‹ La sonate, étude de son évolution technique, historique et expressive en vue de l'interprétation et de l'auditionChapitre 10 sur 74 · PIÈCE PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

PIÈCE PRÉLIMINAIRE

La Suite est très souvent précédée d'un Prélude portant des noms divers : Prélude, Préambule, Sinjonia, Toccata, Ouverture, Fantaisie, etc.

Cette pièce prend chez Bach, principalement dans ses Suites anglaises et ses Partitas, une envergure considérable. Le petit prélude, le simple avertissement tonal, devient chez lui un magnifique portail.

Cette pièce préliminaire ne repose pourtant jamais que sur la présentation du ton, elle n'est donc autre chose qu'une cadence qui pourra être suspensive.

Le Prélude n'est point employé, généralement, par la plupart des compositeurs de la première époque de la Sonate. Il faut en excepter toutefois Gorelli qui adopte, au contraire.

l'inlerprcte attribuant alors à tort l'idée de rapidité de mouvement aux temps métriques, et non aux temps rythmiques propres à la Gigue. On peut citer, comme particulier exemple de la déformation que l'ignorance de ceci peut enlraincr, la Gigue de la i" Partita de Bach.

l4 LA SONATE

l'habitude de commencer ses Sonates par un Grave ou Adagio, s'enchaînant à l'Allégro suivant, J.-S. B\cn, et Rdst qui reprit cette forme dans sa Sonate en mi«.

L'Introduction de la Sonate, remplaçant le Prélude de la Suite, sert alors, chez Corelii, non seulement à préexposer la tonalité, mais aussi le thème.

L'Introduction sera reprise et agrandie par Beethoven et trouvera sa répercussion, chez lui et les modernes, jusqu'en la préparation du morceau terminal de la Sonate.

l'écriture, DAIIS la suite et la SOIfATB.

Si, délaissant maintenant la forme architecturale de la Suite et de la Sonate, l'on jette un regard d'ensemble sur l'écriture de cette dernière, à l'encontre de ce qui se passe pour la forme, qui continuellement s'améliore et s'agrandit, on voit cette écriture, pendant la période pré-beethovénienne, évoluer sans doute, mais non progresser.

Au point de vue de l'intérêt mélodique et de la pureté contrapuntique, conservés même pendant la Suite, il y a, dans la Sonate caractérisée, un recul réel. Le style polyphonique a'efiface de plus en plus pour faire place au style galant.

Le style galant, en opposition au style strict ou polyphonique, consiste principalement en ce que le nombre des parties simultanées qui composent l'harmonie peut se restreindi'e ou s'augmenter à volonté dans le courant d'une pièce ou même d'une phrase.

Dans les Suites, l'écriture à trois ou deux parties obligées est encore courante, mais avec la Sonate la basse continue va régner et, avec elle, le « remplissage harmonique », abandonné trop souvent au caprice plus ou moins compétent de l'exécutant, auquel des chiffres prescrivent seuls l'harmonie à employer, lui laissant toute latitude, au point de vue mélodique, pour la disposition des parties qui constituent cette harmonie.

Plus lard ce sera la basse elle-même qui, sous prétexte de

I. Nous devons prévenir le locleur que, dans le cours de cet ouvrage, nous dciiigucrons les tons majeurs par ces caractères : MI, et les tons mÎMars par ceux-ci : mi.

L ECRITURE DANS LA SUITE ET LA SONATE l5

« se donner du mouvement », adoptera la forme appelée Basse d'Alberti, c'est-à-dire un arpègement continu et monotone de l'harmonie :

Ex.

ou autre dessin du même genre.

La basse, n'étant plus considérée mélodiqaement, est bien obligée de « faire quelque chose « pour occuper son temps et soutenir ses notes !

Avant d'entrer plus avant dans l'étude de la Sonate, nous voulons étudier, brièvement toutefois (car ce sujet infiniment vaste ne saurait être qu'effleuré ici), l'Interprétation en ses divers éléments.

Notre but est de montrer comment elle se rattache à la composition, le rôle qu'elle joue dans la compréhension générale des œuvres, dans leur transmission, et, en un sens, dans leur évolution elle-même.

On peut voir un exemple frappant de cette influence de l'exécution sur la composition, dans le fait déjà cité de l'importance prise par les instruments jouant la Ritournelle, à cause du chanteur qui s'en retournait, dans le Madrigal accompagné, et arrivant peu à peu à s'affranchir totalement des voix, à les supplanter et à donner ainsi naissance à la musique symphonique.

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