‹ La soie au point de vue scientifique et industrielChapitre 66 sur 151 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Les différents fils de soie devant servir à la confection des tissus subissent, au préalable, un certain nombre de façons qui ne se succèdent pas, nécessairement, dans le même ordre.

Il faut distinguer, en effet, l'état dans lequel sont livrés ces fils. Ils peuvent être enroulés sur des bobines comme les fils de déchet, et se trouver prêts à être utilisés pour le tissage. Les soies moulinées destinés à devenir la trame d'un tissu sont ordinairement reçues en flottes ; il est nécessaire, dès lors, de les transporter sur des bobines.

Avant d'être tissés, les fils sont généralement soumis à la teinture ; pourtant, certains tissus sont fabriqués avec des fils non teints. La teinture désignée, dans ce cas, sous le nom de teinture en "pièces, est opérée ensuite sur le tissu.

11 est donc difficile de décrire méthodiquement et dans un

ordre logique, les opérations qui constituent la fabrication des tissus ; l'industrie des soieries, en eifet, a atteint un tel développement, ses méthodes sont si variées et si nombreuses que nous ne pouvons décrire ici que les principales d'entre elles, dans Tordre où elles se succèdent le plus communément. Toute règle que nous serions tenté d'établir devrait être complétée par la nomenclature d'un très grand nombre d'exceptions. Aussi, comme ce livre n'est pas un traité technique, nous ne pourrons nous appesantir que sur les traits principaux du sujet, en laissant dans l'ombre les cas particuliers.

Il faut observer d'ailleurs que, plus qu'aucune autre peutêtre, la fabrication des soieries est l'objet de perfectionnements incessants. A vouloir fixer dans ses détails, un ensemble aussi modifiable et aussi mouvant, on s'exposerait à consigner des renseignements qui se trouveraient vieillis au bout de quelques mois.

Cette complexité d'éléments, cet esprit de progrès toujours en éveil qui caractérisent la fabrication des soieries, ont certainement contribué à imprimer à l'organisation du travail dans l'industrie des soieries une physionomie particulière. Le grand nombre d'opérations qu'elle comporte, le haut degré de perfection auquel chacune de ces opérations doit être portée ont produit, en somme, une spécialisation poussée à ses dernières limites. Actuellement, la fabrication des soieries est organisée de la manière suivante : le fabricant de soieries achète, comme matière première, des soies grèges qu'il fait mouliner parfois dans des usines qui lui appartiennent, mais très souvent dans des établissements autonomes.

Ces soies moulinées sont ensuite teintes et tissées dans des usines ou des ateliers spéciaux, exécutant ces travaux à façon. Cette division du travail est poussée aussi loin que possible. Toute opération, même très simple dans son principe, capable de s'isoler, telle que le dévidage, l'ourdissage, ou le tissage, alimente de petits ateliers dont l'outillage et la

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luaiii -crœuvre dépendent exclusivement du ficitron, exécutant son travail à façon.

Qui ne connaît, au moins de nom, le modeste atelier du canut\\ow\\dA^ (lîg. 50, p. 210-211), possédant un ou quelques métiers à tisser fnous renvoyons le lecteur aux pages d'une observation si vraie que M. Edouard Aynard à consacrée au tisseur lyonnais dans sa belle étude sur Lyon en 1889.

11 semble que cette organisation du travail ne soit pas en harmonie avec les principes appliqués par l'industrie moderne. Le groupement et la concentration de tous les collaborateurs sembleraient devoir amener une production à la fois homogène et plus économique ; mais il faut observer que les éléments que comporte la fabrication des soieries valent surtout par leur degré de perfection ; et il semble que dans cette industrie Thabileté professionnelle, dans tous les détails, soit le principal élément de succès. Du reste, il ne faut pas méconnaître que les principes que nous avons rappelés ont été déjà assez largement appliqués; avec le progrès de l'industrie mécanique, de grandes manufactures pour la fabrication des soies et des soieries ont été créées. Cette organisation se développe lentement à côté de Tancienne. Dans le cours de ce chapitre, nous aurons Toccasion de les voir, tour à tour, prédominer, suivant les opérations que nous serons amené à décrire. C'est ainsi qu'un nombre assez grand de fabriques de soieries ont organisé et pratiquent elles -mêmes le moulinage de leurs soies grèges et la fabrication mécanique de leurs tissus. Les opérations de teinture, au contraire, sont presque toujours mises en œuvre dans des usines distinctes ou autonomes.

Sans nous occuper de l'organisation commerciale des opérations constituant la fabrication des soieries, nous décrirons brièvement chacune d'elles au point de vue technique,

^ Lyon en 1880, introduction au Uupport de la section d'économie sociale, par Ed. Aynard. Lyon 1889,

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Meltage en mains. — Le fobricant do soieries fait subir à celles des matières premières qu'il reçoit en flottes ou en ccheveaux un triage et un classement qui porte le nom de mettage en 7nains.

Des ouvrières spéciales, appelées 7netteuses en mains^ ouvrent les flottes ou éclieveaux, les engagent sur une grande cheville en bois dur bien lisse, placée horizontalement devant elles, puis, les tendant avec le bras gauche, examinent avec soin les flls qui entrent dans leur composition. Ordinairement les fils sont classés, suivant leur grosseur, en trois catégories ; les flottes de même espèce sont réunies entre elles par un lien et donnent tine jpantbne. Le groupement de plusieurs pantimcs constitue une masse appelée main.

On voit, en définitive, que le mettage en mains a pour but d'accroître la régularité des fils et de former des catégories composées seulement de fils de même grosseur. L'habileté professionnelle des ouvrières exerce sur le résultat une influence prépondérante. Cette opération permet d'apprécier le degré de précision apporté dans le travail des soieries. Ces fils, en efl'et, provenant de cocons dévidés avec soin, ouvrés par les méthodes perfectionnées, soumis à des titrages qui révèlent parfois des diftërences insignifiantes, sont, néanmoins, l'objet d'un nouveau triage. Quand la soie est destinée à être teinte en flottes l'opération du mettage en mains, eflectuée chez le fabricant, précède immédiatement l'envoi aux usines de teinture.

Nous avons vu que cette pratique n'était pas constante, que certaines étolfes étaient tissées d'abord, puis teintes ensuite. ÎSéanmoins, comme la teinture de la soie est le plus communément pratiquée en floltes, l'exposé des principes sur lesquels elle s'appuie et la description de ces procédés trouve sa place après le mettage en mains.

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