‹ La soie au point de vue scientifique et industrielChapitre 70 sur 151 · DE LA TKINTURI'] PROPREMENT DITE · texte numérisé non relu

DE LA TKINTURI'] PROPREMENT DITE

opération de manière à imiter le plus possible le type de teinture qui lui a été remis. S'il le juge nécessaire il ajoute dans son bain une petite quantité de telle ou telle solution colorée pour en modifier la composition primitive et se tenir aussi près que possible de sa teinte type ; de temps en temps il réchauffe son bain au moyen d'un courant de vapeur pour favoriser l'absorption des matières colorantes. Suivant que la partie de soie est importante ou petite, la teinture s'exécute dans de grandes barques ou de petits chaudrons en cuivre. De temps à autre l'ouvrier essore, en les pressant entre deux ongles, quelques fils de soie, achève de les sécher dans un courant d'air cliaud et on compare sa nuance à la nuance type. Lorsque la conformité est établie, il arrête son opération.

C'est vraiment merveille de constater avec quelle adresse cette conformité de nuances d'une partie de soie avec l'échantillon se trouve établie. L'œil de l'ouvrier teinturier acquiert une sensibilité spéciale tout à fait extraordinaire. Encore l'opération que nous venons de décrire est-elle une des plus simples parmi celles qui sont réalisées dans les ateliers de teinture.

Dans la teinture indirecte, en effet, la soie doit être préalablement mor (lancée, c'est-à-dire que pour qu'elle puisse absorber certaines matières colorantes il faut l'immerger d'abord dans des bains renfermant des tannins ou des sels métalliques. Ces substances, en raison de leur action spéciale, sont appelés mordants.

Les teintures directes sont opérées avec les matières colorantes artificielles. Ces matières d'une grande facilité d'application se fixent sur la soie sans l'intermédiaire de mordants, en donnant des nuances vives et brillantes. Pour les couleurs rabattues ou noires, au contraire, on emploie des bains colorés dont les matières colorantes nécessitent, pour leur fixation, l'emploi préalable de mordants.

Le complément nécessaire de cette esquisse des opérations de la teinture réside dans une étude sommaire des principaux

mordants et des matières colorantes qui constituent les matières premières des teinturiers.

Les mordants

On les emploie dans les méthodes de teinture indirecte. La soie imprégnée de leurs solutions devient apte à absorber certaines matières colorantes qu'elle serait incapable de fixer à l'état d'origine.

Les solutions de mordant doivent avoir une concentration parfaitement déterminée. La soie doit rester en contact avec les solutions pendant un temps suffisant et à la température voulue, pour que la substance active des mordants puisse se fixer uniformément dans toutes les parties de la fibre et modifier ses propriétés absorbantes d'une manière parfaitement uniforme.

La nature chimique de chaque mordant et de la matière colorante qu'il doit permettre de fixer, nécessite dans chaque cas une méthode particulière d'application qui doit être rigou reusement suivie dans tous ses détails.

Nous décrirons sommairement les principaux mordants employés dans la teinture de la soie, en mentionnant leurs modes d'application.

Moi^dants d'almnine. — Différents sels sont employés pour fixer de l'alumine sur la soie ; nous pourrons citer :

Le sulfate d'aluminium. . . . Al^ (S 0^)3 18 H2 0

L'alun d ammonium .... A12 (NH4)2(SO^)*24 H20

L'alun de potassium. . . . A12 K2 (S 04)^ 24 H2 0

L'acétate d'aluminium. . . . A12(G2H3 02)G

Le sulfoacétate d'aluminium. . A12 SO* (C2H3 02)^

Le sulfocyanure d'aluminium. A12(GNS)'^

Le chlorure d'aluminium. . . A12 Gl<5 12 H2 0

L'alun de potassium etle sulfate d'aluminium senties sels les plus usités. Aussi le mordançage de la soie par l'alumine portet-il le nom d'alunage. Cette opération peut s'eftectuer avant

toute teinture ou dans le courant des opérations. Le bain d'alun ou de sulfate d'alumine doit être saturé à froid. La soie essorée est introduite dans le bain, après trois ou. quatre lissages on l'y abandonne pendant plusieurs heures. L'opé ration se fait tout entière à froid. Les soies sont retirées du bain, égouttées et rincées modérément dans de Teau un peu calcaire ; c'est pendant le rinçage que Talumine se fixe directement sur la soie. Les soies mordancées à l'alumine donnent, avec le canipêclie, une coloration rouge violacé très intense : elles acquièrent également un certain degré d'imperméabilisation.

Mordants de fer. — Ces mordants comprenRcnt des sels de fer à divers degrés d'oxydation.

