FAIRE COULER LA CARTE
Faites tirer une carte, et conservant, je suppose, le jeu dans la main gauche, partagez-le en deux parties, en tenant par les deux bouts le paquet que vous tenez de la main droite. Faites mettre la carte qu'on a tirée sur celle dont on voit la figure, et qui est la dernière du paquet que vous tenez de la main droite. Cette carte tirée ne doit pas couvrir l'autre entièrement : il faut l'attirer vers le bas assez pour laisser voir environ moitié de la figure de celle qui appartient au paquet. La carte que vous venez de faire descendre est donc saillante par le bas. Appliquez cette saillie le long du côté du paquet que vous tenez de la main gauche. Dans cette position, les deux paquets forment un angle droit. Remarquez que tous les quatre doigts de votre main gauche touchent le dos du paquet que tient votre main droite. Maintenant retenez, avec ces doigts un peu mouillés, la carte sur laquelle ils sont posés, et levez la main droite pour enlever le restant du paquet qui est interposé entre cette carte de derrière, que les doigts de la main gauche retiennent, et celle de devant, qui est appuyée contre le côté du paquet qui est dans la main gauche. En même temps que vous enlevez le paquet, les doigts de la main gauche se ferment pour faire tomber sur le paquet de gauche la carte qu’ils retenaient, avec celle de devant, qui est la carte tirée. Ainsi, cette dernière est couverte par celle qui était derrière, et se trouve la deuxième quand on la croit la première sur le paquet.
4 Comme la dernière carte du paquet de droite, sur laquelle on avait posé la carte tirée, a toujours été en vue, vous ferez observer qu'ayant constamment resté à sa place, celle qui la suivait est nécessairement sur le tas de gauche ; ce que l'on n’a pas de peine à croire, puisque l’on ne se doute pas que la carte que vous venez de faire couler dessus, la précède.
TOURS DE CARTES
SECTION XVIII
La carte à vue.
Les prestidigitateurs qui ignorent ces principes sont embarrassés quand il leur est nécessaire de connaître une carte qui est sous le jeu, car, sachant qu’ils sont observés de près, ils sont obligés de guetter le moment où ils pourront jeter dessus un coup-d'œil furtif. Voici le moyen que l’on emploie pour voir sans difficulté la carte qui est sous le jeu.
Tenant le jeu d’une main par un bout, de l’autre on fait fortement courber le bout opposé en appuyant dessus et en laissant échapper les unes après les autres les cartes qui se redressent rapidement par l’effet de leur élasticité naturelle. Par ce mouvement, on a simplement l’air de s’amuser avec le jeu, sans aucune intention ; mais en courbant ce jeu vers soi, on a été à portée de voir la carte qui se présente naturellement à vos yeux; et comme le dos des cartes est toujours tourné du côté des spectateurs, et que, dans le cas où on lèverait un peu trop le jeu, les figures seraient aussi exposées à leur vue, ils ne font nullement attention que vous avez pu voir la carte de dessous.
Il faut, du reste, bien vous persuader que moins vous vous cachez, moins le spectateur a de soupçons. J’ai vu un trèsliabile prestidigitateur qui disposait ses cartes ou tout autres objet qui doit être préparé secrètement, sous les yeux des assistants, tout en causant avec eux et sans qu’ils s’en doutassent le moins du monde. Ce sans-gêne inspire toujours une grande confiance aux spectateurs, qui, d'ailleurs, sont loin de soupçonner une pareille audace.
Ici je termine la description des principes relatifs aux tours de cartes.
Si le lecteur a trouvé quelques incorrections dans les