisément. La peigneuse sépare, en efiet, en deux parties la matière soumise à son action : l'une d'elles est constituée par le peigné qui aura un mètre de longueur si la matière n'a pas encore subi de peignage ; la deuxième portion est enlevée par les peignes et se trouve accumulée sur les organes de la machine préposés à l'épuration. Cette partie pourra être passée de nouveau aux fondeuses, fournir un second trait qui, après peignage, donnera un peigné de deuxième longueur. Lorsque cette opération aura été faite, un certain nombre de fois, et on peut la répéter jusqu'à cinq fois, la peigneuse ne donnera plus, comme résidu, que de la bourrette, agglomération de brins courts chargés de boutons^ dont il sera question plus loin.
Au sortir des peigneuses, le déchet de soie dégagé, de la baguette de bois sur laquelle il était replié en son milieu, se présente en masses appelées loqueites. Il est formé de fils soyeux parallèles présentant avec une certaine atténuation l'éclat de la soie ; sa couleur est blanche, légèrement teintée de brun jaune très clair. La soie n'est pourtant pas encore com-
LE PEIGNAGE 177
plètement pure ; elle renferme encore quelques menus filaments végétaux, parfois aussi des cheveux et des crins qu'un tissage à la main peut seul faire disparaître.
Cette opération porte le nom iV èplicchage ; pour la pratiquer, des ouvrières font passer sur une lame de verre à vitre fortement éclairée par sa face inférieure, les loquettes do peignés ; avec une pince, elles enlèvent toutes les matières étrangères.
Ce triage présente une grande importance. Tous les fils végétaux, les cheveux et les crins restant sous les loquettes accompagnent la soie à la filature et au tissage. Après la teinture, comme ils n'absorbent pas les matières colorantes de la même manière que la soie, ils deviendraient apparents et seraient ainsi une cause de dépréciation irrémédiable.
Après l'épluchage, les loquettes de peigné sont réparties en pesées uniformes de 60 à 125 grammes, suivant la longueur du trait, et passées aux ètaleurs,Q,Q% appareils superposent et étirent les loquettes et forment une nappette possédant un poids et une longueur déterminée, toute prête pour les opérations de la filature.
Mais avant d'aborder ce point, nous devons remonter un peu en arrière pour terminer en quelques mots l'histoire du résidu principal du peignage, la bourrette.
Cette matière, composée de filaments très courts n'est plus susceptible d'être peignée ; on la soumet à l'action des cardes à coton et on la file comme ce textile.
Les fils obtenus s'emploient en trames pour les couvertures et les étoifes bon marché ; on les utilise également pour les tissus d'ameublement, imprimés ou façonnés. Ces étoffes conservent encore un peu du brillant de la soie ; elles ne sont pas exposées, comme les tissus de laine, aux dégradations des mites.
Cette propriété a fait adopter la bourrette pour la confection des tissus servant à préparer les gargousses de canon. Depuis quelques années, cet emploi s'est généralisé beaucoup.
En France, la toile amiantine employée pour le service de Tartillerie est constituée par une chaîne et une trame en bourre tte pure.
Filature
Après avoir été peignés, et mis en nappettes par les étaleurs, les déchets de soie sont soumis aux procédés généraux usités dans la filature des textiles. Nous nous étendrons peu sur cette question qui a déjà été traitée bien souvent : les déchets de soie ne sont pas filés autrement que le coton, le lin et la laine.
Les nappes de peigné sont passées d'abord à un appareil rubaneur, puis soumises à une série d'étirages qui transforment le ruban en une mèche de filature.
A ce moment, les rubans sont devenus trop minces pour qu'on puisse continuer à les étirer sans les rompre. Ils sont également trop longs pour être reçus dans des pots sans se mêler et causer du déchet. Il devient nécessaire de leur imprimer un léger degré de torsion pour augmenter leur cohésion et leur résistance à l'étirage ; il faut aussi remplacer les pots par des bobines autour desquelles les fils rudimentaires viennent s'enrouler aussi uniformément que possible. Les métiers dits bancs à broches sont employés à cet eftet.
Les rubans enroulés sur les bobines sont portés ensuite sur les métiers qui doivent finir le fil. Les métiers à filer employés dans l'industrie de la schappe ne diffèrent pas essentiellement de ceux qui sont usités pour les autres textiles. Pour les fils simples sur cannettes, on utilise les métiers selfasting ; les métiers contîntes servent à la préparation de toutes les autres qualités de fils.
Les fils produits par l'industrie de la schappe comportent un assez grand nombre de variétés. Il faut distinguer les fils simples obtenus par la torsion plus ou moins accusée d'un ruban unique, les fils deux ou trois bouts provenant de