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CHAPITRE IV

Les flottes de soie teintes, avant d'être tissées, subissent un certain nombre de traitements préliminaires.

Le premier est le dèvidage : les flottes de soie, placées sur un guindre ou une tavelle, sont enroulées sur des bobines appelées roquets. Le roquet, de forme cylindrique, est en bois ou en métal. Il a environ trois centimètres de diamètre et se termine par deux bourrelets saillants que Ton nomme têtes de roquet.

FiG. 63. — Mécanique longue à dévider (Sallier, à Lyon).

Le guindre supportant la soie doit être équilibré avec soin de façon à n'offrir au roquet, sur lequel s'enroule la soie, le moins de résistance possible et éviter ainsi les ruptures de fils.

Cette opération du dévidage (fig. 63), très simple enappa-

rônce, réclame pourtant des soins soutenus. Les flottes de soie, avant d'être placées sur le guindre, sont d'ordinaire divisées en petits écheveaux. On dit en pareil cas que la soie a été trafusée. Un va-et-vient répartit également la soie sur le roquet.

Le dévidage est effectué au moyen d'appareils à rendement plus ou moins grand, suivant les ateliers. Dans les usines, on se sert des machines employées par les mouliniers pour le dévidage des grèges, tandis que les petits ateliers, devenant de plus en plus rares, se servent encore de la mécanique ronde, comprenant de quatre à dix roquets, mus au moyen d'une pédale (fîg. G-i).

Fia. Oi. -~ Mécanique ronde à dévider (Sallier aîné, à Lyon).

Mais cette opération ne suffit pas pour la préparation des chaînes ou des trames. Les roquets obtenus diffèrent entre eux au point de vue de la régularité. Pour assurer une répartition plus uniforme de la soie on la transporte sur de nouveaux roquets en les dévidant une deuxième fois ; c'est ce qu'on appelle le détrancanage (fîg. 65). Cette opération est l'objet de soins minutieux. Après avoir été détrancanée la soie doit être, sur le nouveau roquet, enroulée d'une manière parfai-

tement uniforme, avec une tension convenable. Sous le doigt,, il faut que les roquets garnis soient résistants mais non durs. La dëvideuse doit être assez habile pour remplir ces conditions, rattacher rapidement les fils cassés sans faire de déchet, éviter de ternir la nuance et le brillant de la soie qui lui est confiée, mettre, en un mot, les roquets en état de pouvoir se dévider régulièrement et sans secousse pendant le tissage.

Cannetage, — Les fils enroulés sur les roquets doivent servir pour la chaîne ou pour la trame. Dans ce dernier cas

Fia. G5. — Machine à détrancaner (Sallier aîné, à Lyon).

une ouvrière, appelée canneteuse, est chargée de réunir le nombre de fils fixé par le fabricant. Elle les enroule sur un tuyau, petit cylindre en jonc, en buis, en canne ou en roseau qui doit être fixé dans la navette du tisserand. Le tuyau couvert de la soie prend le nom de cannette. Le cannetage est donc, en somme, un nouveau dévidage.

Cette opération, exécutée autrefois à la main dans de petits ateliers, s'eftectue maintenant presque partout par les procédés mécaniques. Les figures 66ett)7 montrent deux modèles de cannetières fabriquées par MM. Sallier et G'^ de Lyon.

Ourdissage, — Si le cannetage est la préparation de la trame, Tourdissag-e a pour but de préparer la chaîne des tissus. Les fils de même longueur et en nombre déterminé, qui doivent com])oser la chaîne, doivent être juxtaposés parallèlement avec une tension uniforme. Il faut, en outre, conserver leurs places respectives, sans quoi les fils pourraient s'entremêler et le tissage de la chaîne deviendrait impossible.

EiG. 66. — Cannetière à dérouler Fîg. 67. — Gannetiére àrubans,

ordinaire, d'après MM. Sallier aîné et d'après MM. Sallier aîné et G'^

L'ourdisseuse qui assemble les fils pour former une chaîne reçoit du fabricant les roquets avec l'indication du nombre de fils qui doivent être réunis. La réunion de quarante fils porte le nom de musette^ celle de quatre-vingts est appelée portée. Une chaîne de cent mètres, composée de quarante parties, est donc form.ée de trois mille deux cents fils d'une longueur de cent mètres.

L'appareil employé pour ourdir (fig. 68 et 69) se compose d'un cadre horizontal ou vertical portant quarante roquets, composant une musette, et de l'ourdissoir proprement dit.

L'ourdissoir est un grand tambour creux, cylindrique, de deux mètres de haut, dont l'axe doit être parfaitement vertical. L'onvrière donne a Tourdissoir un mouvement de rota-

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tion au moyen d'une manivelle. Elle enroule d'abord la première musette de haut en bas sur le tambour, puis elle juxtapose une seconde musette en remontant de bas en haut et continue ainsi jusqu'à ce que le nombre voulu de musettes ou de portées ait été mis sur l'ourdissoir. Un appareil appelé plot, mobile suivant la verticale, sert de guide à chaque musette et lui permet de s'enrouler suivant une spirale déterminée.

FiG. 68. — Ourdissoir (Sallier à Lyon).

Il est essentiel, dans l'ourdissage, de conserver à chaque fil son rang déterminé; les iils doivent être assez distincts les uns des autres pour qu'on puisse retrouver la véritable place des fils qui se cassent.

Lorsque l'ourdissoir a reçu un nombre suffisant de musettes, l'ouvrière lève la chaîne et l'enroule autour d'une cheville en un peloton très serré.

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