‹ La soie au point de vue scientifique et industrielChapitre 67 sur 151 · CHAPITRE iV · texte numérisé non relu

CHAPITRE iV

La teinture de la soie est une des opérations les plus importantes de l'industrie des soieries. Si on laisse dans Tombre le côté artistique de cette industrie pour n'envisager que ses éléments techniques, on peut dire que la teinture contribue, autant que le tissage, à donner aux soieries leurs qualités précieuses : si le tissage donne la forme, la teinture fournit aux tissus leur couleur, en conservant et en portant au plus haut degré les qualités natives de la soie, le brillant, la ténacité, la souplesse.

Aussi bien, Tindustrie des soieries ne peut-elle exister que par rintime coopération du tisseur et du teinturier. La teinture des soies, à mesure qu'elle réalisait les merveilleux progrès que nous aurons à décrire, a pris un très grand développement. Elle constitue aujourd'hui une industrie très perfectionnée, presque exclusivement basée sur des principes scientifiques.

La transformation qu'a subie cette industrie depuis un siècle est fort curieuse. Autrefois, la teinture n'utilisait que es recettes empiriques que chaque praticien s'efforçait de tenir secrètes ] souvent, sous prétexte de perfectionnement, on les compliquait à plaisir. Vers le milieu du siècle dernier^ Macquer publia rA7^t de la teinture en soie. Les procédés alors en usage pour le traitement et la teinture des soies en diverses nuances sont décrits par Macquer avec beaucoup de détails.

Ils présentent tous ce caractère commun de ne mettre en œuvre que les substances d'origine naturelle, associées en très grand nombre. Chaque bain de teinture renferme une

centaine de drogues différentes ; toutes doivent posséder des (( vertus particulières », des (( propriétés électives ». On reconnaît la phraséologie vague de Tempirisme. La graine de /m, la gomme arahiqioe^le réalga7\\e sel am^noniac arsenic blanchie sublimé corrosif ,V écume de sucre candi, la litliarge d'or et d'argent pilé, le vinaigre fort sont, indépendamment des matières colorantes naturelles, les matériaux employés par les teinturiers de soie au siècle dernier.

Un clair rayon de vérité scientilique projeté sur ce chaos a permis aujourd'hui d'asseoir sur des bases rationnelles la teinture de la soie. Des méthodes anciennes, la teinture moderne a conservé l'usage des substances actives, en éliminant celles dont l'action est inutile et pouvait même nuire au succès des opérations. Or, sur le grand nombre d'ingrédients prescrits par Macquer pour obtenir une nuance déterminée, il se trouvait souvent qu'une ou deux seulement étaient réellement utiles, alors que trente ou quarante autres devaient être supprimées.

En résumé, entre la teinture ancienne et la teinture moderne, il existe les mêmes rapports qui relient l'art empirique des alchimistes aux théories scientifiques de la chimie moderne.

De nos jours, la teinture est une des branches les plus intéressantes de la chimie appliquée. A ce titre, nous devons exposer brièvement les principes sur lesquels elle se trouve fondée. Ce que nous ne pourrons pas décrire dans les détails, c'est rhabileté consommée, l'instinct, on peut même dire la divination véritablement admirable avec laquelle les praticiens ont su utiliser ces principes. 11 existe vraiment, dans la mise en pratique, à Lyon, des méthodes de la teinture de la soie, une perfection professionnelle poussée si loin, qu'elle constitue un art véritable.

Le teinturier reçoit du fabricant de soieries des soies ouvrées, en flottes, mises en mains. Chaque lot de soie est accompagné :

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