‹ La sonate, étude de son évolution technique, historique et expressive en vue de l'interprétation et de l'auditionChapitre 11 sur 74 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Les artistes ont-ils foi dans l'Art? Y en a-l-il beaucoup qui aient assez de vocation pour y voir uue noble et généreuse mission ? La profonde altération du goût en général est sans doute le fait des temps ; mais les artistes ne concourent-ils pas à faire les temps ce qu'ils sont?

L'artiste, dit Schiller, est, il est vrai, le fils de son temps, mais tant pis pour lui s'il en est en même temps l'élève et le favori 1 Comment se gardera-t-il des vices de son époque? Qu'il donne à ses contemporains ce dont ils ont besoin et non pas ce qu'ils louent. W. db Lbnz.

Définitions : moyens de l'interprétation : les trois éléments de la musique et leurs facultés expressives : I, le Rythme et VAgogique; II, la Mélodie et Ibl Dynamique ; (les facultés de l'interprète : intelligence, amour et goût; leur rôle; sentiment et style); notation des différences dynamiques : nuances, accentuation, dessin mélodique; III. l'Harmonie et la Modulation; construction générale d'une œuvre envisagée au point de vue expressif; la mission de l'interprète.

La musique, étant art de succession, dont la manifestation se produit, en conséquence, dans le temps, a besoin, contrairement aux arts plastiques qui se manifestent dans l'espace, de recourir à des intermédiaires renouvelés pour continuer sa réalisation extérieure.

Sans doute, l'œuvre existe tout entière dans sa représentation graphique et n'a nul besoin de l'adjonction d'un exécutant pour être complète. Cependant son auteur ne la conçoit pas seulement en vue de la lecture et de l'audition intellectuelle qui en résulte pour le musicien. La preuve, c'est que le compositeur spécifie le ou les instruments pour lesquels il écrit cette œuvre.

Pour que sa pensée se communique le plus complètement

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pos&ible, le compositeur a donc besoin d'un intermédiaire ; cet intermédiaire, c'est l'Interprète.

Le nom d'interprète est susceptible d'être compris so»s trois acceptions différentes :

1° Il s'applique à celui qui fait connaître les volontés, les intentions d'un autre ;

2° li se dit de celui qui sert d'intermédiaire entre deux interlocuteurs parlant des langues différentes ; ,

3° îl désigne aussi celui qui rend une chose, un texte intelligible au moyen d'explications.

En étudiant l'interprétation sur les éléments deia musique, nous verrons comment ces définitions peuvent, toutes trois, s'appliquer à l'interprète artistique.

Le compositeur de musique, voulant extérioriser le sentiment qui l'anime^ les pensées qui peuplent son esprit, a recourf! aux trois éléments que la musique met à sa disposition : rythme, mélodie et harmonie.

Chacun de ces éléments possède un facteur d'expression : agogique pour le rythme, dynamique pour la mélodie, modU" lation pour l'harmonie ; c'est d'eux dont le compositeur use à son gré, pour que les éléments musicaux eux-mêmes puissent traduire sa pensée.

Pour la communiquer à autrui, il a recours à des signes conventionnels graphiques, dont il est nécessaire que l'interprète ait la complète intelligence s'il veut retrouver et transmettre.à son tour, le mieux possible, tout ce que l'auteur a eu l'intention d'exprimer.

L'interprète doit donc connaître tout ce que connaît le compositeur afin de saisir le sens exact des mille subtilités de son langage. Il doit être au courant de toutes les transformations historiques, tant de la forme des œuvres que de leur écriture elle-même, pour se rapprocher le plus possible de la manière d'exprimer adéquate à l'époque de l'œuvre, non par un simple travestissement de son expression habituelle, mais par une pénétration profonde et intime des sentiments et des habitudes dont cette œuvre est le reflet ou la floraison.

Par la connaissance du caractère général d'une époque et des particularités d'une œuvre, il sera apte à faire ressortir, en son interprétation, ce par quoi l'œuvre appartient ou

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échappe à son époque, ce qui, en eile, participe au style général de la forme, de l'auteur, et ce qui est, au contraire, un trait saillant, particulier à cette œuvre même.

Ce n'est que par cette connaissance approfondie des caractères généraux de l'époque et de la forme, que l'interprète peut avoir un commerce assez familier avec les œuvres pour que sa sensibilité subisse, presque à son insu, leurs moindres altérations, lesquelles révèlent les intentions de l'auteur.

Le rôle de l'interprète est simple, vis-à-vis de l'œuvre, il consiste à l'exprimer. Ce qu'il doit rechercher avant tout dans la musique, c'est ce qui fait la valeur et la porté© de la musique elle-même, c'est I'Expression.

Qu'est-ce donc que cette Expression que doit rechercher l'interprète ?

« L'Expression, nous dit d'Indy, à qui nous recourons « encore, est la mise en valeur des sentiments par rapport les « uns aux autres. Elle consiste dans la traduction des senti- « ments et des impressions à l'aide de certaines modifications « caractéristiques, afifectant à la fois les formes rythmiques, « mélodiques et harmoniques du discours musical*. «

En développant cette définition substantielle, le sens de l'interprétation véritable va apparaître :

L'Expression est la mise en valeur des sentiments par rapport les uns aux autres.

Nous voici, d'abord, en présence de la grande loi du Rythme, de cette loi qui régit l'univers entier. Rien n'existe sans rapport, conséquemment rien n'existe sans rythme, car le Rythme est V Ordre et la Proportion dans l'Espace et dans le Temps, le Rythme est la Relation.

Dans le cas présent, un grand rythme s'établit entre le compositeur et l'interprète, tous deux reliés par l'œuvre qui leur devient commune.

Un grand rythme s'établit aussi entre les diverses œuvres d'une même époque, d'une même forme, d'un même auteur, •t c'est ce rythme qui donne pleine signification à l'œuvre. C'est par son rapport avec l'ensemble que le détail a sa valeur ; isolé, ne se rapportant à rien, il ne signifie plus rien ;

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