GIROFLÉ-GIROFLA
quart d'heure. Sapristi, que je regrette de ne pas avoir repris des crêpes !...
Enfin, à neuf heures et demie, au moment où le tintamarre des cannes devient inquiétant, la toile se lève sur le paysage espagnol avec mer immerise que nous connaissons.
Le public est d'ailleurs bien vite calmé par la gracieuse apparition de Girofle Lardinois ou de Girofla re-Lardinois. En robe de chambre bleue, ou en robe de chambre rose, puisque c'est la seule nuance qui distingue ces deux jumelles, elle est toujours exquise. Par exemple un incident amusant : Pour donner plus de temps à Girofle de changer de costume et de redevenir Girofla, elle doit être rappelée par Aurore (Mathilde), qui doit lui dire : « Et toi, ma fille, tu ne m'embrasses pas. » Une figurante doit alors venir, costumée comme Lardinois... en ne se montrant que de dos pendant cette accolade maternelle.
Or, la figurante s'est présentée de face... si bien que le public n'a pas très bien compris. Bah I c'est bien plus drôle comme ça !
Chalmin, qui remplace le tonitruant Vauthier dans le rôle de Mourzouck, s'est fait une bonne tête d'Arabe épileptique, mais son ventre lui donne malgré tout l'air d'un bon enfant. Elle est bien pâle, la pauvre Mathilde, et dans le joyeux rôle d'Aurore ne pouvait dépenser sa fantaisie habituelle. Ce sera pour demain.
En revanche, nous avons admiré les petits cousins qui, dès aujourd'hui, avaient leurs jambes impeccables moulées dans le maillot gris perle. J'ai remarqué les deux gaillardes qui enlèvent Boléro sur leurs
épaules. Je sais bien que Germain n'est pas Blowitz... mais c'est égal, il faut encore un joli biceps.
On redemande deux fois le brindisi à Lardinois. Oh oui ! la flamme du punch brille moins que ses yeux, mais quelle drôle de prose !
Le punch scintille en reflets bleus (?) Sa flamme brille plus que nos yeux (!!!)
Plus loin, je note encore ce distique ;
On aperçut la bottine .
Et puis le mollet cambré.
Qu'est-ce que ça peut bien être qu'un mollet cambré?
A ce moment, la salle présente un aspect bizarre. Le calorifère n'ayant pas marché, tous les spectateurs transis ont repris, qui leur paletot, qui leur fourrure ; les femmes sont emmitouflées dans leur boa.
— Ah ! monsieur î m'a dit l'ouvreuse avec élan. Quelle chance 1 A dix heures tous nos manteaux sont rendus. Je vais pouvoir aller retrouver Ludovic !
D'ailleurs, au troisième acte, Lardinois reparaît et nous sommes bien vite dégelés.
Et maintenant je rentre à pied tout le lono^ des boulevards, pour jouir de la vue des masques.
A hauteur de la rue Rougemont, j'ai vu un cocher qui jouait du cor de chasse, et, au coin de la rue Laffîtte, j'ai rencontré un homme déguisé en femme, avec un vieux jupon et des bottines éculées.
Qui donc prétendait que le carnaval était mort, ainsi que cette vieille gaieté française ? 0 hé ! 0 hé î