SCENE VIL Les Précédens, DORMEUIL, CÉCILE
FRÉDÉRIC
Beau-père , voilà un de mes bons amis que je vous présente.
DORMEUIL , saluant sans le regarder.
Certainement , Monsieur. . . ( Levant les yeux. ) Grands dieux !
CÉCILE , qui a fait une révérence , le regarde à son tour , et fait un geste de surprise.
C'est lui !
FREDERIC , à Gustave.
Ah ! çà, décidément , tu as la physionomie malheureuse ; on ne peut pas t'envisager !
DORMEUIL, balbutiant.
A coup sûr. . . L'honneur que nous recevons ; nous ne croyons pas. . . Et j'étais loin de m' attendre. . .
Allons , voilà le beau-père qui est comme Marie , et qui fait des phrases. . . Eh! sans doute , vous ne l'attendiez pas ; puisqu'il ne voulait pas venir. . . il ne voulait pas rester.
DORMEUIL
Qui nous procure donc l'avantage ?
FREDERIC
Eh ! parbleu , c'est moi qui l'amène. . . Sans moi , il passait son chemin. . . Mais j'ai le eoup-d'œil si juste. . . A soixante pas. . . beau-père.- . . Je vous conterai. Ah ! ça, j'espère que tu vas embrasser la mariée ? DORMEUIL, l'arrêtant.
Non pas , non pas ; ce soir , après le contrat , nous nous embrasserons tous.
FREDERIC
A la bonne heure ! parce que, vois-tu, les grands parens. . . l'étiquette. . . c'est le beau-père qui est le maître des cérémonies. . . Moi , ça ne me regarde pas ; j'épouse , et voilà tout. Ma chère Cécile , je vous le recommande ; il ne connaît ici personne que vous , et puisqu'il veut bien nous sacrifier sa journée. . . Allons , mon cher Dormeuil, faites-lui donc un peu d'amitié ; je ne vous reconnais pas ; maintenant , d'ailleurs , sa présence est indispensable , c'est mon témoin.
DORMEUIL
Comment ? votre témoin !
FREDERIC
Oui , morbleu ! ce n'est pas la première fois qu'il m'en a servi.
Air de Lantara.
Oui , vingt fois sa valeur prudente A modéré mes sens trop étourdis ;
Avec succès je le pre'sente A mes amis comme à mes ennemis.
Heureux témoin ! sa présence chérie Me fut toujours d'un augure flatteur ;
Autrefois je lui dus la vie,
Je vais lui devoir le bonheur.
DORMEUIL
Mais l'usage veut qu'ordinairement ce soit un parent.
FREDERIC
Eh bien ! n'est-il pas le mien ? Sur le champ de bataille , n'étions-nous pas frères d'armes? Cette parenté-là en vaut bien une autre. . . Vous mettrez sur le contrat : Parent du côté du marié. A propos , j'étais sorti pour aller au-devant de mon coureur.
MARIE
Eh ! Monsieur, il vient d'arriver avec votre corbeille de noce.
FREDERIC
Ma corbeille est arrivée... Allons la déballer. C'est M. Dormeuil et moi qui l'avons commandée. . . Et tu verras quelle élégance . . . quel goût.
AlR : A soixante ans.
Des fleurs, des dentelles, des chaînes, Des bijoux du plus bel effet j Deux cachemires indigènes, Plus chers que quatre du Thibet.
DORMEUIL
C'est trop. . . Combien cela vous coûte !
Eh! mais, beau-père, il le fallait; J'ai fait ce v]ue je dois sans doute.
(2?«ç à Gustave.) Mais je dois tout ce que j'ai fait.
Pourvu qu'ils n'aient rien oublié , et que tout cela ne se soit pas froissé en route. . . Ah ! ma chère Cécile. . . je vous en prie , ne venez pas avec nous ; lout-à-Theure, vous jouirez du coup-dœii; laissez-nous vous surprendre.... Allons , beau-père , dépêchons.
DORMEUIL
Et Monsieur que nous laissons.
FRÉDÉRIC
Cécile voudra bien lui tenir compagnie.
CÉCILE
Mais que voulez-vous que je dise , que je fasse?
FRÉDÉRIC
Eh bien ! vous ferez connaissant. Mon ami, jô te laisse La Somnambule. a
arec ma femme. {Entraînant Dormeuil.) Eh ! venez donc, je meurs d'impatience,