MORT DE M. LOYAL
ayant seulement troqué l'habit noir contre l'habit bleu de ciel.
Et les années passaient, et Loyal nous présentait toujours des sujets dressés ; et, bien qu'il fût escorté de deux fils approchant de la trentaine, il restait, lui, toujours aussi chevelu, toujours aussi noir, et, ma foi — disons-le — toujours aussi beau, si l'on veut bien admettre une esthétique spéciale de cirque. Très estimé de ses camarades, très aimé des nouveaux, auxquels il ne cessait de prodiguer ses utiles conseils, il n'avait qu'une passion, ses chevaux ; qu'une préoccupation, ses élèves.
Ce colosse, qui paraissait défier les atteintes du temps et narguer la vieillesse, est mort hier, à trois heures, des suites d'une maladie qui ne pardonne guère : le diabète. Il laisse une veuve et trois enfants.
Je ne voudrais rien exagérer ; mais n'est-ce pas que nous éprouvons comme une certaine mélancolie en voyant disparaître tout à coup ceux qui nous ont amusés pendant notre enfance, ceux qui, pendant de longues années, nous ont fait momentanément oublier les soucis de la vie.
C'est un peu de notre jeunesse qui s'en va avec eux !...
Et, qui sait ? Peut-être que cette ombre sympathique va retrouver dans de nouveaux Champs-Elysées l'ombre de Chadwick, qui, s 'avançant, dira en guise de bienvenue :
— Mossieu Loyal, voulez-vous jouer avec moa ?