PRINCIPES PRÉLIMINAIRES
Manière dfestamoter la 'pièce.
Ayant d'entrer dans l’explication de ces tours, il est indispensable de démontrer l’escamotage de la pièce. C’est la cheville ouvrière de cette partie de la prestidigitation. La méthode est fort simple, mais l’exécution est difficile. Il faut s’y exercer beaucoup, d’autant plus que cet exercice vous prépare à jouer parfaitement des gobelets, comme on le verra plus tard.
Escamoter une pièce de monnaie, c’est la placer dans la paume de la main droite en feignant de la mettre dans la main gauche. Pour la maintenir, on rentre un peu la racine du pouce, ce qui fait presser le bourrelet de ce pouce contre le bord de la pièce, qui est arrêtée de l’autre côté par le bourrelet opposé, c’est-à-dire celui qui est sous le petit doigt. »
Prenant donc la pièce du bout des doigts, dans le mouvement que l’on fait pour feindre de la porter dans la main gauche, on l’applique à l’endroit qui vient d’être désigné. II faut, autant que possible, que la main droite paraisse libre dans ses mouvements, comme si elle ne contenait rien. Il est nécessaire, comme je l’ai dit, de pratiquer beaucoup, pour parvenir à bien exécuter ce tour de main, qui est peut-être le plus difficile de toute la prestidigitation; mais le tact est un excellent maîtie, qui ne manquera pas de vous mettre au fait.
Autre* manière d'escamoter la pièce.
Ceux qui ne peuvent pas encore escamoter la pièce de la manière qui vient d’ètre expliquée, se contentent de la mettre dans la fourche formée par les racines du pouce et de l'index. Cette manière, qui ne permet pas au pouce de se détacher des autres doigts, est loin de valoir la précédente ; la main peut paraître un peu gênée : cependant, il y a des prestidigitateurs qui, faute du premier moyen, se servent de celuiei, qui est très-facile.
Une pièce d’un large diamètre, comme une pièce de cinq francs, par exemple, est plus aisée à escamoter qu'une petite : telle serait une pièce de dix centimes; mais il y a un moyen pour lever cette difficulté ; le voici.
Manière d’escamoter les objets d’un petit diamètre.
Si, en exécutant un tour, vous étiez dans l'obligation d’escamoter une de ces petites pièces, vous la mettriez dans la main, juste à l’endroit où elle doit être pour la retenir. Vous appuyez dessus avec l’index de la main gauche, comme pour la montrer, mais, dans le fait, pour la bien asseoir dans le creux de votre main. Vous renversez la main droite dans la gauche, comme pour y faire tomber la pièce, et cette main gauche se ferme comme si elle venait de recevoir la pièce qui est restée dans le creux de la main droite. Ce mouvement est parfaitement naturel et facile à exécuter. On se sert de ce moyen quand on a des bagues, des anneaux et des alliances à escamoter.
PIÈCES DE MONNAIE
SECTION Ve.
Multiplication de jetons en pièce de monnaie dans les mains d'une personne.
Effet. — On verse sur la table une quantité quelconque de jetons on de pièces de monnaie. On invite une personne à venir prendre le nombre de pièces qu'elle voudra. Supposons qu'elle en ait choisi quatorze. On étale ces quatorze pièces snr la table, et, comme pour s'assurer que le nombre est exact, on les compte soi-même partie par partie, en les mettant dans la main de la personne qui s’est chargée de les tenir. Par exemple, on en prend quatre, et on les donne. On en reprend encore quatre, et on les joint aux autres, en disant : « Quatre et quatre font huit. » Enfin, on prend les six qui restent, et on les met dans les mains de la personne, avec les huit premières, en disant : « Six et huit font quatorze. » On recommande de bien fermer la main. Ensuite on ramasse ce ‘qui reste de pièces sur la table, et en ouvrant la main, on les présente à une seconde personne, en l’invitant à en prendre la quantité qu’elle désirera. On va reporter le surplus sur la table, et revenant auprès de cette personne, on annonce que l'on va faire passer invisiblement toutes ces pièces prises au hasard, dans les mains de la personne qui tient les quatorze. On les prend l’une après l’autre, et on les envoie. On fait compter, et on voit que si, par exemple, on en a envoyé quatre, on en trouve dix -nuit au lieu de quatorze.
Explication. — En mettant toutes les pièces sur la table, on en retient secrètement quatre dans le creux de la main droite, et c’est de cette même main que l'on prend les pièces que l'on compte et que l'on met dans les mains de la personne qui a bien voulu les recevoir.
Après en avoir mis huit en deux fois,, on prend les six dernières, et en disant : « Huit et six font quatorze, » on met ces six pièces avec les huit, mais en laissant tomber avec, les quatre que l’on avait dans le creux de la main. La personne qui tient les pièces ne peut pas s’apercevoir de ce surplus, et elle en a dix-huit, quand elle croit n’en tenir que quatorze.
Quant aux quatre pièces que l'on vient d’escamoter, en feignant de les envoyer avec les quatorze, on les fait prendre forcément. En en tenant dans la main une certaine quantité, on en dispose quatre en avant, que l’on met bien en prise, mais sans laisser voir qu’elles ont été préparées. On serre avec le pouce les pièces qu’on ne veut pas faire prendre. La personne à qui on les présente, en en voyant quelques-unes bien à sa main, s’en saisit naturellement, et il est censé que le hasard seul décide de la quantité.
Pour escamoter ces quatre pièces, si on n’a pas assez d’habitude pour les tenir toutes dans le creux de la main, on les demande à la personne qui les a prises, et on va les poser sur sa table, à la vue de tous les assistants. On les prend l’une après l’autre pour les escamoter dans la main droite, en feignant de les mettre dans la gauche et de les envoyer invisiblement; et dans le temps que l’on ouvre cette main gauche en étendant les doigts l'un après l’autre, pour rendre le mouvement moins sec et plus léger, on pose la main droite sur le bord de la table, et on laisse tomber la pièce sur la tablette garnie dont j’ai parlé dans la section VI de l’article II de la première partie. Vous escamotez ainsi les trois premières pièces ; mais, pour la quatrième, il faudra vous éloigner de la table et vous approcher un peu de la personne qui tient les pièces. Vous escamotez cette dernière et la conservez dans la main. Cette circonstance fait croire que vous auriez pu envoyer les premières pièces, dans la position que vous venez de prendre, et que vous n’aviez pas besoin d’ètre auprès de votre table.
PIÈCES DE MONNAIE
Si vou9 avez assez d’habitude pour escamoter quatre pièces dans le creux de la maiD, vous restez auprès de la personne qui les tient, vous les lui demandez l’une après l’autre, et vous les escamotez chaque fois, en faisant le geste de les envoyer dans les mains de la première personne qui a les autres pièces.
SECTION II
Autre multiplication de pièces dans la main d’une personne.
On peut, avec des pièces de cinq francs, faire un tour dans le genre de celui qui vient d’être décrit. On prend, je suppose, neuf pièces que l’on compte sur la table ; de ces neuf pièces, on en donne deux à une personne. On prend les sept qui restent, et on les met dans la main d’une deuxième personne; mais en mettant ces sept pièces, on en ajoute deux que l’on avait cachées d’avance dans le creux de la main.
Il semblerait que deux pièces de cinq francs devraient se sentir en plus dans la main; il n’en est rien, la personne qui les reçoit ne distingue pas cette différence : on peut s’en assurer par soi-même.
