‹ La somnambule, comédie-vaudeville en deux actesChapitre 9 sur 23 · GUSTAVE, CÉCILE · texte numérisé non relu

GUSTAVE, CÉCILE

GUSTAVE , après un moment de silence.

Me sera-t-il permis, Mademoiselle, de vous offrir mes félicitations ?

CÉCILE

Oui, Monsieur , je les reçois.

GUSTAVE

Je me réjouis que le hasard m'ait procuré l'avantage. . . car croyez que le hasard seul. . . .

CÉCILE

J'en suis persuadée , Monsieur ; je sais que rien ne pouvait vous attirer en ces lieux . . . Depuis long- temps , votre silence nous l'avait appris , et si quelque chose m'étonne . . . c'est de vous voir consentir à nous accorder quelques jours. Soyez sûr que mon père sentira tout le prix d un pareil sacrifice.

GUSTAVE

Je n'ai pu résister au désir d'être témoin du bonheur de mon ami. . . du vôtre, Mademoiselle. Puissiez-vous former une union fortunée ! Puisse Frédéric ne jamais éprouver les tourmens de la jalousie , ni la douleur de perdre votre tendresse.

CÉCILE

Et qui vous fait présumer que cela puisse arriver ? Frédéric m'aime beaucoup , Monsieur , il m'aime réellement.

GUSTAVE

Eh ! Mademoiselle , est-ce donc une raison ?

CÉCILE

Oui , sans doute, puisqu'il m'aime , il ne sera ni faux , ni trompeur ; il ne se fera point un jeu de trahir ses sermens.

GUSTAVE

Vous supposez alors qu'on ne sera avec lui ni perfide , ni coquette, Je le désire, Mademoiselle, et lui souhaite de

trouver une fidélité , que pour moi je n'ai jamais su rencontrer.

CÉCILE

Que vous n'avez pas su rencontrer ?

AlR : Depuis long-temps j 'aimais Adèle.

Mais Frédéric , vous l'ignorez peut-être , De vous diffère trait pour trait.

Pour mieux vous le faire connaître , Je puis vous tracer son portrait :

II n'aime qu'une seule belle , ïl n'est défiant, ni jaloux , II est enfin tendre et fidèle , Vous voyez qu'il n'a rien de vous.

GUSTAVE

Même Air.

Ainsi que vous, je veux, Mademoiselle,

Former un lien plus heureux , Et désormais, aux pieds d'une autre belle ,

Porter mon hommage et mes vœux.

{Avec un dépit très marqué.)

Pour qu'à mon cœur rien ne vous retrace , Exprès je veux même , entre nous , Qu'elle soit sans attraits, sans grâce : Enfin , qu'elle n'ait rien de vous.

CÉCILE

Et il ne vous en coûtera pas beaucoup , Monsieur , pour l'aimer.

Pas plus qu'à vous , Mademoiselle , pour aimer Frédéric . . car ce n'est point à Tordre d'un père qu'il doit votre main ; c'est à vous > à vous seule. . . Vous l'aimez. . . Il me l'a dit lui-même.

CÉCILE

Comment , il vous l'a dit ?

GUSTAVE

Oui , Mademoiselle , il en est convenu. . . Vous l'aimez. . . Vous l'adorez. . . du moins , maintenant. . . J'ignore combien de temps il pourra jouir de cet avantage. CÉCILE, avec dépit.

Monsieur. . . {Se reprenant. ) Eh bien î oui , Monsieur, il vous a dit la vérité ... Je chéris l'époux que mon pere m'a

donné . . . que mon cœur a choisi , et je ferai mon bonheur de lui appartenir. . . (A part.) On vient. . » Ah ! tant mieux; car mes larmes trahiraient le trouble de mon cœur.

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