‹ La sorcellerie ancienne et moderne expliquée, ou, Cours complet de prestidigitationChapitre 21 sur 64 · ARTICLE II · texte numérisé non relu

ARTICLE II

DU JEU DES GOBELETS

INTRODUCTION

On trouve, dans les trois ouvrages originaux que j’ai mentionnés, des détails assez étendus sur le jeu des gobelets, principalement dans Guyot, qui a emprunté d’un Allemand, comme je l'ai déjà dit, une série de passes ingénieusement combinées; aussi, tous les compilateurs s’en sont-ils empàrés.

Mon but n’est donc pas de répéter ce qui a été dit sur ce sujet; si j’en parle, ce ne sera que pour faire connaître les améliorations qui ont été faites à cette partie de la prestidigitation.

Ce jeu, quoique très-ancien, est toujours vu avec plaisir. Ce qui prouve son mérite, c’est d'avoir survécu au temps, et, bien qu’il soit facile à exécuter, on le considère généralement comme la partie constitutive de la prestidigitation; aussi, diton communément, en parlant d’un faiseur de tours : C’est un joueur de gobelets.

Pour jouer commodément des gobelets, il faut se servir d’une table telle que je l’ai décrite dans la première partie, article II, section VI. La tablette de cette table sert de gibecière. On appelle ainsi le sac que les escamoteurs mettent devant eux en manière de tablier, et dans lequel ils serrent tous les objets dont ils ont besoin. Il a plu aux prestidigitateurs et professeurs de physique amusante d’appeler servante cette tablette dont je viens de parler.

On nomme passes, les tours que l’on fait avec des gobelets.

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Je ne donnerai pas la description de ces gobelets : on la trouve partout, et il n'y a point de ferblantier qui ne sache les faire, soit en fer-blanc, soit en cuivre.

Les petites boules avec lesquelles on joue sont en liège; on leur a donné le nom de muscades, parce qu’anciennement on noircissait ces petites boules en les brûlant à la flamme d'une chandelle ou bougie, pour lës rendre plus légères, de sorte que leur couleur et leur forme les faisaient assez ressembler à cette noix odoriférante dont elles portent le nom.

SECTION Ve.

De la manière d'escamoter la muscade.

Jusqu’à présent, on n’a donné connaissance que d’une manière d’escamoter la muscade; j’en admets deux, et c’est au moyen de la deuxième que l'on exécute les passes les plus surprenantes, parce que l’on peut escamoter plusieurs muscades ensemble, au lieu d’une seule. Nous allons bientôt en parler.

. Pour se mettre en état de bien jouer des gobelets, il n’y a que deux choses à apprendre, savoir : escamoter la muscade dans ses doigts, et l’introduire sous le gobelet; le reste n’est plus qu’affaire de mémoire.

Pour escamoter la muscade de la manière usitée ordinairement, prenez-la avec le pouce et l’index de la main droite. Pliez l’index, ce qui le fait reculer en faisant rouler un peu la muscade, qui doit alors poser sur la première phalange du grand doigt. Ramenez l’annulaire en dedans de la main, pour donner plus d’écartement entre lui et le grand doigt. Roulez avec le pouce, la muscade dans cet écartement, relevez l’an-, milaire, et cette muscade doit se trouver placée juste entre les premières phalanges du doigt du milieu et de l'annulaire, et contre les racines de ces deux doigts, enfin, au bas et entre la fourche formée par ces deux doigts.

Sorcellerie expliquée . 16

Prestidigitation.

Voilà ce qu'on appelle escamoter la muscade ; il faut le faire avec tout le naturel possible, sans lenteur ni précipitation. Vous vous exercerez d’abord avec une muscade plutôt petite que grosse, parce que vous la forez tenir plus facilement dans les doigts.

Quaud vous commencerez à pouvoir exécuter ce que je viens d’expliquer, habituez-vous, en escamotant la muscade, à faire le geste de la mettre dans la main gauche, laquelle vous devez fermer à temps en retirant la main droite.