Parmi les sels ferreux on trouve :

Le sulfate ferreux. FeS0^7H20 ou couperose verte

L'acétate ferreux. . Fe [C^E^O'^)^ ou pyrolignite de fer

Le nitrate. . . . Fe (N 03)2^6H2 0

Le chlorure.. . . Fe GI2 4H2 0

Tous ces mordants agissent, en général, sur les matières colorantes des bois, en brunissant les couleurs, et les amènent par des tons variés jusqu'au noir. Les matières colorantes jaunes, d'origine naturelle, donnent des tons olives avec les sels ferreux : la cochenille, le brésil, le santal, la garance et surtout le campêche et toutes les matières astringentes fournissent du noir. Leur mode d'emploi varie suivant la nature de chaque sel.

Les composés ferriques employés dans la teinture de la soie sont au nombre de quatre :

Le sulfate ferrique. Fc2 (S 0^)3 9 H2 0 Le nitrate — . Fe2 (N 03)6 18 H2 0 L'acétate — . Fe2(G2H3 02)6

Il faut mentionner, enfin, une combinaison particulière connue sous le nom de rouil ou i^ouille. Elle est obtenue en faisant agir un mélange d'acide nitrique et d'acide sulfurique

sur le sulfate ferreux. La constitution chimique de ce corps n'est pas exactement connue. De tous les mordants de fer c'est celui qui s'emploie en quantités les plus considérables, il sert à la teinture des soies en noir.

Mordants dCctain, — Ils appartiennent à la classe des composés stanneux et des composés stanniques ; un des plus importants est le chlorure stanneux, SnGP, 2H^0, connu dans le commerce sous le nom de sel d'étain : ce composé est employé dans la teinture en noir pour la préparation des soies fortement chargées.

Le chlorure stannique, SnGl^, 5H^0, est utilisé sous diverses formes, pour la charge des soies teintes en couleurs, blanches ou claires. On trouve ce composé sous forme de bichlorure d'étain solide, Sn 01^^,511^0, ou de solution concentrée. Dans cet état il est combiné au chlorhydrate d'ammoniaque ou au chlorure de potassium; le composé stannique obtenu en oxydant le sel d'étain par l'acide chlorhydrique et un mélange de chlorate de potassium et de chlorate de sodium, porte le nom de jpink sait.

Les mordants de chrome^ d'un usage si répandu pour la teinture de la laine et du coton, ne sont que très peu employés pour la soie; seul le bichromate de potassium (K^Gr^ 0"^) sert pour les marrons chargés et grands teints au cachou, ou pour les noirs au campêche dits noirs chromâtes. Le bichromate de potassium tend à être remplacé peu à peu par le bichromate de sodium (Na2Gr2 0^

Mordants de cuivre. — Le sulfate (Ou SOS 5H^ 0) est seul utilisé dans la teinture de la soie, et encore son emploi est il limité. En général, le sulfate de cuivre revêt les matières colorantes jaunes provenant des bois de nuances olivâtres. Le campêche donne, avec le sulfate de cuivre un bleu pour teint qui convient pour terminer certains noirs.

Morda7its à hase de tannin. — On donne le nom de tannins à un certain nombre de principes astringents qu'on trouve dans la noix de galles, le sumac, le bois de châtai-

gnier et dans une foule d'autres produits végétaux. L'emploi des tannins dans la teinture de la soie est basé sur les pro priétés suivantes :

Si l'on immerge la soie dans une solution de tannin, ce textile absorbe la matière tannique avec une grande facilité. Dans une solution froide, la soie absorbe facilement une quantité de tannin égale à 15 pour 100 de son poids ; à chaud, vers 70^, et mieux encore, au voisinage de l'ébuUition, l'absorption est plus rapide et ,plus complète ; elle atteint facilement 25 à 30 pour 100 du poids de la soie. La matière tannante forme, avec le textile, une combinaison véritable, analogue à celle qu'on trouve dans les peaux tannées. Le tannin fixé sur la soie n'est pas enlevé par des lavages à l'eau ou à l'alcool, mais les solutions bouillantes de savon enlèvent à la soie tout le tannin qu'elle contient en lui laissant 'une coloration plus ou moins foncée.

Les tannins se fixent également bien sur la soie écrue et sur la soie décreusée; leur absorption par la soie est tout à fait comparable à celle des matières colorantes ; on la détermine par les mêmes méthodes générales.

Par certains côtés, du reste, les tannins sont assimilables aux matières colorantes : associés aux sels ferriques, ils déterminent sur la soie des phénomènes de coloration extrêmement intenses, qui sont mis à profit dans la teinture des noirs.

En somme, les tannins sont utilisés pour charger les soies ; ils sont aussi un des éléments de la teinture en noir.

Les diverses matières tanniques employées par les teinturiers sont assez nombreuses; elles doivent toutes leur activité à la présence de l'acide tannique G^^ H^^ 0^, qu'on croit être identique avec l'acide digallique

[z) n \Q00 ^ \GOOH— sans que cette hypothèse ait été encore suffisamment démontrée.

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