‹ La soirée parisienneChapitre 68 sur 128 · ORPHÉE AUX ENFERS · texte numérisé non relu

ORPHÉE AUX ENFERS

25 avril 1889.

— ^ Il y a trente-deux ans que la pièce a été donnée pour la première fois aux Bouffes, me disait tout bas Hector Crémieux. Seulement ne le dites pas... à cause de ces dames.

— Alors que désirez- vous que je dise de la pièce?

— Dites simplement que... c'est charmant.

Son vœu est exaucé. Et le fait est que la pièce n'a pas pris une ride, ni un cheveu blanc. Remontée dans les splendides décors du théâtre de la Bourse, à Bruxelles, qui peuvent se développer à l'aise sur la vaste salle de TEden, elle s'est seulement augmentée des plaisanteries que les différents papas Piter — depuis Désiré jusqu'à Christian — ont intercalées dans la pièce. Je note au passage les nouvelles additions de ce soir :

— A quelle heure est-tu rentré? demande Jupiter k Cupidon.

— A cinq heures, papa.

— Je te crois, bien que la cuisinière Catherine m'ait dit six!

— On entend les bruits de la terre.

— Je crois bien, répond encore Christian- Jupiter ; depuis qu'on a construit la tour Eiffel, on n'est plus chez soi nulle part.

A un autre moment, Junon appelle Jupiter Ernest.

— Chut ! dit ce dernier tout effrayé, tu vas faire faire chez moi des perquisitions.

On a conservé, bien entendu, la belle mise en scène de la Gaîté. Au premier acte, les membres du Conseil municipal, armés de balais d'argent et suivant l'Opinion publique. C'est, d'ailleurs, la première fois qu'on a vu l'Opinion publique avec le Conseil municipal. Le public a paru étonné.

Premier ballet. — Bergers et bergères coiffés de vastes chapeaux de paille ornés de touffes de coquelicots, portant des houlettes enrubannées et dansant autour de bottes de blé qui ressemblent à ces bouchons de paille qu'on met autour des bouteilles pour les faire voyager. Au théâtre, cela représente la moisson. Réapparition très applaudie de la jolie Rivolta, avec sa tunique bleu de ciel, garnie de guirlande de coquelicots et de roses.

Deuxième ballet. — Le ballet des Heures. Costumes sombres des heures de nuit arrivant par des gradations successives aux tonalités éclatantes des heures de jour. Cette fois, Rivolta est tout en gaze blanche. Mais pourquoi le cadran d'où surgissent les différentes heures marque-t-il toujours six heures et demie? Mystère et économie.

Troisième ballet. — Le ballet des Mouches avec

Page 1