On revient à la personne qui conserve les deux pièces, on les lui demande, et on les pose sur la table, en disant que l’on prétend les faire passer avec les sept que l’autre personne a dans la main. On les* prend l’une après l’autre, et on les escamote en opérant à sa table comme on l’a fait pour les pièces du tour ci-dessus, c’est-à-dire en les laissant tomber sur la tablette, après avoir feint de les mettre dans la main gauche pour les envoyer avec les sept autres. On aura soin de prévenir celui ou celle qui va recevoir les pièces, qu’il va sentir une commotion un peu forte au moment de leur passage dans sa main, mais que la douleur ne durera guère plus de huit jours.
SECTION III
Faire passer le doigt d’une personne à travers une pièce de cinq francs.
Effet. — On emprunte une pièce de cinq francs. On la fait passer d’une main dans l’autre par escamotage. Ensuite, on prie une personne de tenir cette pièce en équilibre sur le bout de son doigt. Ne pouvant se tenir ainsi, on appuie un peu dessus, et elle entre dans le doigt comme un anneau. On fait de nouveau passer la pièce de la main droite dans la gauche, en étendant le bras et on la rend à la personne qui l’a prêtée.
Explication. — Il faut, pour ce tour, sacrifier deux pièces de cinq francs, non pas comme valeur intrinsèque, mais comme valeur monétaire. Ces deux pièces doivent être de même effigie et de même millésime. On les donne à un tourneur adroit pour en percer une d’un trou d'environ quinze millimètres de diamètre. L’autre pièce servira pour prendre dedans la partie circulaire qu’on a retirée de la première.
Comme on prend cette partie plus large qu’il ne faut d’abord, on a toute latitude pour l’ajuster avec soin sur la première. Il faut faire cette opération avec une justesse si parfaite, que l’on ne puisse s’apercevoir de ce rapport, ni d’un côté ni de l’autre do la pièce. Ayant cette pièce ainsi préparée, quand on voudra s’en servir pour faire le tour, cm la tiendra secrètement dans le creux de la main. On en empruntera une dans l’assemblée, que l'on échangera de la manière suivante, sous prétexte de faire un tour d’adresse.
Je suppose que vous ayez la pièce préparée dans la main droite, vous tiendrez dans la gauche celle qu'on vous aura prêtée: et la prenant avec le pouce et l’index de la main droite, vous l'enlevez vivement en laissant tomber à sa place
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la pièce préparée que vous tenez de la même main. Vous laissez, bien entendu, la main gauche fermée. Vous écartez les deux bras, et en faisant un mouvement de la main droite, comme si vous jetiez dans la gauche la pièce que vous tenez, vous l’escamotez dans le creux de la main en disant : « J’envoie cette pièce dans la main gauche. » Vous l’ouvrez et la faites voir, comme si c’était celle qu'on vous a prêtée. Vous continuez en disant : « Je vais faire avec votre pièce, Monsieur, un tour plus étonnant. Levez un doigt, s’il vous plaît. Monsieur, bien d'aplomb ; je vais tâcher de faire tenir cette pièce sur le bout. » Vous tâtonnez un instant, et Gnissez par l’enfoncer, en disant : « Ma foi ! tenez, comme cela c’est plus sûr ! »
On peut se figurer la surprise et l’hilarité que doit occasionner la vue d’une pièce de cinq francs passée au doigt en manière de bague. La rondelle qui s’échappe de la pièce tombe presque toujours de façon à pouvoir être rattrapée facilement dans la main ; on la met dans sa poche, profitant de la surprise des spectateurs.
Pour finir le tour, vous retirez de la main gauche la pièce qui est au doigt de la personne, et vous allez vous mettre devant votre table. Puis, vous adressant à celui à qui vous avez fait un emprunt, et montrant la pièce qui est percée, vous dites : « Monsieur, vous n’êtes sans doute pas disposé à reprendre votre pièce dans l'état où vous la voyez? Mais je puis r-éparer le tort que je lui ai fait par ce seul coup de main. » Vous faites l’échange de la même manière que la première fois. Et en montrant de la main gauche, dans laquelle elle se trouve, cette pièce rétablie, vous laissez tomber l’autre sur la tablette en mettant votre main droite sur le bord de la table et sans affectation ; vous laissez apercevoir que vous n’avez dans les mains que cette seule pièce, que vous remettez âceux qui l’ont prêtée.
PRKSTIDIGITA.TÏOIÎ.
\ SECTION IV
Faire passer me pièce de cinq francs à travers \ une table.
Quand., dans une réunion d’amis qui désirent se divertir, on vous invite à faire quelques tours, celui-ci est très-convenable dans\ cette circonstance, parce qu’on n'a pas besoin de table disposée d’une certaine façon, comme cela est indispensable quafrd on donne une séance préparée.
On empruntehdeux pièces de cinq francs. On en met une dans une main et\on l’escamote, c’est-à-dire qu’on la retient dans le creux de, la main droite, en feignant de la mettre dans la main gauche. On prend aussi la seconde de la main droite, dans laqfuelle il y en a déjà une que les spectateurs croient être dams la gauche. On tient cette seconde pièce da bout des doigts?, on étend les bras, et, fermant brusquement la main droite L on fait frapper la pièce que l’on tient sur celle qui est dans fie creux de la main, et du même temps, on ouvre la mairî gauche en lui donnant un mouvement pareil à celui que l'An ferait pour lancer quelque chose. U faut que ces mouvementés de mains s’accordent bien ensemble. Vous faites voir les jdeux pièces réunies dans la même main.
On appelle *eci le tour de la pièce volante. Il y a plusieurs • manières de Je faire, dout nous parlerons bientôt. Continuons celui-ci. J
Il est bot, comme je l’ai dit, d'employer quelques feintes pour rendre les tours plus frappants. Quand on fait celui-ci tout sipriplement comme je viens de l’expliquer, on dit : « Messieurs, ne croyez pas que j’aie lancé adroitement dans la main droite la pièce que j'avais dans la gauche. Pour yous prouver que vous seriez dans l’erreur, je vais recommen- / cer le tour en faisant passer la pièce à travers la table. Je la
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irends et je la mets dans cette main (la gauche). » (Ici, vous aites un mouvement propre à faire croire que vous ne la nettez pas, quoique vous la mettiez réellement.) Si la feinte [ue vous venez de faire est bien simulée, on croira que vous eteaez la pièce dans la main droite, et on vous en fera bien ertainement l'observation.
Alors vous montrez les pièces qui sont dans chaque main, t les interrupteurs sont tout désappointés en voyant leurs onjecturesen défaut.
En assurant les assistants que vous êtes incapable de les romper ainsi, vous faites le tour audacieusement comme 'abord, en escamotant la pièce-; mais, cette fois, vous métis la main droite sous la table, et la gauche au-dessus. Vous lites de môme que précédemment, c'est-à-dire que vous ourez vivement la main gauche à l'instant que vous faites apper les deux pièces que vous avez dans la main droite. Ceci terminé, vous revenez sur l'observation mal fondée j’on vous a faite, en doutant que vous mettiez la pièce dans main gauche. Vous dites : « Messieurs, il ne suffit pas de >us assurer que je ne vous ai pas trompés; je sais qu’on accorde guère de confiance aux escamoteurs; ainsi, il faut ■us donner des preuves de ma bonne foi.
» Vous avez pensé que je ne mettais pas une pièce dans aque main, que je n'en faisais que le semblant. Eh bien ! îssieurs, voici les deux pièces; vous voyez que je n'ai rien ns les mains, et que de chacune je prends une pièce. Je ïts la main gauche sous la table, tenant cette seule pièce ie vous voyez encore Vous remarquerez aussi que je n'ai ’une pièce dans la main droite. Je vais jeter cette pièce à ivers la table, pour aller rejoindre celle que j’ai dans la un gauche. » (Vous faites, avec la main droite, le geste de ;er la pièce à travers la table, en l’escamotant dans le 3ux de la main, que vous étendez comme s’il n’y avait plus n dedans, en môme temps que vous faites sonner les deux ces en dessous.) Le choc des deux pièces qu'on entend sous
la table, cette main droite que l’on voit ouverte en même temps, produisent sur les spectateurs une illusion complète.
