TRANSFORMATION DU TYPE SUITE EN FORME SONATE
progression tonale constante qui a lieu dans les deux parties de U Suite.
Bientôt cette rentrée prend de plus en plus d'importance, au point que cette seconde partie de la pièce se trouve scindée en deux subdivisions : l'une, en état de modalàtion, en mouvement, par conséquent; l'autre, commençant à celte rentrée et durant juaqu'à la fin, en état de repos au ton principal. Cette dernière subdivision égale bientôt, à elle seule, l'importance de toute la première partie de la Suite. Ainsi se trouve établie, d'une manière stable, l'équilibre ternaire sur lequel se base la Sonate entière.
D'autre part, par la substitution que nous avons vu faire, dans les Suites restreintes appelées Sonata, des indications de sentiment rythmique (Allegro, Adagio, etc.) aux titres de danses, le souvenir de la danse ne tarde point lui-même à disparaître. Insensiblement, par des retraits et des apports successifs, la forme de la Sonate s'agrandit jusqu'à donner naissance à ces spl'endides monuments construits par les Beethoven et les Franck ; la pensée, de plus en plus profonde et élevée, y trouve, pour se manifester librement, un cadre en tous points digne d'elle.
La Sonate monothématiqae, telle qu'elle se trouve établie par GoRELLi, est bâtie d'après le plan suivant :
I. Exposition du dessin Initial, ayant acquis, par le fait qu'il doit réapparaître une seconde fois dans le courant de la pièce, une plus grande importance que dans la Suite. Ce dessin est unique (c'est pour ceia que la Sonate est dite monotb.ématique, c'est-à-dire à un seul thènie). Il se présente sur la tonique et infléchit progressivement jusqu'à une cadence suspensive dans un ton voisin (dominante ou relatif) au moment de laquelle apparaît quelquefois, mais rarement, un dessin tellement secondaire et peu apparent, qu'il ne peut en aucune façon porter le nom de thème. Il ne sert qu'à établir plus nettement le sentiment de la nouvelle tonalité.
IL Partie médiahe, comprenant des imitations plus ou moins modulantes du dessin initial et ramenant progressivement vers le ton initial où a lieu la :
HI. Réexpositiotï du dessin initiai, cette fols n'infléchissant plus mais aboutissant au contraire à une cadence tonale conelasive. Cette réexposition comprend, s'il y a lieu, la redite
du dessin secondaire apparu dans l'exposition, mais cette fois dans le ton principal.
Par suite de sa réexposition, ce dessin secondaire va prendre, lui aussi, une importance de plus en plus grande et faire apparaître la Sonate dithématique ou à deux thèmes.
C'est à Gha.rles-Philippb-Emmanuel Bach qu'appartient la réalisation complète de ce nouvel état de la Sonate, dans lequel le second élément, de simple accompagnateur qu'il était, va prendre un caractère propre, le plus souvent opposé & celui du premier élément.
De plus, par suite de la présence, dans l'exposition, de deux éléments nettement délimités, étrangers l'un à l'autre, tant par leur caractère que par leur tonalité, la création d'un passage de transition, d'une sorte de pont permettant de passer de l'un à l'autre, devint nécessaire.
La forme de la Sonate ditfiématique, à l'époque de Ph.-E. Bach, est donc ainsi constituée :
I. Exposition : Thème principal (A) au ton principal ; Passage de
transition (pont) plus ou moins caractérisé, en état de modulation, d'inflexion vers le Second thème (B) dans un ton voisin devenant de plus en plus important, jusqu'à contenir parfois trois éléments distincts.
II. Partie médians formée par des fragments des thèmes exposés,
en état de mouvement, par conséquent de modulation.
III. RÉEXPOSiTiON : Thème principal (A) au ton principal ; Passage
de transition (pont) n'infléchissant plus vers un autre ton mais amenant le Second thème {hy au ton principal.
Cette forme est très proche d'arriver à la forme, jusqu'ici définitive, que la Sonate a revêtue : les thèmes sont loin pourtant d'y atteindre l'envergure qu'ils prendront avec Beethoven et les modernes, et la partie médiane ne constitue souvent qu'un travail d'imitation ou de fragmentation des thèmes, loin d'être encore le lieu d'action et l'action même de ces thèmes.
3° Le Mouvement lent.
Le mouvement lent est, dans la Suite, de même forme binaire que le type que nous avons étudié sous le nom de