MORT DE M. LOYAL
19 décembre 1889.
Encore une personnalité bien connue des Parisiens qui disparaît ! Qui de nous n'avait pas admiré la belle prestance de Loyal au Cirque des Champs-Elysées ! Nous étions tout petit qu'il faisait déjà claquer la chambrière en compagnie de cette troupe admirable qui comptait Oriol, les frères Price, Bothwell et le pauvre Chadwick.
Grand, très fort, moustachu, les longs cheveux noirs et bouclés rejetés en arrière, le col de chemise outrageusement décolleté et dégageant son encolure de taureau, il était devenu la personnification de l'écuyer, si bien que dans une revue, dès qu'on voulait monter une scène de cirque, il y avait toujours un acteur pour faire une imitation, facile d'ailleurs, de M. Loyal.
Pendant la présidence de M. Thiers, une charge fameuse de Gill, dans la Lune^ représentait l'Essai loyal. C'était M. Loyal, avec sa chambrière, faisant sauter dans un cerceau M . Thiers avec le petit toupet
blanc du clown. Cette cai icature avait eu un grand succès.
Ecuyer, disions-nous tout à l'heure ? Peut-être serait-il plus exact de dire dresseur de chevaux en liberté, car c'était là sa grande supériorité, et nous avons encore dans l'oreille la voix de basse profonde avec laquelle il disait à ses chevaux enrênés et ramassés sous le fouet ; « Changez ! Au galop ! »
Dans mes souvenirs les plus lointains, je ne l'ai jamais vu qu'une fois à cheval dans un quadrille de la Mère Angot au Cirque Franconi ; il montait même assez mal, ayant la cuisse ronde et la jambe en avant.
Dans les intermèdes, il daignait causer avec les clowns, mais toujours avec une grande gravité et les tenant toujours très à distance. C'est à peine si les premiers sujets osaient timidement lui dire : Mossîeu Loyal, voulez-vous jouer avec moa ? Et les jeux commençaient jusqu'à ce qu'un claquement de fouet vînt annoncer la reprise du travail à cheval et de la miousique.
Après avoir, pendant plus de vingt ans, dirigé les exercices équestres du Cirque d'été et guidé de sa chambrière les chevaux qui portaient les belles écuyères, il avait quitté Franconi, et celui-ci, comprenant qu'un cirque parisien sans M. Loyal était impossible, s'était empressé d'engager le frère, Arsène Loyal, et l'on avait pu conserver intégralement le texte épique des conversations de jadis.
Quant au vrai Loyal, il était entré, il y a quatre ans, au Nouveau-Cirque, où M. OUer lui avait offert les fonctions de directeur avec un pont d'or. Là, nous Tavions revu toujours le même, toujours solennel,