LA REINE MARGOT
26 janvier 1389.
Corne de bœuf ! comme disait le roi Charles, nous vivons en une époque bien mauvaise pour les gens qui ont des palpitations de cœur. Ce ne sont qu'embûches, intrigues poHtiques, trahisons, duels, guetapens, coups d'estoc et de taille. Aimez -vous le Dumas? On en a mis partout : à la Comédie-Française, à rOdéon, à la Porte-Saint-Martin, on porte, messeigneurs, hautement la bannière de la maison père et fils. Le Gymnase prépare Monsieur Alphonse y le Palais-Royal médite une reprise de la Jeunesse des Mousquetaires avec Alice Lavigne dans le rôle de Porthos, et le Guignol des Champs-Elysées monte le Demi'Mondey à l'usage du petit monde.
Le Châtelet manquait à la liste. Par la Pasque- Dieu, cette lacune est comblée ! On a repris hier au soir la Reine Margot, qui eut tant de succès en 1847... En ce temps, la Bourgogne et Cora Pearl étaient heureuses... et nous avouons que nous avons éprouvé à cette reprise un plaisir extrême. Quel style à pa- »2^çhe, quel entrain, quelle fougue ! Malgré moi, en
entendant le brave Coconas (Laray), je retroussais mes moustaches et je serrais d'une main crispée la garde... de mon parapluie.
Au premier acte, le tableau du massacre dans la rue du vieux Paris à tourelles, tandis que le tocsin sonne et que les bandes catholiques circulent l'épce au poing ; et la grande scène de la reine Margot (Deschamps), cachant La Mole (Volny) dans sa chambre à coucher.
Au second acte, le cabinet du roi, au Louvre, celui-ci tirant sur les protestants par la grande fenêtre historique.
Au troisième acte, le Charnier des Innocents, planté d'une façon si pittoresque, avec l'imposante arrivée du cortège royal par le grand portique. Puis, dans la chambre de Catherine de Médicis (A. Laurent), l'épisode du livre empoisonné qui est lu par le roi. (A ce propos, je remarque que Charles IX lisait tout haut, sans doute comme les concierges, pour mieux comprendre, et qu'il mouillait son doigt pour tourner les pages, ce qui est plutôt commun.)
Au quatrième acte, la grande chasse avec les perspectives ombreuses de la forêt de Saint-Germain, son défilé de cavaliers au galop (Assis ! assis ! messieurs les rois, vous manquez d'assiette) ; ses chiens de chasse et sa curée, tandis que les trompes sonnent leurs fanfares ; enfin, pour finir, les tableaux si émouvants de la torture et de la mort de Charles IX ; tout cela est admirablement monté, fait papilloter