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LA POLICIÈRE

paru d'un chic... ohéliscal. J'essaye de lancer le mot... mais sans conviction.

Parmi les treize tableaux, je vous citerai comme ayant produit le plus d'effet V Atelier de Servais ^ avec ses panoplies, sa loggia et son salon du fond où a lieu une fête costumée ; la Cour du loueur de voitures, très exacte avec son hangar, son vrai fiacre 8113, ses harnais suspendus ; la Grand'rue du faubourg, avec effet de nuit et effet de jour, et un amusant défilé de passants qui vont, viennent, entrent au bureau de poste, affranchissent des lettres, etc., etc.

Enfin, le clou de la soirée : le Grand décor à transformations du quatrième acte. La section d'une maison à trois étages. On voit le portier éteindre le gaz de la voûte, rentrer dans sa loge ; puis Vasseur gravir l'escalier avec une lanterne et assassiner, au deuxième étage, sa maîtresse Octavie. La police arrive, et l'assassin se sauve au quatrième.

La maison tout entière disparaît dans les dessous, avec tous les étages de la façade, et nous assistons à une poursuite sur les toits avec coups de pistolet. Quelle Terrible night ! Tout cela très bien réglé, très bien éclairé et très empoignant.

Le traître meurt à la fin de la pièce : voilà ce que c'est que d'être treize dans une réunion. Mais il ressuscitera demain, pour la grande joie des gens qui aiment les émotions fortes.

Quant à Vœil de chat, à l'habile policière qui a eu ce soir un si grand succès, je ne dirai qu'une chose, c'est qu'on a joliment bien fait de choisir M''"*' Lerou pour personnifier... la rousse.

SCIIYLOCK

17 décembre 1889.

Allons ! Embarquons-nous pour Venise la belle, allons chercher des cieux cléments où ne règne peutêtre pas Vinfluenza. D'ailleurs il y a loc dans Schylock, et ça doit être bon pour le rhume.

Beaucoup de belles patriciennes ont eu la même idée que nous, car j'aperçois dans la salle M""®* Dezoder, Alice Lody, Marie Berge, Jullien, Régine Ferney, Marie Magnier, Rachel Boyer, Marie-Louise Marsy, Marguerite Caron, Brandès, et au centre du balcon Léonide Leblanc elle-même, une résurrection après une longue maladie ; elle est très entourée et très fêtée.

Drrrrin ! A l'Odéon, on ne tape pas trois coups. On sonne un timbre. C'est plus Vénitien. Et nous voici sur une place de Venise. A gauche une église; à droite la maison de Schylock. Sur cette place se pressent de riches seigneurs vêtus de mirifiques robes de chambre comme j'en ai souvent vu dans mes rêves. La plus cossue est sans contredit celle du bel Antonio

SCHYLOGK 307

(Candé) dont l'état d'âilie consiste à ne pas être gai. Gratiano (Calmettes), au contraire, est un joyeux — si nous n'étions pas dans la ville des doges, je dirais que c'est un rigolo. Et pour témoigner sa joie, il crie :

Allons gai. Secouons nos cheveux sur nos têtes !

Je connais beaucoup de gens auxquels il serait impossible de témoigner ainsi leur joie. Il y a aussi Lorenzo, en troubadour mi-partie bleu et gris argent, et un certain Gratiano, qui lance un vers bien doux au cœur d'Edouard Drumont :

L'argent qu'on vole aux juifs, c'est de l'argent qui rentre.

Enfin, pour terminer ces présentations, voici Schylock (A. Lambert), superbe avec sa barbe blanche, ses longs cheveux, ses taches séniles et sa vieille houppelande bordée de fourrures, mais combien je lui préfère sa fille Jessical (Déa Dieudonné) avec sa robe bleu foncé semée de fleurettes d'or, sa dalmatique et sa coiffure formée d'une espèce de mitre en velours rouge. Ravissante.

Deuxième tableau. — Le Pont du Rialto. Nous nageons en pleine poésie. La nuit sur le canal; la lune enveloppe les palais d'une lumière douce, et les gondoles passent sur la scène, tandis que des chants de fête se font entendre au loin. Gros effet.

