HYMNE
Champs ! mes champs !
vous ayez parlé à l'oreille de l'enfant
que j'étais parmi votre joie camarade,
vous m'avez pris
dans vos bras de luzerne et de plantes sauvages
et chaque fois que je riais, vous avez ri :
je vous aime, mes champs, pour avoir accueilli mon âme.
J'ai cueilli la centaurée
et les petites fleurs qui n'ont pas de nom
et celles que l'on surnomme :
vous ne m'avez jamais dit : non;
j'ai pillé de mûres et de merises
les ronces et les merisiers,
et vous donniez quand je disais : « Donne ! »
et vous n'avez jamais répondu: (( C'est assez... »
12 LA SOLITUDE DE L'tXÉ
J'ai mordu dans vos fruits verts
que j'ai rejetés avec un dégoût :
ils étaient bons quand je repassais ;
j'ai arraché les jeunes pousses de la terre
et vous m'avez mûri des épis d'or à l'Août;
j'ai brisé vos bourgeons fragiles dans un jeu
quand commençaient à reverdir les branches,
et j'ai secoué les pommiers blancs pour une pluie blanche
vous m'avez offert l'ombre fraîche et les fruits doux. .
Quand j'ai pu comprendre
vous m'avez parlé
— vous me parliez, certes, depuis longtemps,
mais je ne savais pas vous entendre —
votre voix était molle d'avoir passé dans la rosée,
tiède d'avoir traversé la brise,
multiple de rejaillir à tous les échos,
et j'ai cueilli votre voix comme vos fleurs vives...
Elle montait des moissons et des prairies comme l'appel d'une trompe d'airain; elle rêvait sous les hêtres à l'ombre claire en mélopée tendre et recueillie,
et je la reconnaissais le mutin
quand elle chuchotait aux croisées
les colloques menus des petits oiseaux éveillés
et le frôlis soyeux des branches balancées dans l'air.
Elle chantait dans la terre et dans la sève,
dans les vols de corbeaux aux cimes des frênes,
dans les cris d'alouette au fond des sillons ;
elle chantait dans les troupeaux gris de moutons
et dans la cour piaillante des fermes,
et quand le laboureur passait
elle sonnait dans sa charrue et dans sa voix,
comme dans le rire des gamins au bois,
et dans la joie des filles au marché,
et dans la cloche des vêpres et des baptêmes...
Elle était simple
comme toutes les âmes du village,
elle était claire
comme les houles de colza pâle ;
elle ne s*est jamais tue l'hiver
aux pires détresses que le froid sonne :
elle était sainte...
— et quand je revenais le soir
elle vibrait si doux en moi
que je croyais mon âme bonne...
Et j'ai voulu me la chanter, toutes ses pailles et tous ses roseaux, toutes ses feuilles et tous ses oiseaux, et j'ai cru la tâche facile...
Champs, mes champs!
tout mon domaine d'amour vrai !
voici comme cueillies dans le vent,
des bribes de chansons éparses
venues des nids, des routes et des haies,
ce que je sais
de votre hymne de foins, d'azur, de troupeaux et de pâtres.