I. Exemple
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(Les Semailles, dans le Chant de h Terré de Dbodat dk Sbterac).
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produit instinctivement chez l'auditeur, et c'est par la comparaison irraisonnée de ce repos instinctif avec l'arrêt du mouvement en mouvement, que l'auditeur reçoit l'impression suspensive voulue par l'auteur \ L'auditeur attend alors « la suite », c'est-à-dire le repos vers lequel il tend. Ainsi s'explique le sentiment de vague et d'imprécision tant recherché par quelques actuels jeunes compositeurs, sentiment qui a son charme pendant un moment mais cause, à la longue, un indéfinissable malaise. L'emploi de cela peut être excellent, . si c'est motivé par le sens même de l'œuvre; l'abus en est toujours fâcheux comme toutes les fois qu'un moyen devient un procédé. Il semble qu'ici l'esprit cherche à saisir quelque chose de réel où il puisse se reposer, mais, au passage, il ne happe que du vide; et ne trouvant encore que du vide, à l'arrêt, la déception produit une sorte d'irritation chez l'auditeur peu habitué, ou une torpeur énervante chez celui qui en est amateur.
De même ordre et de même cause est l'impression que donne, tant mélodiquementqu'harmoniquement, la musique basée sur la gamme par tons entiers. C'est toujours l'absence do Tonique, de point fixe, la juxtaposition ou la superposition de àons de rapports lointains qui cause l'imprécision. Cette modalité est particulièrement apte à exprimer les impressions de rêve, de menace, de trouble, les apparitions fantastiques ou irréelles. Il esta remarquer que la gamme par tons entiers produit une succession ininterrompue de tritons non résolus, et que c'est la présence continuelle du vieux « maudit » médiéval qui répand ainsi son ombre inquiétante et sa louche séduction sur la moderne musique.
Si Vallération non résolue, sous toutes ses formes, mélodiques ou harmoniques, est tellement désorientée par l'oubli ou l'ignorance de son principe et de son but : le repos, qu'elle en arrive à ne plus même sentir sa propre appétence et parvient à donner à la musique l'impression de marche inconsciente et fatale, d'une sorte d'errement triste et lassé à force
I. Voir en exemple de ceci la terminaison de deux des Scènes d'enfants de Schumann : « l'Enfant priant » et « l'Enfant s'endort », où la suspension détermikice par l'harmonie dépeint si bien le sommeil de l'enfant.
de ne rien vouloir, il en est tout autrement de l'altération en mouvement, cherchant sû résolution.
Et l'interprète devra tenir compte de cette divergence de routes.
Le sentiment imprécis et étrange de l'altération habituelle sans recherche de résolution sera rendu très exactement par l'emploi de sonorités éteintes, effacées, lointaines, souvent miroitantes et comme irisées, toujours changeantes et parfois curieuses. En elles se jetteront les souples enlacements des traits estompés, les voiles des longues vibrations de pédale, qui fondent les harmonies effleurées des subtils et nuageux « frottements » en un séduisant bruissement.
Sur ces « fonds » se piqueront les fragments mélodiques ou rythmiques qui, parfois, doivent en émerger et qui ressortiront par l'emploi de timbres plus mordaats, plus acides, semble-t-il. Ces fragments mélodiques ou rythmiques, revêtent le plus souvent l'aspect de brefs appels ou de courtes citations; ils seront traités comme tels, en ménageant les divers timbres permettant des répercursions plus ou moins lointaines qui différencieront agréablement les successives répétitions desdits fragments.
L'interprétation de l'autre espèce d'altération, de l'altération vivante de recherche et de désir, a été étudiée précédemment lors de la définition de la dissonance et de l'altération mélodique elle-même ; il n'y a point à y revenir ici. Elle est d'ailleurs diamétralement opposée comme tendaiice à l'altération sans recherche de résolution, et son interprétation doit donc cire aussi opposée. Loin de l'eiTacer, elle devra lui donner tout le relief qu'elle réclame.
Avant de quitter ce sujet, il convient de remarquer, historiquement, que plus l'époque est troublée et comme enlisée dans le désordre, plus la musique fait appel aux notes altérées prises dans l'un ou l'autre des cnractères précités .• altérations irrésolues ou altérations attractives.
Chose remarquable, ce sont les esprits les plus épris d'ordre et de clarté qui emploient le plus fréquemment ces dernières, ce sont ceux qui souffrent de l'obscurité qui appellent la lumière.
C'est ainsi que l'on voit, pour n'en citer qu'un, le plus
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serein de tous les musiciens peut-être : César Franck, si souvent recourir au chromatisme, aux dissonances, aux retards et altérations de toutes sortes, pour traduire son ardent désir, satisfait ensuite et reposé dans les consonances, et le pur tracé mélodique des célestes réponses qui lui sont faites.