‹ La solitude de l'été: PoèmesChapitre 38 sur 42 · FINALE · texte numérisé non relu

FINALE

Las de se percher en ligne sur le même fil comme en rang de broche, las de picorer avec minutie Tavoine dans les crottins, vers les soleils et les raisins de la cour vermeille et tiédie, les petits oiseaux de la route se sont abattus en troupe, pour devancer la cueille proche.

Du toit aux branches, des branches au toit,

ils cueillaient au vol

les dernières mouches

et les guêpes languissantes,

ils tapageaient de leur joie

comme si chaque jour fût dimanche,

gamins échappés de Técole

ivres de luttes et de course.

En plein midi, bien exposée

lourde était la treille

avant leur venue;

elle semblait vouloir céder

sous la charge du soleil

y condensant la liqueur mûre,

mais depuis la treille est si lourde

qu'on croirait la vendange double,

les grains se cachent sous les plumes.

Les grappes vivantes et vives qui tirent

sur les ceps noirs et les lattes vertes

ne se laissent pas cueillir

et quand elles s'égrènent, prestes,

les grains découverts sont rares et troués

absents ou vides;

les petits moineaux avides

tout le jour les ont becquetés,

tant que, le soir venu, ils sont ivres.

Puis sur les grands soleils mûrs aux rayons un peu fanés, ils tournent leur folie, pillant aux larges cœurs veloutés les amandes sèches ; jusqu'au jour où le ciel gris, qui assombrit l'éclat des murs, les fait fuir la cour dénudée où plus rien de l'été ne reste.

Alors sombres oiseaux, les nuages du ciel à tous les horizons se pressent et déployant leurs larges ailes de tristesse vont dévorer la face auguste du soleil.

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