Pour vous accoutumer à un mouvement naturel, mettez réellement la muscade dans la main gauche en retirant la main droite. Examinez effectivement l'effet si simple de cette action, et attachez-vous à bien imiter cet effet en escamotant, de sorte que l’on ne trouve pas de différence entre le mouvement que vous ferez en escamotant la muscade et celui que vous feriez en la mettant effectivement dans la main. Ceci est plus important qu'on ne pense : c’est le moyen de tromper les yeux des escamoteurs mêmes.

Observez la même chose dans le cas où vous posez le gobelet sur la table, en y introduisant la muscade, ou quand vous ne mettez rien dessous. N’affectez jamais de frapper fortement avec les gobelets, comme le font la plupart de ceux qui eu jouent; il n’est pas naturel de poser un objet avec la brutalité d’un homme en colère.

Voyons maintenant comment on introduit la muscade.

Il faut prendre le gobelet le plus bas possible, afin que la muscade qui est entre vos doigts soit au-dessous du bord; ainsi, en le prenant, l’index doit frôler la surface de la table.

Lorsqu’on lève un gobelet pour y introduire une muscade, c'est toujours sous le prétexte de faire voir qu'il n'y a rien dessous, et, en le reposant, on chasse vivement la muscade avec l’annulaire. Ces deux actions de poser le gobelet et de chasser la muscade dessous doivent se faire en un seul temps.

On sait maintenant comment on escamote la mussade et

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comment on l’introduit sous le gobelet. Il reste à dire comment on la reprend d'entre les doigts pour paraître la tirer d’une baguette ou de tout autre objet.

C'est bien simple, il suffit de la prendre avec le bout du pouce pour la faire rouler vers l’index, qui fléchit afin de la saisir conjointement avec le pouce. Tout ceci se fait ên un seul temps et dans le même moment que l’en retire le bout des doigts de l'objet qu’on a pincé comme pour en prendre la muscade, qui paraît subitement entre le pouce et l’index. Ce mouvement doit avoir la rapidité d’un ressort qu’on laisse échapper. Avec un peu de pratique, on arrive aisément à cette exécution.

Deuxième manière d’escamoter la muscade.

La deuxième manière d’escamoter la muscade est de la placer dans la paume de la main absolument comme la pièce de monnaie. On tient d’ahord cette muscade au bout de l’index et du pouce, comme étant la manière la plus convenable et la plu3 naturelle de la tenir ; mais, pour l’escamoter, on la roule avec le pouce sur les bouts et entre les deux doigts du milieu. Ces deux derniers doigts, en fléchissant, portent la muscade entre les deux bourrelets qui forment la paume de la main ; le plus grand doigt appuie sur la muscade pour bien l’asseoir. Ce mouvement des doigts se fait en feignant de mettre la muscade dans la main gauche. Pour la reprendre, c’est l’annulaire qui va la chercher et qui l’attire en la faisant rouler jusqu’à ce que le pouce puisse s’emparer et la repasser sur le bout de l’index. Dans cette opération, le petit doigt aide un peu l’annulaire.

Cette manière de reprendre la muscade est plus difficile que dans le premier procédé ; il faudra s’y exercer davantage.

• Mais, pour mettre la muscade sous le gobelet dans cette deuxième méthode, c’est peut-être plus aisé encore que dans la première.

Lorsque vous prenez le gobelet, Panuulaire et le petit doigt vont chercher la muscade, et, en l'attirant, la placent naturellement sous le gobelet, qu’on n'a plus qu’à poser sur la table en lâchant la muscade.

On peut facilement mettre deux muscades dans le creyx de la maiu, mais l’une après l’autre; il faut placer celle qui vous semble la plus petite en premier, et si vous en mette» une entre les doigts, selon la méthode ordinaire, vous en tiendrez trois sans être gêné. Par ce moyen, on peut faire des tours de gobelets très-surprenants, et quand on aura bien l’habitude de manier plusieurs muscades, commo je viens de l’expliquer, on pourra soi-même improviser une infinité de passes qui dérouteront tous les joueurs de gobelets, qui ne connaissent pas l’avantage que donne la facilité d'escamoter plusieurs muscades à la fois.

SECTION II

Remarques sur les principes décrits par Ozanam.