Je prévois une objection de la part du lecteur, qui me dira : Comment se fait-il que, n’ayant que deux pièces que l'on sépare en en mettant une dans chaque main, dont l’une va se placer sous la table quand l’autre reste des us, et tout cela sous les yeux des spectateurs; comment se faii-il que l’on entende sonner deux pièces dans la main gauche, puisque celle qui était dans la main droite a toujours été en vue tout le temps que cette main est restée au-dessus de la table?
Vous avez raison, lecteur, ce que vous dites est parfaitement juste, j’en conviens. Si j’étais moins véridique, je pourrais vous répondre que probablement la pièce lancée par la main droite a trouvé le moyen de se faire un passage à travers les pores du bois de la table ; mais, pour cela, il n’aurait pas fallu vous prévenir que la pièce s’escamote dans le creux de la main. D'ailleurs, il y a si peu de foi, dans le temps où nous vivons, que j’aurais eu de la peine à vous persuader. J’aime mieux vous avouer tout franchement que j’avais oublié de vous recommander de coller secrètement, avec un peu de cire à sceller, une troisième pièce de cinq francs sous la table. La main gauche s'empare de cette pièce pour la joindre à celle qu’elle tient déjà; on fait sonner ces deux pièces au moment où on escamote celle de la main droite, comme je l’ai dit. Quant à cette pièce qui reste dans la main droite, on trouve facilement le moyen de s’en débarrasser.
SECTION V
Autre tour de pièces volantes.
Pour celui-ci, il faut le faire à la table disposée, comme je l’ai déjà expliqué. On se souvient du cojssin qu’il faut
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mettre sur la planchette pour amortir le bruit des objets qu’on laisse tomber dessus.
Ce tour se fait avec quatre pièces de cinq francs, mais on commence avec deux seules. Ou l'exécute d’abord tout simplement, comme je l'ai décrit dans le premier paragraphe du tour qui précède, c'est-à-dire, en feignant de mettre une pièce dans la main gauche et en l’escamotant dans le creux de la main droite; puis, en prenant aussi de la main droite la deuxième pièce, et en faisant le mouvement, en écartant les bras, de jeter la pièce, qui est censée dans la main gauche, dans l'autre main.
Immédiatement après avoir fini cette récréation, vous dites : « Messieurs, ce tour n’est pas aussi difficile qu'on pourrait le penser, et, pour cette raison, je me ferai un plaisir de vous l'apprendre. Je viens de me servir du procédé des escamoteurs; mais, comme eux, je ne vous dirai pas que je fais passer la pièce de la main gauche dans la droite, en la jetant ainsi. (Ici on prend une pièce de chaque main, et on lance celle qui est dans la droite sur celle qui est dans la main gauche, et du plus loin possible.) Ces Messieurs vous trompent, ils font comme je viens -de faire, ce dont vous ne vous êtes pas aperçu.
» On prend une pièce que l'on feint de mettre dans la main gauche ; mais on la retient ici (on montre la pièce que l'on tient entre le pouce et l'index, pour ne pas dévoiler le secret de l’escamotage dans le creux de la main). Alors on n’a pas de peine à faire trouver ces deux pièces ensemble, puisqu’elles y étaient déjà. Voilà le tour que je voulais vous communiquer. Si vous l’exécutez devant quelqu'un, vous aurez soin de baisser un peu la main, comme cela, pour qu'on no voie pas la pièce (on baisse sa main comme pour mieux faire comprendre l'explication, mais plutôt pour avoir occasion de laisser tomber la pièce sur la tablette, sans être aperçu. Ceci est une feinte, et faisant semblant d’avoir toujours la pièce dans la main, vous continuez de parler). Moi,
Sorcellerie expliquée. 14
Messieurs, ce n’est point ainsi que je fais : je mets bien réellement la pièce dans la main gauche (on feint de mettre la pièce qu'on n’a plus), et vous voyez que je n’ai plus rien dans celle-ci (on montre l’intérieur de la main droite, en tenant la gauche fermée, comme si effectivement on y avait mis la pièce). » Enfin, on prend de la main droite la pièce qui était restée sur la table. Les spectateurs voient clairement que vous n’en avez qu’une. Vous écartez les bras et feignez de vouloir exécuter le tour. Mais, comme par réflexion, en remettant la pièce sur la table, vous dites, en montrant votre main droite : « Vous ne supposez pas que ma main soit à double fond, et que j’aie un compère sous la table pour me passer une pièce. » (En disant ces derniers mots, vous faites le geste d’indiquer le dessous de la table, pour avoir occasion de prendre la pièce que vous aviez laissée tomber sur la tablette. Vous cachez cette pièce dans le creux de la main.)
Vous reprenez la pièce que vous aviez posée sur la table, avec la main droite dans laquelle vous venez de mettre la seconde pièce, et vous faites le tour.
Par les feintes dont vous vous êtes servi, les spectateurs sont bien persuadés que vous n’aviez qu’une pièce dans la main droite, et qu’il y en avait une dans la main gauche.
Le tour étant terminé comme il vient d’être expliqué, vous continuez en disant : « Je puis opérer de même avec deux pièces. » Vous en prenez effectivement deux ensemble, que vous escamotez comme une seule en les retenant dans le creux de la main droite, feignant de les mettre dans la gauche. Vous prenez aussi de cette même main droite les deux pièces restées sur la table et vous exécutez le tour en disant : « Ceci n’est pas plus difficile qu’avec une pièce ; seulement, il faut écarter les mains davantage (on les écarte). » Pour terminer, vous faites fortement sonner ces quatre pièces en donnant de la main droite une secousse sèche, dans le moment que la main gauche fait le geste d'envoyer dans la droite les deux pièces qu’elle est censée coutenir.
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Le tour fait, vous laissez tomber ces quatre pièces sur la table ; ce qui produit beaucoup d'effet sur les spectateurs, en raison de la difficulté qu'ils supposent dans l’escamotage de quatre pièces de cinq francs.
Mais ce tour a une suite, et pour le continuer, vous dites : « Messieurs, je vais vous donner une preuve de plus que je ne lance pas ces pièces d’une main dans l’autre, comme il le paraît, mais qu’elles prennent une autre voie pour venir dans ma main. Je vais les faire passer toutes quatre à travers la table.
» Je sais que cette expérience n'éton»era pas les physiciens, s’il y en a parmi nous, parce qu’ils connaissent l’éiasticité des corps, et que l’effet que vous allez voir ne peut s’expliquer que par cette propriété. Cependant, le tour n’en sera pas moins curieux pour les personnes qui ne sont pas parfaitement initiées dans les mystères de la nature, et s’il y a dans l’assemblée quelqu’un qui soit au fait, je le prie de ne pas en donner l’explication, pour laisser jouir le reste des spectateurs de l’illusion. »
Après cet intéressant discours, vous feignez de mettre les quatre pièces dans la main gauche, en les escamotant dans la droite comme une seule (1). Vous prenez de l’index et du pouce de la main droite, par le bord, un gobelet que vous choisirez léger de préférence, et le portant sous la table, vous le faites tourner avec les autres doigts, pour que l’ouverture se place sous les pièces que vous avez dans la main. Ces doigts servent aussi à maintenir les pièces. Vous mettez la main gauche sur la table, et fermée comme si elle contenait les pièces ; vous l’ouvrez brusquement en laissant tomber dans le gobelet les pièces de la main droite. Ces deux mouvements se font en un seul temps. Vous ramenez le gobelet, et versez ce qu’il contenait sur la table.
