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LA VENUS D'ARLES

30 janvier 1889.

Il est toujours agréable d'être invité, après son dîner, à contempler une Vénus, — fût-elle d'Arles, — car moi, qui suis passé par le pays, je suis obligé d'avouer que les vraies Arlésiennes ont joliment changé depuis 1792.

Mais à cette époque-là, avant les chemins de fer, elles étaient peut-être encore très bien. J'arrive aux Nouveautés : çà et là, dans la salle, Jeanne Granier, Marguerite et Cécile Caron, Bepoix, Darlau, Aimée Martial, etc., etc. Nous aussi, à Paris, nous avons nos Vénus, mon bon !...

A neuf heures un quart — heure élégante — la toile se lève devant un parterre de cravates blanches et d'oeillets. Paysage ensoleillé sur les bords du Rhône, une guinguette tenue par la jolie Yvonne Stella, très crâne en garde champêtre, et en face la municipalité où doivent avoir lieu deux noces. — Dans les opérettes habituelles il n'y en a qu'une, mais aux Nouveautés on fait bien les choses. On m'a

dit vaguement que la Vénus s'appelait Mathilde... On annonce la mariée, la Vénus sans doute. Mon cœur bat. Ciel ! je vois entrer la grosse Mathilde de la Renaissance couronnée de fleurs d'orangers ; certainement Mathilde est très bien ; en Turquie elle aurait du succès, mais comme Vénus d'Arles :

Je l'avais pas rêvée comm' ça !

Heureusement, c'était une fausse alerte. Il y a une deuxième mariée (Maguelonne) et aussi une deuxième Mathilde Auguez. A son entrée, un éblouissement : blonde, fraîche, rose, minois éveillé, taille ronde et, quand elle chante, une bouche qui sourit en petit pointu ; elle avance vers le trou du souffleur et elle nous dit à tous — à moi comme aux autres :

J'aime qui m'aime.

Merci, Vénussse ! Eh ! mais, je la reconnais, la blonde enfant. C'est notre petit choriste du Cercle des Mirlitons, quand nous jouions les opérettes de Grisart. Elle travaillait alors au Conservatoire et, comme elle était la plus jolie, le régisseur Randouin la mettait toujours au premier rang... et, pour elle, tous les membres du Cercle étaient entrés dans les chœurs. Heureux temps. Depuis, elle a été à F Opéra- Comique, où elle jouait une des petites Espagnoles de Carmen... et, aujourd'hui, la voilà aux Nouveautés, pour le plaisir de nos yeux.

A la fin de l'acte, il y a erreur et chassé-croisé dans les deux mariages. Vous vous en doutiez bien un peu.

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