‹ La soirée parisienneChapitre 121 sur 128 · LE CADENAS · texte numérisé non relu

LE CADENAS

— QacÏÏG est la plus grande injure qu'on puisse faire à une femme ?

— L'épouser — répond-il sans hésiter.

Je vous en dirais comme cela jusqu'à demain sans me fatiguer; aussi j'aime mieux vous présenter Aristide Chalendon (Calvin), l'avoué si bien posé qui par délicatesse respecte quinze jours le cadenas de Justine.

Lui aussi a des reparties assez heureuses. Jugez-en.

— Quand je suis avec Anita, dit le baron, elle est si bien élevée qu'elle pense toujours à la troisième personne.

— Cela ne m'étonne pas, lance Chalendon. Voici maintenant M. Anatole Cléophas (Colombey),

qui faisait ses débuts au Palais-Royal. Il a pris la perruque bouclée du pianiste... Mais il aura à prendre aussi le ton de la maison.

Je passe sur le domestique, tout en notant qu'il porte enfin une livrée correcte, — la première depuis que le Palais-Royal est créé. Tout s'en va.

J'arrive au sexe faible, représenté par Micheline (M"*® Chaumont), la jeune fille mariée sur le tard. Comme costume, je n'ai guère à noter que le joli manteau de mariage en brocard de soie blanche tout brodé d'or.

Dans les mots, je cite celui-ci :

— Il ronfle ! il se croit déjà mon mari.

Enfin il me reste la bonne Justine, la jolie et plantureuse Aciana, l'ex-cantatrice de Cluny. — Rien à dire, rien à chanter, mais elle se montre, et ça nous suffit.

En partant, j'ai regardé les vitres du Palais-Royal auxquelles on avait accroché un écriteau :

« Prière de ne pas ouvrir, vu la température. » Elles aussi avaient un cadenas... et j'ai une fois de plus admiré la souplesse de la langue française qui permet de tout laisser deviner sans rien dire.

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