Vous reprenez de nouveau ces quatre pièces, en disant :
(t ) Si ou ne peut pat encore escamoter quatre pièces ensemble dans le creux de la main, on pourra le* mettre entre le pouce et l’index.
« Messieurs, je puis recommencer le tour autant de fois que l’on voudra. » Vous les mettez réellement dans la main gauche, mais en affectant une certaine maladresse, pour faire penser que vous ne les" mettez pas et que vous les retenez dans la main droite que vous fermez à demi à cet effet. Vous prenez le gobelet de cette main droite, qui parait gênée, et vous dites, en montrant le fond : « Vous voyez qu’il n’y a rien dans ce gobelet. Si votre feinte est adroitement jouée, vous entendrez un murmure désapprobateur et des réclamations de la part des assistants. Vous en demandez la raison, et on vous répopd d’un ton moqueur que les pièces ne sont pas dans la main gauche, et que vous les avez dans la droite avec le gobelet. Alors vous posez le gobelet sur la table et vous faites voir votre main vide.
Vyus laissez couler en même temps sur la table les quatre pièces que vous aviez dans la main gauche, et les spectateurs désappointés restent confus de leur erreur.
En reprenant les pièces de la main droite, vous dites : « Comment, Messieurs, vous me croyez capable d’employer de pareilles supercheries? Yous pensiez donc qu’en mettant le gobelet sur la table (en disant ces derniers mots, vous mettez la main sous la table comme geste indicatif, et vous déposez les pièces sur le bord de la tablette. Vous tenez la main fermée en la ramenant), j’avais les pièces dans la main, et que je n’avais plus qu’à les laisser tomber dans le gobelet en faisant semblant de les envoyer de la main gauche ? Détrompez-vous, Messieurs : je mets les pièces dans cette main (la gauche : mais c’est une feinte, puisque vous n’avez plus rien dans celle-ci (la droite que vous montrez). »
Alors vous prenez le gobelet par le bord, entre les deux doigts du milieu, et en le portaut sous la table, vous saisissez avec l’index et le pouce qui sont restés libres, les quatre pièces que vous avez déposées sur la tablette de manière à pouvoir être enlevées parfaitement.
Vouç finissez le tour en laissant tomber ces pièces dans le
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gobelet, au moment que la main gauche s'ouvre sur la table, comme pour faire passer à travers les pièces qu'elle est censée tenir.
Je me sui3 un peu étendu sur ce tour, parce qu’il est sans contredit un des plus beaux de la prestidigitation.
SECTION Vf.
Troisième tour de pièce volante.
Le tour qui précède est un des quatre ou cinq qui ont fait la réputation de Conus père. Celui qui va suivre est peut-être le seul qui ait fait celle du prestidigitateur Olivier, et qui lui ait valu dans le temps le titre de fameux.
Je dirai à *e sujet, et je puis le certiüer, que, sur le récitqui lui avait été fait de ce tour, l'empereur Napoléon a demandé une séance à Olivier, laquelle eut lieu dans le palais. On m'accusera peut-être d’exagération ; mais que l’on saehe qu’il faut bien peu de chose, dans cet art récréatif, pour se faire une renommée. Le prestidigitateur Philippe, il y a peu de temps, n’a-t-il pas tenu pendant deux ans tout Paris dans l’admiration, avec son tour des bassins de verre remplis d’eau et de poissons? On sera bien surpris de l'extrême simplicité du moyen, quand j’en donnerai l’explication dans la troisième partie de ce traité.
Il en est de même de la suspension, de la seconde vue, du carton magique, de la cuisine aux pigeons, etc., etc., comme on le verra dans la description que je ferai de ces tours dans la physique occulte.
Celui dont il est ici question peut se faire sur une table ordinaire. Cependant on serait plus à son aise sur la table haute à tablette, surtout si on a déjà l’habitude de s’en servir ; néanmoins, comme je l’ai dit, on peut s’en passer.
Ce tour est fort simple, mais son exécution demande un coup d’œil sûr et une main légère.
On emprunte une pièce de cinq francs, et on la fait mar-
quer. On a dans sa main gauche une autre pièce de cinq francs que l’on tient cachée. Lorsqu’on vous rend la pièce que vous avez donnée à marquer, vous faites l’échange. Cet échange est facile. On feint de mettre cette pièce marquée dans la main gauche, mais on la garde dans la main droite, en faisant paraître celle qui était d’avance dans la main gauche. On jette cette dernière sur la table, et les spectateurs la prennent pour celle qu’ils viennent de marquer.
On demande encore dans l’asssemliléc une autre pièce, mais plus petite que la première.
Quand on fait de ces sortes d’emprunts, chacun cherche dans ses poches pour vous satisfaire. Mais ne faites pas attention aux personnes assises à la première rangée qui vous font des offres, éludez-les adroitement. Lorsqu’une des personnes placées derrière les autres vous présente une pièce, vous êtes obligé de vous pencher en avant pour prendre cette pièce. Et comme, en vous penchant, vous êtes courbé sur une personne de devant, vous lui fourrez la pièce marquée qui vous était restée dans la main droite, dans quelqu’endroit de ses habits que vous avez dû remarquer d’un coup d’œil. Vous lui mettez, soit dans une poche du gilet, si c’est un Homme, soit dans quelque vêtement de dame, soit enfin dans tout autre endroit que le hasard vous offrira. Cette personne sur laquelle vous vous appuyez un peu, prend cette pression pour une nécessité de la circonstance, et ne fait point attention au léger attouchement inévitable pour l’introduction de la pièce dans ses vêtements.
Du temps d’Olivier, les habits d’hommes étaient très-commodes pour ce tour. Ils étaient à manches rondes, c’est-àdire qu’elles étaient relevées en double, depuis le poignet jusqu'au tiers de l'avant-bras, et c’était ordinairement dans cette manche qu’Olivier glissait la pièce. Quand elle est placée comme je viens de le dire, on revient à sa table avec, la petite pièce qu’on vient de vous prêter. Alors on fait le tour
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de la pièce volante avec cette petite pièce et celle de cinq francs qui était sur la table. On le fait simplement, comme je l’ai expliqué précédemment. On peut demander aux spectateurs de quelle main ils veulent que l'on fasse le tour. Quelle que soit la réponse, il en sera toujours de môme; car, si on dit de la gauche, comme c'est cette main qui est censée envoyer invisiblement la pièce avec l'autre dans la main droite, on peut supposer que c’est elle qui fait l'action principale, par conséquent le tour. Si on dit de la droite, comme c’est elle qui reçoit les deux pièces et parait avoir opéré l’escamotage, on trouve naturel que vous considériez cette main comme chargée de la partie active du tour ; donc, vous aurez toujours raison, et personne ne remarquera l’équivoque.
Après avoir exécuté le tour comme je l’ai dit, vous prenez la pièce de cinq francs, que vous montrez en demandant qui est-ce qui l’a prêtée. Celui à qui elle appartient vous ayant répondu, vous transportez la pièce de la main droite dans la gauche, ou plutôt vous feignez de la transporter, parce que vous la retenez dans la main droite, dans le même temps que vous paraissez la mettre dans la gauche, et si vous avez fait ce tour devant une table ordinaire, vous avez dû vous asseoir à cause de son peu d’élévation. Alors, en vous levant, vous déposez la pièce adroitement sur votre siège, ayant toujours l’air de la tenir dans la main gauche. Vous faites quelques pas vers l’assemblée, et faisant semblant de passer la pièce d’ane main dans l’autre, vous finissez en disant: « J’envoie la pièce dans la poche de Monsieur. Elle est marquée, on la reconnaîtra bien, » Vous faites claquer le bout de vos doigts pour faire voir que vous n’avez plus rien dans vos mains. On trouve la pièce dans l’endroit que vous avez désigné, on l’examine et on la reconnaît aux marques qu’on y a foites. L’étonnement est d’autant plus grand, que l’on croit que c’est avec cette même pièce que vous avez fait le tour.
