‹ La soirée parisienneChapitre 99 sur 128 · AU TEMPS DE LA BALLADE · texte numérisé non relu

AU TEMPS DE LA BALLADE

désiré dans mes rêves, et Villon a des jambes d'échassier qui rendraient jaloux Scipion.

Première ballade dite par Guillemette.

C'était le plus beau fils de France, Il faisait naître l'espérance

Sur son chemin.

Pourvu que Dieu nous le renvoie!

Il tenait en main notre joie, Notre joie il tenait en main.

Je ne sais pas ce que comprend M. Déroulède, mais il applaudit avec frénésie.

S'il rencontrait une fillette, Une blondine, une brunette

Sur son chemin, Il n'avait pas le cœur farouche, Il portait la main à sa bouche, A sa bouche il portait la main.

Quand il reviendra d' « Angleterre », Nous couvrirons de fleurs la terre

Sur son chemin.

Nous lui rendrons, s'il les envie, En main nos cœurs et notre vie.

Notre vie et nos cœurs en main.

M. Déroulède comprend plus que jamais. Plus que jamais il comprend, Déroulède (ça se gagne), et son visage rayonne de joie.

Voici maintenant les derniers vers de la ballade de Villon :

Prince, quand l'âne, au râtelier.

N'a rien, dans la fange il se souille. Du pauvre soyez Thôtelier Et descendez pour lui l'andouille.

Charles d'Orléans ne répond pas : « Vous en êtes une autre » ; il dit poliment :

Je connais ton adresse à forger la ballade.

Et maintenant, comme contraste, après cette pièce d'un genre un pou archaïque, nous avons eu VEcole des veufs, de M. Georges Ancey, une pièce ultramoderne, celle-là.

Au premier acte, décor très habilement planté de biais, avec large cheminée et meubles somptueux, et, dès le lever du rideau nous avons un frisson. Un commissionnaire entre portant une grande couronne funèbre pour l'enterrement de M"'^ Mirelet, qui vient de mourir. Brrrr! Est-ce que M. Antoine va nous resservir ses petits cadavres et ses décès habituels? Eh bien! non, c'est là la surprise. Il s'agit bien d'une mort, mais c'est excessivement gai, et la salle se tord.

Voici, en effet, les invités qui arrivent un à un avec des figures de circonstance, venant apporter leurs condoléances à Mirelet (Antoine) et son fils Henri (Mayer). Et les grands gestes, et les mines embarrassées de gens simulant une douleur à laquelle ils ne songent pas, et ceux qui se racontent des histoires de femmes, et le papa qui profite de l'occasion pour présenter son fils saint-cyrien à un général. C'est de la photographie, c'est pris sur le vif.

Et la phrase du fils : « En résumé, tout cela vous cause beaucoup de dépenses et beaucoup d'embêtement (se reprenant)... et beaucoup de tristesse. »

Enfin, l'on annonce le « monsieur chic ». C'est l'ordonnateur des pompes funèbres qui apparaît en culotte et en grand manteau :

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