AU THÉÂTRE AUBERNON
Janvier 1CS9.
Le théâtre Aubernon s'est longtemps appelé Théâtre le Messine; il était alors situé dans le magnifique hôtel de l'avenue de Messine. Sur ses planches ont joué tous les clubmen, toutes les élégantes du second Empire, sous la haute direction de M"^ de Nerville, née Laffitte, qui fut une des beautés les plus remarquables du règne de Louis-Philippe.
Sa fille, M""^ Aubernon, a continué ces bonnes traditions, et a créé un salon littéraire et académique qui a fourni plus d'un trait à Pailleron. Dumas, Caro, Mézières, Renan, Nisard ont été ses commensaux habituels. Elle a fait jouer sur son théâtre les chefsd'œuvre de Dumas par des gens du monde qui étaient certainement plus nature, plus vrais qu'à la Comédie- Française, où l'on n'aura jamais un amoureux aussi élégant et aussi convaincu que M. Raoul Aubernon, membre du Jockey-Club.
La nuit dernière les grands salons de la rue d'Astorg étaient, dès dix heures, remplis d'une foule
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d'élite. Au hasard de la lorgnette, nous avons reconnu ^jmo Beulé, la comtesse de Tanlay, la baronne de Larcy et sa fille, M'"*^ Maxime Dreyfus, ravissante avec une robe de tulle bleu garnie d'épis; la générale Boré-Terrier, la baronne Levavasseur, M""*^ Hochon, M""" Î^Iadcleine Lcmaire, comte de Montferrier, Guizot, Rémusat, Baignières, baron Feri- Pisani, etc., etc.
Après une partie musicale où l'on a applaudi ^mo Payen, MM. Viterbo et Lclubcz (ce dernier est le jeune ténor si remarqué chez la duchesse de Bellune), on a joué VIngènue, ce bijou de Meilhac et Ilalévy. Si j'ai bonne souvenance, c'est en 1874 que ce petit acte fut donné aux Variétés. Il était alors interprété par Dupuis, Baron, Cooper, M™" Céline Cliaumont et Magnier. Il s'agit d'un jeune baron qui s'est fait précepteur dans une famille jDour faire la cour à la maîtresse de la maison. Celle ci a une nièce qui sort du couvent, couverte de prix et de couronnes. Elle devine tout, démasque le faux précepteur et, bien entendu, l'épouse à la fin de la pièce. Il y a des scènes d'un parisianisme exquis, notamment celle où la jeune fille oblige le faux précepteur à lui faire un cours d'histoire de France, dont le baron ne sait pas le premier mot.
— Ah î dit-elle avec élan, un précepteur saurait encore quelques petites choses. Vous, vous ne savez rien du tout... Vous êtes un homme du monde!
M™° Trousseau, née Tamburini, a rendu admirablement ce caractère d'ingénue très moderne. Beauté, talent, diction parfaite, aplomb imperturbable, une véritable artiste. Son frère, en amoureux transi, a eu aussi des étonnements et des candeurs