Olivier était assis quand il faisait ce tour, et, comme je l’ai dit, il déposait la pièce sur son siège en se relevant ; le
plus souvent, c’était dans la manche d’un des spectateurs qu’il faisait trouver la pièce, et quand il l’envoyait à la fin du tour, il disait, avec une bonhomie remarquable : « Monsieur, la pièce est dans votre manche ; si elle est cousue, faites-la découdre, et on la trouvera. » Mais jamais les manches n’étaient cousues.
Si vous faites ce tour auprès d'une table préparée, comme vous êtes debout, vu la hauteur de la table, alors au lieu de mettre la pièce sur le siège, vous la laissez tomber sur la tablette garnie d’un coussin, en appuyant sur le bord de la main droite où est cette pièce.
SECTION VII
Faire passer me pièce de monnaie d'une main dans l'autre plusieurs fois de suite , ayant les bras étendus et sans les bouger.
Ce petit tour, qui d'abord parait facile, demande cependant un peu d’habitude pour le bien faire.
Voici son effet.
On montre dans une main une pièce de cinquante centimes. On fait aussi voir l’autre main, en priant les spectateurs de remarquer qu’elle ne contient rien. On les ferme toutes deux en étendant les bras. On ordonne à la pièce qui est dan3 une main de passer dans l’autre. On ouvre les deux, mains, et on fait voir que la transposition a lieu. On les referme, et la pièce retourne dans la première main. Ou exécute ce passage d’une maiu à l’autre autant de fois que Tou veut.
Explication. — On ne peut se servir que de pièces d'un petit diamètre. On mettra un peu de cire à sceller sur l’ongle du grand doigt, de chaque main. On collera d’avance une pièce sur l’ongle du doigt de l’une des deux : quand cette main sera étendue, on ne verra pas la pièce. On fait mettre
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une pareille pièce dans l'autre main. Pour que cette pièce soit convenablement placée (et voilà l'important), il faut la faire glisser dans la paume de la main, près du poignet et touchant le bourrelet qui fait partie de la racine du pouce; alors, en fermant la main, l'ongle du grand doigt se pose en entier sur la pièce qui s’y attache par le moyen de la cire. Pour plus de sûreté, on fait faire à la racine du pouce un mouvement de pression qui affermit la pièce sur l'ongle ; on ouvre la main, et le doigt emporte la pièce qui ne se voit plus. Quant à la pièce de l'autre main, il ne s'agit que de la détacher pour la faire paraître. Cela est fort aisé : le moindre frottement contre la paume de la main suffît. On conçoit que cette translation peut se réitérer plusieurs fois.
Si la pièce était un peu trop grande, et que son diamètre ne pût être entièrement couvert par la largeur de l'ongle, il faudrait la placer de manière à ce que l'annulaire aidât à la cacher.
On peut escamoter par le même moyen tout autre petit objet léger, quand même il ne serait pas plat, comme, par exemple, une muscade.il est encore possible, avec de l’habitude, d’en escamoter plusieurs à la fois, en se servant des trois grands doigts en même temps.
Quand on enlève la pièce, il faut ouvrir vivement la main, pour ne pas donner aux spectateurs le temps de l’apercevoir, et tenir toujours les doigts bien étendus.
SECTION VIII
Changer une 'pièce sous les yeux des spectateurs sans qu’ils s’m aperçoivent.
Ceci n’est pas précisément un tour, ou du moins ne peut pas être considéré comme tel. C'est plutôt un moyen, un procédé dont l'emploi est quelquefois utile. Ü est bon de le connaître.
Si, par exemple, vous empruntez une pièce de cinq francs et que vous vouliez la changer en une autre pièce, il faut que vous ayez dans le creux de la main celle avec laquelle vous voulez faire l'échange. Alors, en prenant celle que l’on vous prête, vous demandez si elle est bonne'; et, comme pour vous en assurer, vous la jetez plusieurs fois sur la table pour écouter si le sou est de bon aloi; et en faisant un mouvement de haut en bas, mouvement qui est indispensable pour jeter la pièce, vous la laissez tomber sur le coussin de la tablette, et vous jetez sur la table la pièce que vous aviez dans le creux de la main. Ce temps est si naturel, que les spectateurs prennent toujours cette seconde pièce pour celle qu’on vous a prêtée.
Si vous aviez projeté un tour pour lequel cet échange serait nécessaire, alors vous l’exécutez comme je viens de l’expliquer. Si vous ne vouliez que faire une plaisanterie, vous feriez l’échange avec une pièce de plomb, et la donnant à la personne qui vous a prêté la vraie pièce, vous lui diriez qu’elle ne peut pas vous servir, parce qu’elle est fausse.
SECTION IX
Soustraction de pièces de monnaie des mains d’une personne. En faire sortir invisiblement la quantité qu’on désirera , et faire trouver le nombre soustrait dans les mains d’une autre personne.
Effet. — On emprunte une quantité quelconque de pièces de monnaie, on les compte en présence des spectateurs, et on les donne à une personne, en la priant de les tenir enfermées dans ses mains.
Ou demande à cette même personne combien elle souhaite que vous en fassiez sortir, pour les faire trouver dans les mains d’une autre personne qu’elle peut désigner elle-même.
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Cette dernière ayant été choisie , on Ja prie de tendre les mains l’une contre l’autre.
On invite la première, celle qui tient les pièces, de les faire sonner autant de fois qu’il y en a à sortir. A la dernière, le prestidigitateur fait trouver, dans les mains de la personne qui les tient tendues, le nombre de pièces demandé.
j Explication. — Pour paraître avoir donné le choix du nombre à soustraire par magie, il faut, en empruntant les pièces, s’en procurer un qu’on ne puisse diviser par tiers ni par quart, comme, par exemple, 14, 22, etc.
Supposons que ce soit de la main droite que vous vous serviez pour escamoter les pièces de monnaie. Prenez de la main gauche les pièces qu’on vous a prêtées, pour les compter en les mettant dans la main droite. Commencez par les plus petites pièces, parce qu’il faut que vous reteniez dans le creux de la main la moitié du nombre que vous avez.
Convenons que vous faites le tour avec quatorze pièces; alors vous en retiendrez sept dans la main. Je dis que vous commencerez par les plus petites pièces, en les comptant, pour une raison que vous comprendrez tout-à-l’beure. Vous ferez cette opération devant votre table. Les pièces étant comptées, vous versez dans la main gauche les sept que vous ne retenez pas dans le creux de la main droite, mais, pour . les spectateurs, il est censé que vous les mettez toutes.
Tenant la main gauche fermée et un peu élevée, vous posez adroitement sur la tablette les sept pièces que vous avez dans la main droite, et vous avancez auprès des spectateurs. Vous tenez alors les pièces dans les deux mains. Vous priez une personne de tendre les siennes, et de tenir ces quatorze pièces que vous lui donnez , bien soigneusement enfermées. Comme elle ne tient que les plus grandes, elle ne se doute pas qu’elle n’en a que la moitié du nombre.