Quelques personnes ont cru, d'après Ozanam, que l'on pourrait escamoter plusieurs muscades en les mettant entre les doigts, c’est-à-dire en en plaçant une entre le pouce et l'index, une deuxième entre l’index et le grand doigt, enfin une troisième entre le grand doigt et l'annulaire. C'est ainsi •qu’Ozanam l’enseigne.

Mais, comme il est évidemment impossible de jouer des .gobelets en plaçant les muscades de cette manière, j’en conclus qu’Ozanam n’en savait pas jouer. En effet, comment prendre un gobelet par le bas, qui est la partie la plus large, sans risquer de .-laisser échapper la muscade qui est entre l’index et le pouee, puisqu'il faut que le pouce s’écarte 'de toute la largeur du gobelet? D’ailleurs, quand on a trois muscades placées entre les doigts, on est obligé de tenir cas doigts serrés l’un contre l’autre. Cet état de la main, n'étant

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pas ordinaire, donnerait un air gauche qui inspirerait des soupçons. On a beau tenir cette main étendue, comme Ozanam le recommande, cela ne ferait que rendre la gaucherie plus apparente. Ce n’est pas tout ce qu’Ozanam dit de singulier dans son instruction : il explique que, pour introduire la muscade sous le gobelet, il faut faire passer l’une après l’autre toutes celles qui sont dans la main, entre l'annulaire et le petit doigt. Ce qui prouve /absurdité de ces principes, c’est que, depuis plus d’un siècle qu'Ozanam les a écrits, on n'a pas vu une seule personne qui se soit avisée d’en faire usage.

Je vais copier littéralement, dans son ouvrage, les articles dont il est question, pour que le lecteur en juge lui-même. Voici ce qu'Ozonam dit, d'abord pour l'escomatage de la muscade :

« Lorsque vous voudrez mettre la balle que vous avez » escamotée sous un gobelet, vous la ferez sortir d’entre » vos deux doigts, en la poussant avec le second doigt » dans le troisième, et vous ploierez le troisième doigt pour » la tenir; vous prendrez le gobelet par le bas et le lèverez » en l’air, et, en le rabaissant vite, vous mettrez la balle de- -» dans. »

Maintenant, voici ce qu'il dit pour l'escamotage de trois muscades :

« La huitième passe est de mettre trois muscades dans » votre main, une entre le pouce et le premier doigt, la » deuxième entre le premier et le deuxième, et la troisième » entre le deuxième et le troisième. Vous frottez les mains » l'une contre l’autre, et les frappez même ensemble, et vous » dites : « Messieurs, vous voyez qu'il n’y a rien dans mes n mains, » et vous faites voir sous le premier gobelet qu’il »» n’y a rien, et en levant, vous y mettez la balle qui est on- » tre le deuxième et le troisième doigt ; mais vous aurez » soin, auparavant, de la faire couler dans votre troisième » doigt, afin de la mettre facilement sous le gobelet. Lors-

a que tous l’aurez mise dessous, vous ferez coulez la balle » qui est entre le premier et le deuxième doigt, dans le troi- » sième doigt, comme la première ; vous lèverez le deuxième » gobelet, en disant qu’il n'y a rien , et mettrez une balle » dessous en le rabaissant; ensuite vous, tirerez la balle que » vous tenez dans le pouce, et la mettrez dans le même doigt » où vous avez mis les autres. Pour lors, vous lèverez le » troisième gobelet, et, faisant voir qu’il n’y a rien dessous,

» vous y mettrez la troisième. Enfin, vous levprez les trois », gobelets l'un après l'autre, et vous faites voir qu'il y a une » balle sous chacun. »

Le lecteur pourra se convaincre par lui-même que tous ces déplacements de muscade dans la main sont impraticables, qu’il est hors de doute qu'Ozanam ne savait pas jouer des gobelets, et qu'il a été induit en erreur par les personnes qu'il a consultées, à moins que ses présomptions ne l'aient trompé lui-même.

