A MA MÈRE
La Solitude de l'Eté est le premier volume d'une série portant pour titre général : les Campagnes Simples. Les quatre livres qui la composeront ne prétendent qu'à traduire ingénument le spectacle multiple des jours à travers les saisons synthétiques d'une année : mais l'esprit de groupement qui a présidé à leur très humble conception les pourrait faire considérer comme une sorte d'épopée familière et morcelée (dans ce que le mot a de plus naïf et de moins présomptueux), où seraient esquissés les rapports de l'homme et des choses.
Dans la Solitude de VEté la matière écrase l'homme ou, simplement, le diminue parmi la splendeur de ses floraisons; la Ronde du Printemps, qui viendra
après, montrera Tentente parfaite de la terre renaissante et des êtres rajeunis: d'où les Eglogues qui en formeront la plus grande partie. Le Servage de V Automne chd^nleTdi la lutte de l'homme contre la nature, bûcheron -avec la hache, laboureur avec le soc; et dans le Sommeil de l'Hiver, sur les campagnes endormies réduites à la fonction inerte de décor, l'homme mènera ses désirs et ses rêves, sans se sentir troublé ou soutenu par la parole âpre, douce ou suppliante de la terre.
Ces quelques mots pour avertir seulement le lecteur de la place que tient l'œuvre présente dans un ensemble, et pour l'empêcher de prêter à l'auteur des théories matérialistes qui sont bien loin de sa pensée et que les prochains livres viendront démentir à leur heure. Ayant voulu chanter les choses « seules » à l'exclusion de l'homme, il fallait aller jusqu'au bout de cette idée, sans craindre même l'excès. Mais on n'aura d'abord abaissé l'homme que pour mieux l'élever plus tard.
3 octobre 1897.
« Il y avait un enfant qui sortait tous les jours, - et le premier objet qu'il regardait il devenait cet objet, et il en faisait partie pour un jour, ou pour une partie du jour, ou pour des années. »
"Walt Whitmaw.