CONSTRUCTION ORIGINAIRE DU MOUVEMENT INITIAL
1" Mouvement initial type Suite.
Ce mouvement, d'allure assez franche et vive, est représenté par la pièce appelée Allemande ; elle est écrite à quatre temps et son, mouvement s'indique par Allegro'.
L'Allemande est le type Suite le mieux caractérisé et c'est sur elle, d'abord, que porteront plus tard les premières modifications qui arriveront à la transformer en premier morceau de la Sonate, en forme Sonate elle-même.
L'Allemande ne contient, à proprement parier, aucun thème', c'est-à-dire aucun personnage principal dont la présentation et les actions constituent la raison d'être de l'œuvre. Quelque intérêt qu'il puisse présenter, ce n'est qu'un simple dessin mélodique ou rythmique qui la commence et la continue en poursuivant sa course vers le ton voisin. Nous ne pouvons mieux définir ce caractère qu'en empruntant à d'Indy l'expression imagée et très juste de véhicule tonal dont il se sert à ce propos.
Pour le moment, dans la forme Suite, le « véhicule tonal » voyage à vide, ce n'est que plus tard, avec la Sonate, qu'il
1. V. d'Indy, dans son Cours de composition, dit a propos de ce terme : « AlUgro : mot dont la signification se réfère au sentiment expressif de gaité, bien plus qu'à la vitesse d'exécution. «
Cette réflexion de d'Indy est des plus précieuses pour les interprètes. La plupart des indications, dites de mouvenoient, se réfèrent ainsi, beaucoup plus souvent au caractère, au sentiment expressif de l'œuvre qu'à son mouvement proprement dit.
L'Allégro de cette époque était, d'ailleurs, beaucoup moins vif que V Allegro moderne, mais, indépendamment de la question d'époque, il y avait, comme il y a encore, différents degrés de vitesse désignés sous une même appellation. Une pièce notée ARegro ne se joue pas invariablement à tel degré de rapidité mesuré par un métronome, mais est une pièce de caractère gai, actif, extérieur.
Nous aurons d'ailleurs l'occasion, en étudiant les lois de l'interprétation et les œuvres elles-mêmes, de revenir sur cette importante question de la compréhension des termes et des signes employés par les compositeurs.
3. On peut mettre à part, à ce propos, certaines Allemandes de Bach, notamment l'admirable Allemande de la 4* Partita (en ïué) qui échappe totalement au caractère de la danse et reste une des pièces les plus expressives et les plus mélodiq[ues de la musique pour instrument à clavier.
b LA SONATE
transportera de vivants personnages au lieu de leur action, il ne fait ici que prendre connaissance de la route.
La première partie de la forme Suite se clôt par un repos provisoire sur le ton de la dominante, presque toujours, ou encore sur le ton relatif majeur lorsque la pièce est écrite dans un ton mineur.
Dans certaines Allemandes de Domenico Scarlatti on voit apparaître, au moment où se précise le ton voisin, un dessin plus particulièrement mélodique d'où provient, en l'élargissant, la seconde idée de la Sonate, appelée à devenir, avec Beethoven, réellement importante.
La présence de cette phrase mélodique s'explique naturellement par le fait que la pièce, arrivée au ton voisin, s'y repose, provisoirement sans doute, mais enfin, ^y repose. Le dessin générai, alerte et rythmique, s'alanguit donc, à ce moment, et se détend en faisant place à une expansion plus mélodique dont l'interprète devra tenir compte, lui aussi, pour détendre légèrement la rigueur du mouvement général» ainsi que nous le verrons en étudiant l'interprétation des œuvres.
La seconde partie de l'Allemande part du ton voisin et revient, parfois avec des détours relativement assez modulants, jusqu'au ton initial où reparaît, s'il y a lieu, au moment où se fixe ce ton, le dessin mélodique secondaire dont il a été parlé. 11 n'y a jamais, à ce moment, de redite du dessin initial, c'est cette redite qui va constituer la ligne de démarcation entre les formes Suite et Sonate et amener la coupe ternaire.