On m’objectera peut-être qu’il n’est guère croyable qu’on ait traité d'un art manuel, sans se l’être rendu familier par ,1a pratique. Cependant il n’y aurait rien d’étonnant à cela, le pourrais citer plusieurs exemples, et de diverses natures, à l'appui de mon opinion; mais, pour ne point trop m'écarter de mon sujet, je ne ferai mention que. d'un fait qui m'est personnel. ,

l'ai dit que j'avais connu M. Decremps assez particulièrement. Dans nos entrevues, il aimait à parier de tours. A cette . .époque, j’en faisais déjà assez adroitement, surtout avec, des , cartes.

, La première fois que je lui en fis, sur son invitation, je . n'étais pas hardi, le le regardais comme un critique clairvoyant et sévère, car j’avais lu- ses ouvrages/.et surtout sa description des principes sur les . cartes faite avec beaucoup d'intelligence. Mais je fus bien surpris quand il me demanda, d’un air très-étonné, si je n’exéoutais pas les tours»; que je lui faisais par d'autres moyens que ceux qu’il connaissait, le

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lui répondis que je n'employais que ceux qu'il avait si ingénieusement expliqués dans son Testament de Jérôme Sharp , et que je ne comprenais pas comment il ne s'en était pas aperçu. — « Alors, je conçois maintenant, » répliqua-t-il, « que c'est parce que vous les avez, faits avec tant de légèreté, que mes yeux n'ont pu saisir vos mouvements. » Dans cet entretien, il prit les cartes et essaya de faire sauter la coupe : il plaçait très-bien les doigts pour cela, on voyait Tju'il connaissait les principes; mais, après plusieurs tentatives infructueuses, il laissa tomber les cartes en partie. — «‘ Vous voyez, me dit-il en les ramassant, « que je suis bien maladroit. — Ma foi, » lui répondis-je, « Monsieur Decremps, :|Je vois, dans le fait, que vous n’ètes pas aussi adroit des doigts que de la plume. » El il m'avoua qu'il ne pouvait faire aucun tour d'adresse, qu’il avait toujours été curieux de connaître les moyens de les exécuter, mais qu'il en avait abso- • Jument négligé la pratique.

On voit, par cette petite anecdote, que Decremps ne savait pas exécuter les tours de cartes ; néanmoins, il a pu en —décrire très-bien les principes, parce qu’ils lui avaient été ' bien enseignés, Mais, si on lui eût donné de mauvais moyens, il n'aurait pu en apprécier la fausseté ; il aurait pensé que, dans l'exécution, tout ce qui était impraticable pour lui, pouvait être facile pour d'autres qui auraient acquis plus d'adresse par l’exercice. C'est le cas où s’est trouvé Ozanam dans le jeu des gobelets, comme Decremps dans les tours décrits dans sa Magie blanche, pour lesquels il n'a point été tà portée de recevoir des explications sincères d’un professeur de bonne foi. Revenons à nos muscades.

Je., dis et j’assure que, pour bien escamoter,, on ne peut . tenir librement plusieurs muscades dans sa main, que comme ^je^’ALe.xpUqué. L’expérience le prouvera aux personnes qui .yppdront eni faire.l’essai. ,

SECTION III

Deuxième manière de feindre de mettre la muscade sous le gobelet.

Tous ceux qui ont écrit sur le jeu des gobelets n’ont donné qu’une manière de feindre de mettre la muscade dessous. C'est, en faisant semblant de la mettre dans la main gauche, de prendre le gobelet de la droite, d’en couvrir la muscade supposée et de faire le geste de la mettre sur la table en faisant couler le gobelet sur la main ; bien entendu que l’on ne doit ouvrir la main gauche qu’au moment où elle est couverte par le gobelet. ,

Cette manière de feindre de mettre la muscade sous le gobelet, est celle qui est employée par tous les prestidigitateurs. On peut aussi en employer une autre pour rompre la monotonie ,qui résulte de l'usage constant de la première; il semble que cette seconde, que je vais proposer, est plus naturelle ; mais je conseille de se servir de toutes les deux, tantôt de l’une, tantôt de l’autre, pour faire diversion au mouvement uniforme d’une seule.

