UN TOUR D'ARLEQUIN
12 juin 1889.
Grâce à W^^ Camille Clermont, le Vaudeville ce soir rouvrait ses portes. On en revient toujours à ses premières amours, n'est-ce pas, Fanfan? On sait, en effet, que cette vaillante et sympathique comédienne s'est mise à la tête de V Association artistique. Cette œuvre a pour Jjut d'ouvrir aux jeunes- artistes et aux élèves en état de débuter l'accès du théâtre, ce qui leur permettra de se faire entendre du public et juger par la critique, ainsi que par les directeurs de théâtre. L'Association doit donner chaque mois une représentation dans un théâtre de Paris, et pour nous allécher sans doute et pour débuter, on nous a servi ce soir trois actes inédits, s. v, p., et qui ont été aux nues.
ColibïH, pièce en un acte et en vers de M. Louis Lcgcndre, est un petit bijou finement ciselé qui avait jadis été reçu par l'Odéon, mais comme M. Porel ne le jouait pas, l'auteur a préféré nous le faire entendre
au Vaudeville. Elle est tout à fait charmante la danseuse Colibri (M'^° Clermont ) en robe Louis XIII vert d'eau et satin rose, décolletée en carré avec large collerette, et l'on comprend qu'elle enflamme les cœurs de Lorctto et d'Asdrubal. Superbe ce dernier (Marcel) dans son riche costume de fat et de matamore, et comme il le dit, on entend à sa voix vibrante que la nature l'a fait cVun inHal résistant. Lorctto (Henri Kerdal) est un amoureux blond, verveux et convaincu, ce qui ne m'étonne pas; quant au vieux Perruchio (Mondes), il ne nous a pas montré le sien. . . comme Antoine, mais en revanche un nez qui vaut une fortune.
Grand succès pour la sérénade chantée dans la coulisse sur l'adorable musique de M. André Messager ;
On dit qu'un barbon to propose Sa vieille âme et sa vieille main.
L'amour a bien ri de la chose Il t'aura prise avant demain.
Après venait le Beau-père en hussard, de votre serviteur Richard O'Monroy, et de M. Paul Sipière. M. Richard O'Monroy avait écrit ce petit acte pour le Cercle des Mirlitons, mais l'œuvre joyeuse n'a pu que gagner à l'agrandissement du cadre. M. André Michel, l'excellent acteur du Vaudeville, avait bien voulu mettre sa vieille expérience au service du beaupère Radigeau. Il faut le voir ficelé dans un dolman trop étroit pour lui, coiffé d'un shako à plumes de coq, courir pâle, ahuri, poursuivi par son gendre. C'est irrésistible. Très élégant M. Marcel en capitaine Letambly ; impossible de mieux porter l'uniforme. M'^° Dangeville nous a représenté une Hea-