‹ La Somme DévastéeChapitre 12 sur 14 · LES TRAVAUX FORCÉS · texte numérisé non relu

LES TRAVAUX FORCÉS

Par ordre supérieur un odieux régime de travaux forcés et d'esclavage en masse fut organisé dans les départements envahis.

Sur les murs croulants des mairies et des églises que les Allemands en retraite ont fait sauter à la dynamite, on peut lire encore, çà et là, sur des lambeaux de papier, la signature des divers personnages à qui le Kaiser Guillaume II avait confié le soin de perfectionner sans cesse et de surveiller cette organisation. Ces documents, qui sont les derniers vestiges d'une époque abhorrée, signalent à l'attention des historiens les noms d'un certain nombre d'hommes qui, tôt ou tard, célèbres ou obscurs, auront à rendre compte de leurs innombrables méfaits. Sur ces débris des affiches rédigées par les dignitaires du haut commandement allemand ou par les fonctionnaires de la plus modeste « kommandantur », les noms de Leurs Excellences Fritz von Below et Max von Fabeck, officiers généraux du premier rang, poussés de grade en grade parla faveur personnelle du Kaiser, voisinent avec des noms de subalternes ou de comparses, tels que le major Josephson, le capitaine Olop et le colonel

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GIoss. Ce colonel Gloss mérite une mention particulière, parce quil est l'auteur et le signataire d'un règlement, écrit de sa main, et que l'on a pu copier et même photographier, sur place, dans la petite commune d'Holnon, à cinq kilomètres de Saint- Quentin. Ce règlement est ainsi conçu .

Holnon, le 20 juillet 1915.

Tous les ouvriers et les liommes et les enfants de 13 ans sont oblig<^s de faire travaux des cliamps tous les jours, aussi dimanche, de quatre heures du matin jusque huit heures du soir (temps français).

Récréation : une demi-heure au matin, une heure après-midi. La contravention sera punie à la manière suivante : l"" Les fainéants ouvriers seront combinés pendant la récolle en compagnie des ouvriers dans une caserne sous inspection des corporaux allemands *. Après la récolte, les fainéants seront emprisonnés six mois ; le tfoisième jour, la nourriture sera seulement du pain et de Teau.

i° Les femme» fainéantes seront exilées à Holnon pour travailler. Après la récolle les femmes seront emprisonnées six mois.

3** Les enfants fainéants seront punis de coups de bâton. De plus, le commandant se réserve de punir les fainéants ouvriers de vingt coups de bâton tous les jours.

Les ouvriers de la commune Vendelles sont punis sévèrement *.

Signé : Gloss, colonel et commandant.

Sur cette pièce est apposé le cachet de la kom-

1. Gloss veut dire sans doute que le contingent de ces « fainéants ') formera des» compagnies d'ouvriers », daus une caserne et que ces compagnies seront encadrées par des caporaux, allemands.

2. Vendelles est une commune du canton de Vermand, près de la ligne de chemin de fer économique de Berliucourt à Saint- Quentin. Cet aveu de Gloss est bon à retenir.

mandanturd'Holnon et, tout à côté, Gloss a griffonné de sa main cet ordre impératif : Afficher'.

Ainsi, les habitants de cette commune française, hommes, femmes, enfants, vieillards, travaillaient depuis la première aube jusqu'au dernier rayon du soleil couchant, sous le bâton d'un garde-chiourme. Tels, ces captifs d'Asie, que les plus anciens monuments de Ninive ou de Babylone nous montrent, peinant et souffrant du matin au soir, sous la courbache des bas officiers d'Assourbanipal ou de Tiglatphalasar. La conception archaïque et barbare de ce régime de travaux forcés et d'esclavage en masse n'est pas née dans le cerveau obtus d'un Gloss, d'un Olop, d'un Schranck ou d'un Josephson. Ceux-ci ne sont que les exécuteurs d'un vaste plan élaboré, sous l'inspiration directe du Kaiser, à Berlin, dans ce mystérieux immeuble du Kœnigsplalz où travaillent les scribes casqués du grand état-major. C'est là que les disciples du vieux Moltke, déjà très dur, furent peu à peu remplacés par les disciples de Schlieffen, résolument féroce. Ce Schlieffen, général sans gloire, écrivain militaire dont le mérite n'égale pas les prétentions, fut maintenu, pendant de longues années, à la tête du grand état-major par la volonté personnelle de Guillaume II. Créature du maître, qui lui prodigua les faveurs et les titres afin daugmenter son prestige et son crédit aux yeux des jeunes officiers en quête d'avancement, Schlieffen a formé, selon le dessein du Kaiser, l'équipe que nous avons vue à l'œuvre dans nos départements du Nord de la France, comme en Belgique, en Serbie, en Roumanie... Ses bureaux ont vu passer tour à tour Alexandervon Kluck, Karl von Bulow, August von

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