Vous retournez à votre table et vous dites : « Madame, des quatorze pièces que vous tenez, combien voulez-vous que j’en fasse sortir de vos mains, pour les faire trouver dans celles
de la personne que vous voudrez bien me désigner? Voulezvous que je vous en escamote le tiers, la moitié, le quart?» Assez ordinairement on dit la moitié; mais, si on demandait le quart ou le tiers, on sent de suite que ces parties ne sont pas divisibles, et on est forcé d'en venir à la moitié. Comme on croit que c’est le hasard qui a déterminé le nombre de quatorze, vous n'en passez pas moins pour avoir donné le choix du nombre à faire sortir.
En faisant les questions dont je viens de parler, vous reprenez secrètement les sept pièces que vous aviez déposées sur la tablette , et les tenant dans les deux mains, sans les laisser sonner, vous dites à la personne qui tient les autres, de les remuer autant de fois qu'il y a d'unités dans le nombre qui doit sortir, mais par intervalle; vous ne lui faites cette recommandation qu’après l’avoir priée de désigner la personne qui doit recevoir dans ses mains les pièces que vous allez escamoter. Vous priez aussi la personne indiquée de tenir ses mains tendues et l’une contre l’autre.
La personne qui tient les pièces les fait donc sonner, comme vous le lui avez recommandé , et à chaque fois , vous dites aux spectateurs de regarder les pièces sortir et voltiger en l’air, pour se rendre dans les mains de la personne qui les attend. Vous feignez d’en rattraper une, qui s’arrêtait sur le collet de l’habit d’un assistant, une autre qui allait tomber sur l’estomac d’une dame, une autre encore qui s'embarrassait, en passant, dans les cheveux d’un jeune homme, etc. Ces gesticulations sont 'faites dans le but de détourner l’attention des spectateurs de la main qui contient les sept pièces. A la dernière, c’est-à-dire quand on arrive au nombre sept, vous jetez les pièces que vous aviez dans les mains, dans celles de la personne qui les tenait toujours tendues. On fait compter de part et d’autre pour vérifier le compte.
Eclaircissement. — Quand on reprend les pièces qu’on avait déposées secrètement sur la tablette , je recommande de les tenir entre les deux mains. C’est pour que l’on ne
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soit pas gêné, comme on le serait, si on voulait les conserver dans une seule sans qu’il y parût.
Il n’y a rien là que de naturel, car la jonction de vos mains est motivée, parce que, la personne à qui vous avez donné les pièces les tenant enfermées dans scs deux mains, vous êtes censé l'imiter, pour mieux lui montrer le mouvement qu’il faut opérer pour les faire sonner. Par ce moyen, on ne soupçonne pas que vous en tenez aussi. Mais de temps en temps, comme je l’ai conseillé, on peut détacher une main pour feindre de rattraper les pièces. Dans cette action, l’autre main dans laquelle restent les pièces, et qui n’est pas en mouvement, peut retomber sur la cuisse. Dans cet état de repos, la main reste naturellement à demi-fermée et retient les pièces sans qu’on puisse le remarquer.
Si on avait assez d’habitude pour tenir les sept pièces dans le creux de la main sans être gêné , on ne serait pas tenu de prendre toutes les précautions dont je viens de parler; mais cela est très-difficile, et même ceux qui le pourraient aimeraient autant procéder comme je viens de le décrire, pour avoir moins de difficulté dans l’exécution.
SECTION X
Envoyer dans une manche de l’habit d’une personne des pièces ou jetons qu’on aura mis dans un petit sac.
Effet. — On met une vingtaine de jetons ou de pièces de monnaie dans un petit sac. Les ayant mis en présence des spectateurs et les ayant fait sonner en frappant dessus, on leur ordonne d’en sortir. On retourne le sac pour faire voir qu’ils n’y sont plus. Ensuite, avec une petite baguette, on tape légèrement sur le bras d’une persoune, pour faire entendre les pièces que l’on fait toutes sortir par l’ouverture de la manche.
Sorcellerie expliquée. 15
Explication. — Dans le petit sac qui sert dans C6 tour, on aura pratiqué une poche peu profonde qui sera placée dans l’intérieur, à environ un tiers de la profondeur, comme à la robe du petit Jean-des-Vignes, que tout le monde connaît.
En présentant ce sac, il doit contenir dans le fond une vingtaine de jetons ou de pièces de monnaie que l’on verse sur la table pour les compter. Ensuite on les reprend pour lés remettre daus le sac, mais au lieu de les jeter dans le fond, on les met dans la petite poche.
Alors, faisant semblant de les prendre à l’extérieur du sac, on fait le geste de les jeter sur l’assemblée, en disant : « Je les envoie dans la manche de Monsieur. »
La baguette dont on se sert pour frapper sur le bras de cette personne est creuse, et contient, dans la longueur du vide, un fil de fer fixé par une de ses extrémités dans un des bouts de la baguette. Ce fil, qui est très-flexibîe, frappe les parois intérieures de la baguette creuse, pour peu que l’on touche quelque chose avec, et produit un bruit qui ressemble au son que rendraient des pièces enfermées, frappées d’un petit bâton.
Après avoir feint d’envoyer invisiblement les pièces dans la manche de la personne désignée, vous retournez le sac pour faire voir qu’il ^n’y a plus rien dedans; mais, en le retournaut, vous appuyez les doigts sur la petite poche qui contient les pièces, et vous n’abandonnez pas la main de dessus; comme vous tenez le sac, cette main ne parait pas tenir autre chose.
Mais, eu remettant le sac dans son état naturel, c’est-àdire en le remettant à l’endroit comme la culotte du roi Dagobert, vous enlèverez légèrement les pièces qui sont dans la petite poche. Vous gardez ces pièces dans la main droite, à laquelle vous éviterez de laisser paraître un air gêné.
Vous jetez le petit sac sur la table, et vous prenez la baguette dont j’ai parlé tout-à-l’heure.
Vous allez auprès de la personne que vous avez indiquée
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et vous frappez quelques légers coups sur son bras. Il semble à l'oreille des spectateurs que vous touchez sur des pièces de monnaie qui sont sous de l’étoffe. Changeant la baguette de main, de la droite, vous prenez le bas de la manche dans laquelle sont censées les pièces, et en secouant cette manche, vous laissez tomber les pièces peu à peu. Elles semblent réellement sortir de la manche, quoiqu’elles sortent de la main droite dans laquelle elles étaient renfermées.
On peut, à la rigueur, se passer de la baguette que j’ai décrite; elle peut être remplacée par une baguette ordinaire, ou même toute autre chose, comme, par exemple, un couteau. Le bout de l’objet avec lequel vous frappez imprime à l’autre bout, que vous tenez dans la main, un contre-coup qui fait sonner les pièces, et ce bruit produit à peu près le même effet que celui qu’occasionne la baguette préparée ; mais il faut employer un peu d’adresse, qui n'est pas nécessaire quand on se sert de la baguette creuse.
SECTION XI
Joli tour de pièces volantes dans des mouchoirs.
On fait ce tour de plusieurs manières, mais je puis assurer que celle-ci est la plus ingénieuse et la plus nouvelle. Voici l’effet. •
On emprunte deux pièces de cinq francs que l’on fait marquer. On en met une dans un mouchoir que l’on a aussi emprunté, en faisant remarquer que l’on met bien la pièce au milieu de ce mouchoir. On donne cette pièce ainsi enfermée à tenir à une personne.
On demande un second mouchoir, dans lequel on met la deuxième pièce et que l’on donne aussi à tenir à une autre personne. On s’approche de celle à qui on a donné la première pièce, on retire cette pièce à travers le mouchoir, sans ouvrir le mouchoir et sans l’endommager; et de loin, on en-
voie cette pièce avec l’autre, que tient aussi dans un mouchoir la seconde personne. Au moment de l’envoi, on entend le choc des deux pièces qui se réunissent.