Voici cette seconde manière :

Tenant la muscade de la main droite, on ne la change pas de main, ou plutôt on ne feint pas de la changer de main. On lève le gobelet de la main gauche, et en escamotant la muscade dans la main droite, on fait le mouvement de la mettre sur la table, en la couvrant en même temps du gobelet que l'on tient de la main gauche. C’est absolument le même effet que si on mettait réellement la muscade sur la table en la couvrant du gobelet, en supposant que, posant la muscade avec le pouce et l’index de la main droite, on couvre cette muscade du gobelet en même temps qu’on la lAcbe.

Maintenant je vais parler de quelques passes qui ne sont

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décrites nulle part. Ces passes seront un supplément à celles qui ont été publiées dans les ouvrages que j'ai cités, et, de toutes ces passes différentes, on pourra, avec un peu d’intelligence, composer un jeu qui aura l’apparence de la nouveauté, en supprimant avec goût celles qui paraîtront inutiles et celles qui auront trop de rapport avec d’autres.

SECTION IV

De quelques passes qui ri ont jamais été publiées jusqu’à ce jour.

Le jeu des gobelets qui se trouve dans l'œuvre de Guyot est le meilleur de tous ceux qui ont été publiés.

Cepeodant il y a plusieurs passes insignifiantes qui le rendent languissant, et que je conseille de supprimer; telles sont, par exemple, la seconde, la troisième, et puis celle de la fin, que l’on joue avec six muscades pour faire le changement de couleur. Ces passes n’ont rien de saillant, font paraître le jeu trop long, ce qui lui retire cette vivacité et cette jpiimation qui en font Je charme.

Je vais expliquer le jeu que je me suis composé, sans parler des passes que l'on peut improviser quand on y est disposé, otquel’on voitqu'oa fait véritablement plaisir aux spectateurs.

-Mettre une muscade sous chacun des trois gobelets , et faire trouver de suite, sous celui du milieu, les muscades qui étaient sous ceux des coins , les trois gobelets riayant été levés qu’une seule fois pour y mettre les muscades.

Je pose trois muscades sur la table, en affirmant que.je ne joue jamais qu'avec trois (on sait que la principale vertu de l’escamoteur est de bien mentir). Je fais voir que je n'en (^i

point de cachées dans les mains. J'en prends une des trois, et en feignant de la mettre dans la main gauche, et de là sous un gobelet des coins, je l'escamote dans le creux de la main droite. J'en prends une seconde; cette fois, pour plus de facilité, je l’escamote entre les doigts, en feignant de la mettre sous l'autre gobelet du coin. Je prends enfin la troisième ; mais, pour le coup, je la mets effectivement dans la main gauche, avec les deux que je tenais cachées dans la main droite, et je les mets toutes trois sous le gobelet du milieu. Alors je commande à celles qui sont sous les gobelets des coins de passer invisiblement sous le gobelet du milieu. Je découvre' ce gobelet et je fais voir que les muscades y sont passées. Je lève les gobelets des coins pour montrer qu’il n’y a plus rien dessous.

Je prélude ordinairement par cette passe, pour persuader aux spectateurs que je ne joue qu'avec trois muscades ; je continue par la passe suivante.

SECTION Y

Mettre ostensiblement une muscade sous chaque gobelet, et faire disparaître du même coup ces trois muscades»

Je prends ces trois muscades l’une après l’autre, en feignant d’en mettre une sous chaque gobelet; mais je les escamote dans la main droite, et, comme toujours, quand on en escamote trois, en en mettant deux dans le creux de la main et une entre les doigts. Les assistants ayant vu prendre ces muscades sur la table, sont bien persuadés qu’elles sont sous les gobelets.

Je prends la baguette et je dis : « Messieurs, pour vous prouver que cette baguette a réellement une propriété magique, je vais faire rentrer invisiblement ces trois muscades dans son intérieur. »

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En prononçant ces mots, je laisse tomber sur la tablette les trois muscades que j'avais dans la main droite.

Je pose un des bouts de la baguette sur la tète d'un gobelet, et touchant des doigts cette baguette^je fais couler la main de bas en haut, comme pour faciliter l’intromission des muscades, en activant la puissance magique. Je fais la même opération sur chaque gobelet, ensuite je les découvre, et on voit qu’il n'y a plus de muscades. Pour plus de conviction, on montre l'intérieur de ses mains.

