SCÈNE IV
FREDERIC , paraissant aux croisées du fond du jardin y puis GUSTAVE et BAPTISTE.
FRÉDÉRIC 7 tient à la main un fusil et une carnassière qu'il jette à terre en entrant.
Holà ! hé , quelqu'un. . . Moi , je n'aime pas à faire mon entrée incognito» ( A Gustave et à Baptiste gui entrent. ) Eh !
arrivez donc, mes amis, et n'ayez pas peur; tous êtes chez moi.
GUSTAVE
Mon cher Frédéric , que ne te dois-je pas.
Allons donc , ne parlons pas de cela. . Ce pauvre Baptiste n'est pas encore revenu de sa frayeur*
BAPTISTE
Non , il n'y a pas de quoi! Quand on vient de se trouver entre le feu et l'eau.
FREDERIC
Ma foi , je me suis rencontré là bien à point. J'arrivais au haut de la montagne, lorsque j'aperçois une chaise de poste emportée par deux chevaux fougueux qui avaient quitté la grande route et se dirigeaient vers un précipice.
BAPTISTE
Je le vois encore d'ici. . . deux cents toises de profondeur. fréderk:.
Non , mais cinquante , et c'est bien assez. Le postillon , qui était cet imbécille , avait déjà abandonné les guides et perdu l'élrier* . J'étais à soixante pas de vous. . impossible de vous arrêter à temps. Je glisse une balle dans mon fusil. - j'ajuste le cheval du postillon. . . je le renverse, l'autre s'abat, et vous vous trouvez tous par terre, mais de plain pied , et sur le plus beau gazon du monde ... un endroit fait exprès pour verser.
BAPTISTE
Oui , un cheval de cinquante louis qui est resté sur la place.
FREDERIC
C'est égal , le coup était bon ; à soixante pas , juste à l'épaule ; c'était bien là que je visais , je t'en donne ma parole d'honneur.
BAPTISTE
Et moi qui étais dessus. . là , je vous demande.
J'étais sûr de mon coup . , Enfin , si tu veux , je le recommence. . Remets Baptiste.
BAPTISTE
Non pas , non pas.
AlR du Ménage du garçon.
Je crains quelque balle indiscrète.
FRÉDÉRIC
Au Lut je suis sûr de frapper.
D 'ailleurs, en ami je vous traite.
BAPTISTE
N'importe , on pourrait se tromper.
On voit tant de gens à la ronde Fort bien avec tous les partis ; Mais c[ui tirent sur tout le monde Et qui font feu sur leurs amis.
FREDERIC , à Gustave.
Ah ! çà, tu ne me quittes pas, songe qu'aujourd'hui la m'appartiens tout entier. . . Je suis ici chez moi, et je me fais un plaisir de te recevoir. . Si tu savais. . je te conterai cela tout à l'heure. . C'est aujourd'hui le plus beau jour de ma vie , il ne me manquait que la présence de mon meilleur ami... Baptiste, votre maître couche ici, laissez-nous , et allez à l'office.
BAPTISTE
J'y allais , Monsieur.
FRÉDÉRIC
C'est bien , et tu diras qu'on prépare la chambre. ( A Gustave. ) Je te demande pardon, mon ami, vois-tu un maître de maison. . Ecoute , Baptiste , la chambre. . . Quelle chambre vais-je donc lui donner?. . c'est que tout est pris. .. Ah ! notre pavillon , parbleu ! le pavillon du jardin . . . Un endroit charmant qui est un peu en défaveur depuis que le jardinier prétend y avoir vu la nuit de grandes figures blanches . . . Mais je sais que cela ne te fait rien.
GUSTAVE
Oh ! absolument.
FREDERIC
AlR d } Arlequin musard.
Un mien grand oncle a rendu l'amc.
GUSTAVE
J'entends , voilà le revenant.
FRÉDÉRIC
!STon , le fantôme est une femme ,
Et c'est la sienne apparemment.
Grâee à la concorde profonde Qu'eutre eux Ton voyait exister, Depuis qu'il est dans l'autre monde, Sa femme n'y veut plus rester.
GUSTAVE
Ma foî , mon ami, je suis enchante.
FREDERIC
Va pour le pavillon. {A Baptiste.) Tu y porteras Ir valise de ton maître.
BAPTISTE , à Gustave.
Et moi , Monsieur , je pense maintenant que vous feriez peut-être mieux de continuer votre route. . . Monsieur votre père sera inquiet.
Est-ce que le commandant en chef de ta cavalerie démontée , serait poltron, par hasard ?. .
BAPTISTE
Moi, Monsieur. . ce que j'en dis, n'est que par intérêt pour mon maître. . Car , dieu merci , j'ai fait mes preuves... quand quelqu'un a eu comme moi un cheval tué sous lui.
GUSTAVE
C'est bon , laisse-nous.