Explication. — On a d’abord une pièce de cinq francs cachée dans lè creux de la main droite. Les deux pièces ayant été empruntées et marquées, on les met sur la table.
On demande un mouchoir, que l’on étale sur la main droite. On prend, avec la gauche, une des deux pièces qui sont sur la table. Pendant que vous prenez celte pièce, vous saisissez avec le pouce et l'index de la main droite la pièce que vous tenez sous le mouchoir, et prenant du bout des doigts de la main gauche la pièce que vous venez de ramasser sur la table, vous la portez sur le mouchoir au point où il faut être pour pouvoir, en poussant cette pièce, fourrer une portion du mouchoir sous la pièce que vous tenez de la main droite par-dessous. Les doigts de cette main droite s’emparent de la portion du mouchoir pour en envelopper la pièce de l’intérieur.
On renverse le mouchoir sur la pièce, qu’on tient de la main gauche comme pour l’enfermer, mais on la laisse tomber dans cette main gauche, qui, à son tour, se trouve couverte du mouchoir. On garde cette pièce. On fait paraître l’autre, qui est enveloppée, et on la tient avec deux doigts de la main droite. Cette pièce semble réellement enfermée dans le mouchoir, quoiqu’elle soit en dehors, cachée par un pli, et elle est, pour les spectateurs, celle qu’ils vous ont vue mettro de la main gauche dans le mouchoir.
Pardon, cher lecteur, si mon intelligence ne va pas jusqu’à pouvoir vous décrire ce tour d’une manière plus explicite. J’en suis tout hors d’haleine, et la sueur jaillit de mon front, eomme l'eau d’un puits artésien. En conscience , vous me plaindriez si vous me voyiez dans cet état. Mais si jamais nous nous rencontrons, je vous ferai comprendre facilement, en deux minutes, ce que j’ai tant de peine à vous expliquer en trois quarts-d’heure.
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Comme je me scus un peu reposé par cette petite digression, je vais reprendre ma démonstration que la fatigue avait interrompue.
On donne cette pièce ainsi enveloppée à une personne, qui
tient entre deux ou trois doigts par les bords, en laissant pendre le mouchoir.'
On emprunte encore un mouchoir, et on va prendre la seconde pièce sur la table, que Ton joint secrètement à celle qui vous était restée dans la main gauche. On tient cesdeux pièces par les côtés, de façon à ce qu’elles ne paraissent en faire qu'une. On dit : « Je mets cette deuxième pièce dans le mouchoir que voici. » On les pose, de la main droite, sur le milieu, et la gauche les prend de deux doigts,, en laissant pendre le mouchoir dans lequel elles sont enfermées.
La main droite empoigne ce mouchoir par le bas, et on lâche une des deux pièces tenues par la main gauche. Cette pièce ne peut pas tomber, puisqu’elle est retenue par la main droite. On donne ce mouchoir à tenir à une deuxième personne, de la manière qu’on la tient soi-même, c’est-àdire avec les deux mains, dans une position à peu près horizontale.
Cette personne, tenant la pièèe d’une main, et, de l’autre, le mouchoir par le milieu, ne peut pas sentir la pièce qu’on a échappée, laquelle se trouve libre dans le mouchoir et entre les deux mains.
On revient à la première personne, on lui fait tenir le mouchoir par le milieu. On prend la pièce, que les spectateurs croient toujours enfermée, on la dégage du pli sous lequel elle est enveloppée, et on feint de la retirer à travers le mouchoir.
On se met devant sa table, et on dit à la personne qui tient toujours des deux mains l’antre mouchoir : « Madame, je vais envoyer cette pièce avec celle que vous tenez enfermée. Au moment où j’ouvrirai ma main, vous lâcherez la pièce, mais seulement la pièce; ne bougez pas l’autre main. Ne
vous trompez pas, surtout; autrement, il en résulterait une explosion qui ferait sauter tout le quartier, ou au moins nous lancerait avec la maison parla fenêtre. »
On feint de mettre la pièce dans la main gauche, on l’escamote dans la droite, que l’on pose sur le bord d'î la table pour laisser tomber la pièce sur le coussin de la tablette. Et ayant toujours tenu la main gauche fermée, comme si la pièce était dedans, on l'ouvre en étendant les doigts vivement, l’un après l’autre, mouvement qui donne du. mystérieux à, l’action. La personne qui tient le mouchoir, étant sous l’influence de la peur, d’après le terrible avis qu’on lui a donné, ne manquera pas de lâcher la pièce à temps opportun pour éviter toute catastrophe, et comme la pièce, par son propre poids, fera pencher le mouchoir vers le bas, celle qui était entre les deux mains tombera naturellement sur l’autre, et produira un bruit qui donnera à croire qu’elle vient d’arriver brusquement, poussée par une puissance magique.
SECTION XII
Autre joli tour de pièce volante dans un mouchoir.
Effet. — Qn met une pièce de cinq francs dans un mouchoir, et on fait observer qu’elle, est partaitemeut enfermée, mais que l’on a un moyen certain pour la faire sortir, sans ouvrir le mouchoir; et s’adressant à la personne à qui ce mouchoir appartient, on lui demande si elle veut permettre que l’on use du moyen dont on vient de parler. Elle répondra : oui, sans aucun doute. Alors on présente une paire de ciseaux à quelqu’un, et on fait couper un morceau du mouchoir, qu’on enlève avec la pièce et que l'on pose sur la table. On fait couper plusieurs fois; ensuite, ou prend tous les morceaux, on les approche d'une bougie, ainsi que le reste du mouchoir, on y met le feu et on frotte les deux parties l’une contre l’autre, ayant l'air de les souder. On finit le tour en
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prenant la pièce qui était restée sur la table et que l'on jette sur le mouchoir, comme pour l’envoyer où elle était avant d’avoir fait couper, et dans le moment la pièce paraît, aux yeux des spectateurs, enfermée dans le mouchoir comme elle était au commencement du tour.
Explication. — On a préparé une pièce de cinq francs dans un morceau carré de percale, que l’on tient dans le creux de la main, comme quand on escamote. On a soin de ne pas laisser apercevoir la percale.
Si, dans la séance, on s’est déjà servi d’un mouchoir blanc qu’on n’ait pas encore remisa la personne .qui l’aurait prêté, on pourrait en disposer pour le tour; dans le cas contraire, on en emprunte un. On demande aussi une pièce de cinq francs, que l’on fait mettre sur le mouchoir que l’ou tient étendu sur le bras gauche, en supposant que la pièce enveloppée serait dans la main droite. On renverse le mouchoir sur la pièce et on fait observer qu’elle est bien enfermée. Eu empoignant le mouchoir de la main droite par le milieu, on laisse pendre la pièce. C'est alors que, s'adressant aux spectateurs, on dit ; « On pourrait penser qu'il serait difficile, et même impossible, de faire sortir cette pièce sans ouvrir le mouchoir. Il y a cependant un moyen, Messieurs, que je veux bien vous communiquer, si Madame veut me permettre de l’employer. » Cette question s'adresse à la propriétaire du mouchoir. A. coup sûr, la dame donne son consentement. On présente des ciseaux à un des assistants, en l’engageant à venir couper le mouchoir, et tandis qu’il se prépare de grand cœur à cette exécution, on transporte le mouchoir dans la main gauche, qui s’en empare près de la pièce qui est dedans, et, avec la main droite, on prend cette pièce pour l’enfoncer de suite dans la gauche, en même temps que l’on y met le chiffon contenant la pièce qui représente celle du mouchoir. La main droite tient alors, avec les doigts, la pièce du chiffon. Cette opération se fait en un instant et dans cette disposition : ce qui parait du morceau de percale
semble faire partie du mouchoir, et la pièce qui est tenue dan$ la main droite passe toujours, aux yeux des spectateurs, pour être celle qu'on a vue mettre dans le mouchoir.