En remettant de la main gauche les gobelets en place, on reprendra secrètement de la droite une muscade sur la tablette, et on continuera de jouer par la première passe du jeu de Guyot.

Si on veut rendre ce jeu plus vif et plus pressé, on passera de la première passe à la quatrième, de la quatrième à la neuvième, et on continuera sans interruption jusqu’à la onzième inclusivement.

La onzième passe terminée, on la fera suivre immédiatement de deux jolies passes très-faciles, que je vais donner, parce qu’elles n’ont jamais été publiées. Voyez les deux sections suivantes.

SECTION VI

Mettre les muscades Vune après Vautre sur la tête d’un . gobelet , couvrir ce gobelet d’un deuxième , et faire que , chaque fois , la muscade qui était sur la tête du gobelet tombe dessous sans aucune cause apparente.

La onzième passe étant finie, vous retirez les ti . is muscades qui étaient sous le gobelet, vous les posez sur ia table, et, en remettant le gobelet en place, vous introduis» * dessous la muscade qui était restée dans votre main. Vous en prenez une des trois qui sont sur la table, et vous la mettez

sur la tête du gobelet sous lequel il y a une muscade. Vous couvrez ce gobelet d’un autre et vous remuez l’index au-dessus, comme si ce mouvement était nécessaire à l’opération. Ensuite vous renversez les gobelets avec le bout du doigt; les spectateurs voient sur la table la muscade qui est censée être celle que vous venez de mettre sur la tète du gobelet. E’ooverture des gobelets renversés doit se trouver du côté des assistants. Vous prenez de la main gauche ces gobelets par l'ouverture, que vous ramenez vers vous en tenant de la main droite la tète de celui de dessus. Les têtes de3 gobelets doivent se trouver en bas, par conséquent l’ouverture est en haut. En séparant les deux gobelets, la muscade qui était entre eux se trouve naturellement au fond de celui que vous tenez de la main droite; vous n'avez donc qu’à poser tout simplement ce gobelet sur la table à l’endroit où il y a déjà une muscade, et celle qui était dans le gobelet roule et tombe auprès de l’autre. Vous faites la môme chose jusqu'à ce qu’il y ait trois muscades sous le gobelet; alors, vous laissez la quatrième entre les deux gobelets, et vous profitez de cette circonstance pour faire la passe suivante.

SECTION VII

Faire passer les trois muscades par-dessous la table , dans un gobelet que Von tient V ouverture en haut.

Lorsqu’ea dernier lieu vous avez renversé les deux gobelets pour faire voir les trois muscades, vous prenez de la main gauche ces gobelets par la tête, l'ouverture en haut. Vous vous servirez de la main droite pour retirer lé gobelet de dessus, c'est-à-dire celui qui est dans l'autre. Vous le poserez sur la table, n’en ayant plus besoin. Il vous reste donc Cèlui que vous tenez de la main gauche, l'ouverture en haut. Vous n’avez pas oublié que la quatrième muscade, que von«

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avez mise sur la tête du gobelet que vous venez de mettre à l'écart, reste dans le fond de celui que vous tenez, ce dont les spectateurs ne se doutent nullement. Alors vous dites :

« Messieurs, vous venez de voir passer ces trois muscades de haut en bas à travers le gobelet; maintenant, je vais faire quelque chose de plus merveilleux, en. les faisant passer de bas en haut, au travers de la table, dans le gobelet. »

Vous prenez une des trois muscades, et en mettant la main droite sous la table, tenant le gobelet de la main gauche en dessus, vous escamotez la muscade dans les doigts. Vous renversez alors sur la table la muscade qui était dans le gobelet, et que l'ou croit être celle qui est entre vos doigts. Vous reprenez cette même muscade que vous venez de faire paraître et la remettez dans le gobelet ; mais vous mettez avec, celle qui était dans vos doigts. Vous prenez une seconde muscade, que vous escamotez de même sous la table. Vous faites voir les deux qui- sont dans le gobelet, en le renversant. Vous les reprenez encore pour les reporter dans le gobelet, et toujours en y joignant celle qui est dans vos doigts; enfin vous faites de même pour la troisième. Quant à la quatrième muscade qui reste dans vos doigts, vous la gardez pour vous servir dans les passes subséquentes.