Jessica apparaît sur le quai. Cette fois en travesti pour la fuite. Pourpoint de satin crème, manteau couleur muraille et sur la tête une toque avec agrafe de diamants. Voici la gondole toute parée qui doit servir à l'enlèvement, et Jessica fuit avec Lorenzo à la lueur de la torche portée par Lancelot, C'est moi qui tiendrai... la lumière...

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Schylok arrive trop tard, et s'en prend à la foule des masques qui, étages sur les quais, sur le port, lui rient au nez, mais j'approuve cependant sa façon de voir lorsqu'il crie :

Quand on vole une fille on la prend toute nue.

Troisième tableau. — Chambre à Belmont avec large fenêtre ouvrant sur le parc. Pour couper la hauteur du décor, grande tapisserie vénitienne tendue de biais et formant plafond. Tout cela est d'un goût exquis. C'est là que nous apercevons Portia (Rejane) en superbe costume vénitien d'après Jules Romain. Corsage de drap d'or décolleté en carré et descendant en pointe sur une jupe de soie grise à ramages ; les manches en velours de Gênes bleu paon ; autour du corsage une fraise en gaze lisérée d'or. Sur la tête un croissant en diamants, au cou une rivière de diamants et en sautoir une torque d'or constellée de pierreries.

La suivante Nerissa (Marty), une brune à l'œil rieur et provocant, est aussi très agréable à regarder^ avec sa jupe rouge et sa collerette vénitienne. Par le balcon arrive le bruit des aubades et des sérénades. Voici celle chantée par Aragon :

Celle que j'aime a la beauté Plus que Flore et plus que Pomonei Et je sais, pour l'avoir chanté, Que sa bouche est le soir d'automne Et son regard la nuit d'été.

Pour marraine elle eut Astarté; Pour patronne elle a la Madone.

Car elle est belle autant que bonne, Celle que j'aime

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Quatrième tableau. — Une rue à Venise, avec statue équestre et larges perspectives. Nous y apprenons qu'Antonio est ruiné. Et, de fait, il n'a plus sa belle robe de chambre. Qui sait? Il y aura peut-être une occasion à sa vente.

Cinquième tableau. — Ici, un éblouissement! A moi, Véronèse ! à moi, Titien ! à moi, Gervex ! Un palais aux murs ornés de peintures à fresques, aux colonnes d'onyx, et large dais de velours bleu sous lequel vient s'asseoir Portia, portant sur ses épaules un manteau de soie blanche doublé de satin rose. Et des massiers à tunique ornée des armes héraldiques, et des pages, des écuyers, des musiciens dans une loggia faisant entendre des marches triomphales. Voici les trois prétendants, Maroc, Aragon et Bassiano, qui doivent gagner Portia à la loterie. C'est Bassiano qui gagne le gros lot, c'est-à-dire la main de Portia.

— Et Bassiano s'écrie gaiement : Nichez 1 et Gratiano lui répond : Nichons !

Je ne sais ce que le public comprend, mais ce « nichons » produit un grand effet.

L'heure me presse, et je suis obligé d'abréger mes descriptions. Je veux cependant vous dire que la salle du conseil des Dix, avec son doge et ses juges en velours rouge, produit un grand effet et que Portia, déguisée en avocat, est tout à fait charmante. Enfin le dernier tableau est édenique. Ici l'on s'aime. Ce ne sont que baisers et caresses sous les rayons de la lune dans un parc féerique, aux sons d'une musique douce, douce, qui arrive lointaine, par bouffées.

0 le pont des Soupirs I le lion de Saint-Marc I le

palais des doges ! le Seigneur en robe de chambre les barcaroles et les gondoliers !...

Et en sortant de ce rêve adorable, on trouve dans le brouillard, sur la place del'Odcon, un vieux cocher qui vous crie d'une voix de rogomme : « Un bon coupé, bourgeois, et pas chauffé ! C'est plus hygiénique 1 »

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