DE LA TEINTURE PROPREMENT DITE
chimique. Dans les bains de teinture, les matières colorantes contracteraient avec la soie de véritables combinaisons chimiques, insolubles, prenant naissance, avec le temps, sous l'influence de l'élévation de la température du bain.
On a objecté, à Tencontre de la théorie chimique, qu'on ne constatait pas dans les phénomènes de teinture les caractères essentiels de toute combinaison, les proportions définies des corps composants et Tapparition, dans les corps composés, de propriétés nouvelles différentes de celles des composants.
La question resterait entière si des expériences récentes n'étaient venues faire pencher la balance en faveur de la théorie chimique.
M. Knecht a fait une série de teintures quantitatives avec la fuchsine, le violet méthjlé et la chrysoïdine^ Un bain chargé avec un poids connu de ces couleurs était additionné de laine ou de soie jusqu'à complet épuisement. Dans les bains décolorés l'auteur a trouvé toujours une quantité de chlorure d'ammonium exactement équivalente à la quantité d'acide chlorhydrique contenue dans la matière colorante. Ce fait prouve que dans la teinture de la laine ou de la soie les sels des colorants basiques sont décomposés ; l'acide déplace de l'ammoniaque, provenant de la molécule complexe de la fibre animale, tandis que la base de la matière colorante s'unit à la fibre sous forme de laque colorée.
Ivcs phénomènes de coloration, produits dans les expériences de M. Knecht, proviennent donc de réactions chimiques. D'autres recherches seraient nécessaires pour qu'il soit permis d'étendre, avec certitude, cette explication à tous les phénomènes de teinture des fibres textiles. Ce n'est qu'après avoir examiné expérimentalement un grand nombre de cas de teinture qu'il sera possible, en groupant et en dis-
1 E. Knecht, Berichte der Deutschen chemischen Gesellschaft t. XXI, p. 556.
2\S TiaXTURE DE LA SOIE
cutant les résultats obtenus, de dire s'ils doivent tous être attribués à des causes d'ordre chimique ou physique, et d'établir scientifiquement la théorie de la teinture.
Mais quelle que soit la nature de la force qui permet à la soie d'absorber les matières colorantes, nous devons examiner maintenant comment on réalise industriellement la teinture des soies. Nous ne pourrons, sur ce sujet, entrer dans de bien longues explications. Les méthodes de la teinture, en effet, si elles présentent un certain nombre de types d'usage général, sont essentiellement modifiables dans leurs détails. Depuis que l'emploi des matières colorantes artificielles, dont le nombre augmente pour ainsi dire chaque jour, s'est généralisé, les teinturiers modifient sans cesse leurs procédés de teinture pour les adapter aux propriétés des colorants nouveaux qui leur sont ofierts. Toute description minutieuse de la marche à suivre pour teindre la soie en une nuance déterminée, exacte aujourd'hui, serait exposée à être fausse dans quelques mois.
Retraçons seulement les caractères généraux des opérations tinctoriales; nous dirons qu'on les distingue en teintures directes et teintures indirectes. Dans les premières la soie, préalablement préparée, est plongée dans un bain d'eau renfermant d'ordinaire un deux-millième d'acide sulfurique ou d'acide chlorhydrique, et une quantité convenable d'une solution claire et filtrée de la matière colorante ou du mélange de matières colorantes qui doit permettre d'atteindre la nuance cherchée ; fréquemment ces bains renferment aussi les vieux bains de savon provenant delà cuite des soies. On a reconnu, en eftet, que la présence du savon de cuite fournissait, avec les matières colorantes artificielles, des couleurs plus brillantes et plus uniformément réparties. La soie est lissée dans ce bain jusqu'à ce qu'elle ait atteint la nuance de l'échantillon type. La température du bain est maintenue au voisinage de l'ébullition sans l'atteindre pourtant. L'ouvrier teinturier chargé de teindre la partie de soie conduit son