FINALE
Las de se percher en ligne sur le même fil comme en rang de broche, las de picorer avec minutie Tavoine dans les crottins, vers les soleils et les raisins de la cour vermeille et tiédie, les petits oiseaux de la route se sont abattus en troupe, pour devancer la cueille proche.
Du toit aux branches, des branches au toit,
ils cueillaient au vol
les dernières mouches
et les guêpes languissantes,
ils tapageaient de leur joie
comme si chaque jour fût dimanche,
gamins échappés de Técole
ivres de luttes et de course.
En plein midi, bien exposée
lourde était la treille
avant leur venue;
elle semblait vouloir céder
sous la charge du soleil
y condensant la liqueur mûre,
mais depuis la treille est si lourde
qu'on croirait la vendange double,
les grains se cachent sous les plumes.
Les grappes vivantes et vives qui tirent
sur les ceps noirs et les lattes vertes
ne se laissent pas cueillir
et quand elles s'égrènent, prestes,
les grains découverts sont rares et troués
absents ou vides;
les petits moineaux avides
tout le jour les ont becquetés,
tant que, le soir venu, ils sont ivres.
Puis sur les grands soleils mûrs aux rayons un peu fanés, ils tournent leur folie, pillant aux larges cœurs veloutés les amandes sèches ; jusqu'au jour où le ciel gris, qui assombrit l'éclat des murs, les fait fuir la cour dénudée où plus rien de l'été ne reste.
Alors sombres oiseaux, les nuages du ciel à tous les horizons se pressent et déployant leurs larges ailes de tristesse vont dévorer la face auguste du soleil.