‹ La soirée parisienneChapitre 43 sur 128 · LE ROYAUME DES FEMMES · texte numérisé non relu

LE ROYAUME DES FEMMES

tre des jambes adorables. Il y avait longtemps que nous ne l'avions vue, notre Marguerite, aussi jugez quel plaisir elle nous a causé en chantant :

Les hommes! les hommes! il n'y a que ça!

Deuxième tableau. — Nous sommes sur une grande place de la ville, une manière de place du Châtelet, mais plus ensoleillée. Là, c'est le monde renversé. Il y a des femmes cireurs de bottes, des femmes facteurs, des femmes tailleurs pour hommes, tandis que ces derniers sont fleuristes, modistes et même nourrices. On crie : « Venez voir le beau Fatma, visible pour les hommes seulement. »

Succès de fou rire à l'entrée de Brasseur, en petit pantalon brodé, un peu le costume de Mily-Meyer dans Josép/une, et chantant l'air de Jenny Vouvrière avec sa machine à coudre. Ce chaste jeune homme est enlevé par Joveline (Ugalde), qui l'entraîne dans une petite maison. Oh! le bon pays!

Deuxième acte. — Le petit hôtel. Salle brillamment illuminée. On y donne une soirée bizarre: les hommes, en satin blanc, sont assis, tandis que les femmes, debout, leur font la cour. Celles-ci ont un frac rouge, sans manches, avec de longs gants crème, culotte courte noire, apparaissant sous le retroussis (toujours) très court. C'est très élégant. Le tout se termine par un petit quadrille folichon, oii les femmes cxéciitont le cavalier seul. Jcremia (M'"'' Macc-Montrouge) danse un petit pas qui est une véritable trouvaille.

Troisième acte, — La réaction commence à se faire

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sentir. Oh ! comme les auteurs ont raison, et comme la satiété arriverait vite si les femmes étaient aussi faciles que ça. Ce sentiment se traduit en acclamant le duo d'amour entre Darcourt et la reine, Darcourt réclamant un peu de résistance ! !

Deuxième tableau. — La chambre nuptiale. Brasseur reparaît en jeune marié, veste de satin blanc, fleur d'oranger à l'habit. Ugalde, la mariée, a un tricorne blanc, un habit brodé d'argent et l'épée. Après les conseils d'usage, c'est elle qui va arracher la fleur d'oranger à son mari-. Elle a revêtu à cette intention un petit complet de chambre rayé blanc et bleu, qui est exquis. Enfin seuls! Mais cette scène d'amour est interrompue par la grande révolte des hommes trop aimés, — les ingrats ! — et ceci nous conduit au dernier tableau, — le grand clou de la soirée.

Revue et défilé de V armée des femmes. — Sur une grande place rappelant celle de la Fille du tambourm^ajor, nous voyons d'abord arriver la reine, couronne en tête, robe pourpre, sceptre en main, — puis l'état-major écarlate et or avec aiguillettes, puis les sapeurs avec le bonnet à poil blanc, un superbe tambour-major (M™^ Maresca) en satin jaune. Saperlipopette! Puis les grenadiers violets et jaunes, les zouaves en veste rouge, les lanciers jaune et argent, les hussards bleu de ciel avec une toque empanachée, les marins, les artilleurs en satin, tous roulant un canon... comme à la Gaîté, et surtout, surtout!... les cuirassiers, — tous superbes filles, avec la cuirasse d'argent et le casque à crinière rose, conduits par une splendide créature, M'^'^ Van der Kelm, qui res-

semble à Alice Regnault... jeune. Le défilé se termine par la vieille garde, où M"*® Montrouge tient un emploi honorable.

Les costumes dessinés par Job sont ravissants ; c'est une orgie de couleur merveilleuse; gros, gros, gros succès.

Et maintenant cela m*a mis en goût. Moi aussi je veux passer une revue, et malgré l'heure avancée je file à la Scala. Il est minuit un quart, mais on recommencera rien que pour moi.

Certain bohème bien connu du quartier Latin avait coutume de dire : — « Papa, c'était quelqu'un dans le genre de Napoléon P"^..., mais moins crétin. »

Sans vouloir me comparer à l'illustre capitaine, je suis certain d'avoir assisté, cette année, à plus de revues qu'il n'en a passé dans toute sa vie, et je ne suis pas fâché, en passant, de constater cette petite supériorité.

Donc, après les Joyeusetés del'minée, les Tripatoiàlkicjes de l'année, Paris-Boulevardf Tout autour de la Tour, Tout Paris à l'Eldorado, etc., etc., la Scala nous a donné ce soir : V Enfer des Revues, de MM. L. Bataille et J. Sermet, qui pourrait aussi bien s'appeler la Revue des Revues. Il n'y a pas déraison pour que ça finisse.

Hâtons-nous de dire que nous ne nous plaindrions

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pas si toutes les revues étaient aussi gaies que celle de ce soir. ,

Cela se passe aux enfers, je ne sais trop pourquoi; peut-être afin de permettre à l'acteur-auteur Bataille de revêtir dans le rôle de Satan un beau costume de satin- feu et d'écouter sans broncher les calembours de son fidèle John Styx Henriot.

Bien entendu, les revues sont personnifiées par les plus jolies jambes de l'établissement, celles de ^^mcs Vetti, Blockctti, Davis, Alexandrine Eckerl, Lambertiny, etc. J'en passe, et des plus galbeuses.

Parmi les scènes les plus applaudies choisies dans les revues antérieures, citons les fameux couplets des Nouveautés : A. E. I. 0. U., accommodés à la mode du jour ;

S'il arriv' chef de l'Etat,

Pour sûr je n'serai plus cam'lot.

J' s'rai préfet, c'est entendu.

Et quant à LUI, la veille :

On l'appeir Tropmann, Prado,

Et r lendemain il est élu.

Voici maintenant Libert en Pierrot des Tripatouillages de Vamour, puis la grosse Bloch en cocher extraordinaire, puis l'invasion des peintres luministes, impressionnistes; et de là le prétexte pour nous montrer sur une superbe toile de fond le beau tableau de Détaille : le Rêve, tandis que l'orchestre joue : a Mourir pour la patrie » — gros effet.

at.

Après ce premier clou, deuxième clou patriotique (est-ce qu'on dit clou patriotique?) grâce à l'officier cosaque qui fait défiler devant lui des petites femmes en costume de l'armée russe. Voici le chevalier-garde, le grenadier, le lancier, l'artilleur. O. Valti en officier de cadets russes ! Tout cela exécute devant nos yeux charmés une manœuvre difficile, on acclame le drapeau russe — bien entendu — surtout quand vient se joindre à lui M^'^ Paula Brebion, portant le drapeau français. Je n'ai pas du tout compris, mais ça m'a fait plaisir tout de même. Peut-être pourrais-je trouver que cette alliance franco-russe a été un peu empruntée à En selle pour la revue, la seule revue pas nommée, mais je constate seulement l'émotion indiscutable éprouvée par le public à la vue des deux étendards côte à côte.

Il aurait fallu en rester là, et ne pas finir par les exercices forains de M. Reval, un peu trop connus.

Mais, quoi qu'il en soit, une très bonne nuit. Les costumes de Landolff sont charmants et les consommations excellentes.

Encore une supériorité sur Napoléon. 11 passait des revues, mais il ne prenait pas en môme temps, comme moi, des cerises à l'eau-dc-vie.

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