‹ La sonate, étude de son évolution technique, historique et expressive en vue de l'interprétation et de l'auditionChapitre 23 sur 74 · NATURE DES IDÉES · texte numérisé non relu

NATURE DES IDÉES

Pa.-E. Bach. — La mélodie, chez lui, restreint beaucoup son tracé. Elle n'a plus que bien rarement l'envergure que J.-S. Bach lui avait donnée. En revanche, l'idée gagne en

oppositions rytlunique». i'ar le fait même qu'elle se fragmente et n'est plus le jet abondant et continu qui se répand en souples et amples contours, elle est obligée de compenser cette perte par I intérêt des oppoéilions de ses divers fragments. Le rythme souvent bref, saccadé, nerveux, donne une certaine sécheresse à la phrase. Le rythme, dans l'idée principale, et l'harmonie très audacieuse dans l'enchaînement des diverses parties sont ici les éléments les plus-importants dans la constitution des matériaux du premier mouvement de la Sonate qui, de ce fait, manque un peu d'expansion expressive. Les Andante, ou du moins (juelques-uns d'entre eux, échappent à celte critique, mais ils sont plutôt alors un reste de l'ancien style qu'une manifestation du style nouveau.

Dans les pièces finales, la nature des idées reste sensiblement apparentée à celle des pièces vives de D. Scarlatti. C'est un reste de la Suite, et le caractère particulier du thème ïie s'y présente pas encore.

Haîdn. — Le caractère dominant de ses idées reste vif, avec des rythmes brefs, mais le côté brusque et impératif de Ph.-E. Bach a fait place à une grâce élégante et légère. C'est frais, pimpant, alerte et pur. Bien que fine et ornée, la phrase ne participe en rien du caractère de naïveté fictive, de grâce apprêtée et fardée des « rocailles o de Couperin. Ici la grâce est naturelle et sans atours, candidement jeune.

Dans les Andante, assez rares d'ailleurs, car le plus souvent cette pièce est remplacée par quelque rondeau ou menuet beaucoup plus en harmonie avec son enjouement naturel, nous trouvons en Haydn précisément le défaut de la jeunesse. H n'a pas en lui la profondeur de sentiment nécessaire à remplir un mouvement lent. De sorte que ces morceaux-là scmt souvent longs et fastidieux.

Mozart. — Dans ses œuvres de piano, Mozart participe de ces mêmes caractères généraux : pureté de la ligne, grâce du contour. Plus de grandeur que chez Haydn, mais moins de fantaisie. L'idée est souvent un peu formulaire. Dans quelques Sonates, celles en la et en ut pour piano seul, celle en hÊ pour deux pianos, les premières idées sont énergiques et nerveuses sous leur apparence délicate, et elles sont déjà bien symphoniques. Les secondes idées sont pleines de

charme el de finesse. 11 faut signaler, dans les Sonate» pour piano seul, les idées de la pièce finale de la Sonate en ut : idées inquiètes, où la « syncope » haletante met une fièvre très beethovénienne. C'est un movceaii très particulier dans l'œuvre pianistique de Mozart. Après le calme Andante, plein du charme et de la tendresse caractéristiques de l'auteur, ce houleux finale, avec ses înterrnptions brusques, ses insistances impatientes et la persistance de son inquiétude, est vraiment d'un autre style que les finales accoutumés. C'est un superbe morceau qui clôt dignement cette belle Sonate.

I\usT. — Avec Rust la nature des idées, apparentée d'abord à celle des maîtres précédents, s'en dilîérencie cependant par bien des traits spéciaux.

Les secondes idées surtout acquièrent une amplitude expressive qu'elles n'avaient pas jusqu'alors. Les premières idées se caractérisent aussi davantage, comme celle de la Sonate en BÉi', pleine de fougue et d'enthousiasme :

ou celle de la Sonate enfc^, d'une noble énergie

-M-.aj-

ou encore celle de la Sonate en ut, particulièrement mouvementée. Mais l'évolution la plus remarquable est, sans contredit, celle des idées mélodiques et des pièces lentes. Rust est le premier compositeur de Sonates qui ait porté ces éléments mélodiques à cette puissance émotive, et c'est en cela surtout qu'il annonce Beethoven.

Friedrich-Wilhelm Rust est né à Wœlitz, près de Dessau, en 1789. Son frère, J,-L. -Anton Rust, avait, en 1744 et 1745, pris part comme violoniste aux exécutions de la Thomas Schule dirigées par J.-S. Bach. Revenu à Dessau, il communiqua son enthousiasme à son frère.

Envoyé à Halle j>our y faire des études de droit, F.-W. Rust travailla avec Friedmann Bach. A vingt-trois ans il étudia à Berlin, avec Benda, puis à Potsdam, sous la direction de Ph.-E. Bach.

Le prince Léopold III d'Anhalt Dessau le prit à ce moment sous sa protection et l'emmena en Italie, où il travailla le violon avec Tartini et acquit un remarquable talent sur le luth. Rentré en Allemagne où il vécut désormais, le prince d'Anhalt en fit le directeur de sa musique.

Voici la nomenclature des œuvres de llust, dans la forme Sonate, actuellement connues, avec quelques détails relevés sur leurs manuscrits déposés à la bibliothèque de Berlin.

Piano seul.

Sonate en mi (1792).

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