Pour résumer, on doit comprendre que la main gauche contient la pièce du mouchoir, refoulée dans le fond par la percale, laquelle percale est aussi contenue dans la même main; que la droite a dû reculer un peu pour venir prendre la pièce enfermée dans la percale, et donner à ce chiffon le plus d'étendue possible; enfin, que la position des mains simule bien le mouchoir qu’on donne à couper près de la pièce de cinq francs qu'il contient.
Je recommande de mettre le plus de percale possible dans la main gauche , pour pouvoir disposer d’un plus long bout, parce que, pour rendre le tour plus plaisant, on fait couper plusieurs fois.
On fait donc couper près de la pièce, que l’on va porter sur la table avec le morceau de percale.
On dit à la personne à qui appartient le mouchoir : Madame, je vois que Monsieur prend beaucoup de plaisir dans cette opération : permettez-vous que je lui donne cette satisfaction ?.... Allons, Monsieur, coupez, puisque cela vous amuse.» Et chaque fois que l’on veut faire couper, on demande permission à la dame. Ou va toujours déposer les morceaux sur la table. On garde le dernier, et étant retourné à la table, on allume ce morceau, ainsi que le bout que l'on tient de l’autre main avec le mouchoir. On frotte les deux parties ensemble, en feignant de se servir de cet expédient pour opérer le raccommodage; mais, en même temps, on roule ces deux morceaux ensemble, que l’on met dans le creux de la main et qu’on laisse tomber sur la tablette, par le mouvement déjà indiqué plusieurs fois.
On ramasse les autres loques, on fait encore semblant de les incorporer dans le mouchoir, on les roule de même, pour les faire aussi tomber sur la tablette.
Dans le temps que l’on mauœuvre ainsi, on dit: « Comme
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ce serait abuser de la complaisance de Madame, si je lui rendais son mouchoir dans l’état où Monsieur l’a mis, je crois qu’il est de mon devoir de réparer les petites brèches qu’on y a faites. Heureusement que j’ai un moyen très-expéditif et très-simple, comme vous voyez.
» Il ne me reste plus qu’à envoyer cette pièce dans le mouchoir, comme elle y était au commencement du tour. »
On prend celle qui était restée sur la table depuis la section du premier morceau, mais en la ramassant, on la fait couler pour la faire tomber sur la tablette. On feint de l’avoir dans sa main, que l’on tient fermée, et de la jeter sur le mouchoir. En môme temps, on laisse, par un mouvement de secousse, échapper la pièce qui était retenue dans la main gauche, et qui apparaît renfermée comme auparavant.
Il y a plusieurs manières d’escamoter la pièce que l’on feint de jeter en dcrqipr lieu dans le mouchoir. On peut, en faisant le geste de la jeter, la retenir dans le creux de la main ou entre les racines du pouce et de l’index; on la laisse tomber ensuite sur la tablette. On peut aussi, en faisant plusieurs fois le mouvement de lancer la pièce, la laisser tomber sur la tablette, toujours garnie d’un coussin. Pour se servir de ce dernier moyen, on se place à côté de la table, de façon à ce que la tablette soit près du bras qui agit.
Cette dernière manière d’escamoter la pièce est celle qqi est adoptée par un habile prestidigitateur belge, notre contemporain, nommé Courtois, et, soit dit en passant, aussi honnête homme qu’il est adroit.
SECTION XIII
Troisième manière de faire le tour de la multiplication
des pièces.
Effet. — On présente dans un plat un nombre quelconque de pièces de monnaie ou de jetons.
La personne à qui on les présente les prend pour les compter dans le plat. Je suppose qu'il y en ait vihgt-cinq; on les verse dans les mains de celui qui les a comptées. On en redemande cinq , que l'on fait envelopper dans un morceau de papier.
On prend cette espèce de papillotte, et on semble en tirer invisiblement les cinq pièces l’une après l’autre, pour les renvoyer dans les mains de la personne qui vient de les rendre ; ce qui a lieu en effet, car à la dernière des cinq qu’il parait envoyer, le prestidigitateur déchire le papier dans lequel il n’y a plus rien. La personne qui tient les pièces les recompte, et en retrouve vingt-cinq, bien qu’elle en ait rendu cinq.
Explication. — En présentant les vingt-cinq pièces pour les compter, on en a cinq autres dans les doigts qui sont sous le plat que l’on tient, et dans lequel on Lût compter. Quand ces vingt-cinq pièces sont comptées, on les verse dans les mains de la personne à qui on s’est adressé, et, en versant, on lâche celles qu’on avait dans les doigts, lesquelles se mêlent avec les autres. On se débarrasse du plat en le posant sur la table. Sur une autre table du fond, on va chercher un carré de papier, et, en même temps, un tampon aussi de papier, auquel on a donné la forme d’une papillotte qui contiendrait plusieurs pièces de monnaie. On tient secrètement dans la main gauche ce papier, qui doit être fort, pour mieux conserver la forme qu’on lui a donnée. On porte le carré de papier à la personne qui tient les pièces, en la priant d’en rendre cinq, et de les envelopper ou de- les faire envelopper. On prend ce papier, qui renferme les cinq pièces, et, en faisant semblant de le transporter dans la main gauche, on le retient de la main droite, en laissant paraître la fausse papillotte qui était cachée dans la main gauche. On va déposer légèrement ce faux paquet sur la table en se • plaçant de manière à pouvoir laisser tomber sur la tablette les pièces enveloppées qui étaient * retenues dans la main droite.
PIÈCES DE MONNAIE. 179
On reprend la papillotte fausse qui était sur la table, en disant : « Monsieur, je vais vous restituer les cinq pièces que vous m’avez confiées et que vous avez enfermées dans ce papier. »
Ou feint de les prendre l’une après l’autre à travers le papier, et de les envoyer avec celles qui sont dans les mains de cette personne. On déchire le papier pour faire voir qu’il ne contient plus rien, et on en jette les morceaux. On fait compter les pièces et on retrouve les vingt-cinq, quoiqu’on en ait retiré cinq.
Il ne faut pas manier vivement la papillotte creuse, de crainte que les spectateurs ne s’aperçoivent de sa légèreté.
Il y a encore quelques petits tours de pièces de monnaie dont je ne donnerai pas la description, parce qu’ils sont imprimés. On les trouve dans Ozanam et Decremps, et dans les compilations faites sur eux : par exemple, la pièce que l’on met dans un mouchoir et que l'on fait tomber dans une assiette, et de là dans un gobelet placé sous la tàble; ce qui s’exécute par le moyen d’un fil qu’on attache à la pièce, et au bout opposé duquel fil est aussi attachée une épingle pliée pour l’accrocher au mouchoir.
On trouve de môme ce petit tour de pièce volante connu de tout le monde, qui se fait avec une pièce cousue dans un coin du mouchoir; les deux pièces qui changent de mains, que l’on fait à l’aide de deux pièces différentes que l’on donne à souder ensemble après qu’elles ont été diminuées de moitié sur l’épaisseur, par exemple une pièce de deux francs et une de cinq centimes.
IJ y a encore deux ou trois tours tellement connus, que ce n’est pas la peine d’en parler, d’autant moins que je suis pressé de commencer le deuxième article de cette seconde partie.