DORMEUIL, CÉCILE, MARIÉ
DORMEU1L , tenant à la main plusieurs billets d'incitation.
Enfin, voilà donc nos billets de faire part... Comme c'est écrit.... comme c'est moulé... et cet hymen qui tient un flambeau ! Vraiment, ce cher Griffard, l'imprimeur du département, entend très - bien le billet de mariage. Ah çà ! où est mon gendre , le capitaine ?
MARIE
Votre gendre!... Est-ce qu'il peut rester en place? À chaque instant , il regardait sur la route de Paris pour voir si son coureur et sa corbeille de noces n'arrivaient pas... Dans son impatience... il chantait, il riait , il m'embrassait , en me pariant de Mademoiselle.
DORMEUIL
Je le reconnais bien là. (A Cécile.) Il pense toujours à toi.
MARIE
Enfin, n'y pouvant plus tenir, il m'a dit qu'il allait voir au haut de la montagne , si on ne découvrait rien ; il a pris son fusil , et il est parti en chassant à travers la forêt.
DORMEUIL
Comment , à la chasse aujourd'hui ?
MARIE
Sans doute ! C'est un monsieur si singulier que monsieur votre gendre.
DORMEUIL
Singulier ! . . . En quoi ?
MARIE
Air : Ces Postillons.
Il n'a point d'ordre et donne à tout le monde.
DORMEUIL
Bon , c'est qu'il est trop généreux.
MARIE
Rien ne l'affecte , il rit quand on le gronde.
DORMEUIL
C'est qu'il possède un caractère heureux,
MARIE
Des jours entiers il se tue à la chasse.
DORMEUIL
C'est par ardeur et par activité.
MARIE. Mais sans tuer ni lièvre, ni bécasse.
DORMEUIL
C'est par humanité. (bis.)
MARIE
Et, en outre, un garçon d'une raison !. . .
DORMEUIL
Sa raison , sa raison , je n'ai jamais parlé de sa raison. . . Mais, à cela près, c'est un cavalier parfait... Ce cher Frédéric, jeune, aimahle, spirituel, à vingt- cinq ans, capitaine de cavalerie ! Voilà l'époux qu'il te faut. . . le gendre qui me convient. . . Il est pour toi d'une attention , et pour moi d'une complaisance... toujours de mon avis... Il est vrai qu'il n'en fait qu'à sa tête. . . mais c'est toujours une marque de déférence dont on doit lui savoir gré. . . Tiens , je t'avoue que toute ma crainie était que ce mariage ne vînt à manquer... Mais enfin, nous y voilà... Notre cousin, le notaire, vient d'arriver ; et, ma foi, dans une heure . . .
CÉCILE , timidement.
Mon père ! . . .
DORME UIL.
Eh bien ! hâtons-nous , toute la société attend au salon.
MARIÉ , bas à Cécile.
Allons , Mademoiselle , du courage , c'est le moment où jamais.
CÉCILE
Mon père, je voudrais vous parler.
DORMEUIL
Me parler ! Ah ! j 'entends ; dans un pareil moment , on a toujours quelques petits secrets à confier. . . Marie , laissenous. ( Marie sort. )