LE RETOUR DE COQUELIN
sa robe blanche, ses nattes blondes — on la dirait descendue d'un missel.
Mais le roi vient de donner l'ordre d'amener Gringoire lui-même. Un frémissement et Coquelin apparaît entre deux estafîers, lui, tout pâle sous la perruque à rouleaux et le chapeau du poète famélique.
La salle entière acclame le revenant de ses applaudissements frénétiques. Cela dure comme un roulement de tonnerre, et quand c'est fini, cela recommence de plus belle pendant près de cinq minutes. Tout autre, devant cet accueil triomphal, eût souri, eût salué ; un ténor eût mis la main sur son cœur en envoyant des baisers au public. Lui reste calme, impassible en apparence, quoique très remué. Enfin, la pièce peut continuer.
On lui refait une ovation après la ballade des pendus ; une autre ovation après le joli morceau du poète rappelant aux grands de terre qu'il faut adoucir le sort des malheureux, et quand le rideau tombe, toute la salle debout, enthousiasmée, rappelle Coquelin trois fois. Alors seulement redevenu lui, il peut venir saluer et montrer sa reconnaissance attendrie. Avant la chute complète du rideau, on voit Reichenberg qui saute au cou de Coquelin sur la scène même. Bravo, Suzette !
Et alors on se précipite au foyer. Il y avait pourtant là bien des attractions. D'abord, la jolie Louise Marsy avec un bijou de toque de velours surmonté d'une plume bleu de ciel, puis la piquante Rachel Boyer, puis M"^^ Samary dans le gracieux costume de Marinette, puis Marie Lécuyer, dont on attend avec tant d'impatience le début au Gymnase un tas de frimousses, gaies, jeunes, souriantes, devant les-
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quelles on passait trop rapidement, hélas ! pour aller avec joie féliciter Coquelin, debout, devant la grande cheminée.
— Vous devez être bien heureux de ce triomphe ?
— Ma foi, répond-il, j'étais si troublé que je ne m'en suis pas aperçu.
Dans les couloirs à peine quelques observations de grincheux sur la violation du règlement. On leur répond : a Vous êtes or-Febvre, monsieur... » Et l'on passe.
Après, nous avons eu le Dépit amoureux. Oh ! l'explication de ce que ce la femme » ! Oh ! la scène avec Marinette, avec les colères fulgurantes, les reproches et les ronronnements de chat qui la terminent. La salle se tord. Cadet, enthousiasmé, s'écrie : — Voyez-vous, ça c'est joué comme par les grands qui sont là, dans les cadres... Et l'on souligne d ai^plaudissements... (je ne trouve plus d'épithètes) ces deux derniers vers si bien en situation ;
... et qu'un doux mariage — S'il en est — soit le fruit de ce rapairiage.
Voilà Coquelin remarié avec la Comédie-Française. Mariage d'inclination et mariage de raison.
Il y avait bien pour finir VÉté de la Saint-Martin^ mais comme IL ïi^en était pas, je me suis hâté de venir vous conter tout cela. Et le programme gouailleur rappelait cette grande parole biblique que : les premiers seront les derniers.
>.. Et la neige tombait, tombait toujours comme si elle eût voulu, comme jadis, narguer le malheureux traité de Moscou.