Avec les trois muscades qui sont restées sur la table et celle qui est entre vos doigts, vous continuez de jouer en reprenant la douzième passe de Guyot ; vous allez jusqu’à la quatorzième, qui est celle de la multiplication des muscades, après laquelle on fait les passes de balles moyennes et de ' grosses balles, qui terminent le jeu de gobelets que j’ai adopté.

J’ai remarqué qu’en se bornant là, le jeu en paraissait plus piquaut et plus animé, et qu’en allant plus loin, il commençait par languir ; le spectateur alors n’y prête qu’une demiattention, et, comme l’exprime uu dicton vulgaire : Il vaut mieux le laisser sur la bonne bouche.

Sorcellerie expliquée. 17

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SECTION VIII

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De la multiplication des muscades.

Cette dernière passe, que je fais avec des muscades, et que l’on nomme la multiplication, est peut-être le plus simple et en même temps le plus brillant des tours de gobelets. Il consiste à paraître retirer de dessous les gobelets une quantité indéterminée de muscades qui semblent se reproduire sans cesse, quoique cependant on n’en retire aucune. Je vais la décrire en peu de mots, bien qu’on la trouve dans les ouvrages qui* traitent de prestidigitation ; mais, si j’en parle ici, c’est parce que je termine cette passe d’une toute autre manière que ceux qui l’ont expliquée.

Une muscade étant sous chaque gobelet, et une quatrième entre les doigts, on prend un chapeau que l’on tient de la main gauche. Alors on lève de la main droite un gobelet, pour découvrir la muscade qui est dessous. En reposant le gobelet, on y introduit la muscade qui était entre les doigts. On prend celle que l’on vient de découvrir, et on feint de la mettre dans le chapeau en l’escamotant entre les doigts. Od revient au second gobelet, qu’on lève de même, pour découvrir la muscade, et qu'on repose en introduisant celle qu’oo tient cachée dans les doigts. On prend la muscade découverte, et, comme la première fois, on l’escamote en feignant de la jeter dans le chapeau. Même opération avec le troisième gobelet. On continue cette manoeuvre aussi longtemps qu’on le veut. Les spectateurs prennent toujours pour de nouvelles muscades, celles qu’ils voient reparaître sous les gobelets, quand ils croyaient qu’il n’y avait plus rien dessous.

On peut finir cette passe de deux manières, soit en montrant qu’il n’y a point de muscades dans le chapeau, soit en en faisant trouver.

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Dans le premier cas, on prie une personne d'étendre un mouchoir pour recevoir les muscades; on feint d’en verser, et on se retire en recommandant à la personne de n'en perdre aucune.

Dans le second cas, lorsqu’on veut faire trouver des muscades dans le chapeau, il y a un moyen très simple et plus facile qu’on ne pourrait le croire. Je ne conseillerai pas de se servir de l'expédient qu’indique Guyot : de faire construire im vase à double fond, à bascule, dans lequel on cache des muscade ; ce moyen est trop naïf pour le temps présent.

Voici celui que j'emploie : Avant de commencer la multiplication, je prends de la main droite sur la gibecière de la table, une poignée de muscades qqe j'avais disposées d’avance bien en prise. Je m'approche de l'assemblée pour demander .un chapeau ; j'ai soin de présenter un peu le côté gauche, afin de masquer suffisamment mon bras droit, que je laisse pendre contre la hanche. Je prends de la main gauche le chapeau que l'on m’offre, et je demande en même temps un mouchoir, que je fais mettre dans le chapeau. Alors, transportant ce chapeau de la main gauche à. la droite, je laisse .tomber dedans les muscades que je tiens daus la main, au moment où j'en empoigne les bords. Ce mouvement, qui doit être fait en un clin-d’œil, ne peut pas être aperçu, parce que le corps du chapeau cache entièrement la main droite aux yeux des spectateurs, daus l’instant où je le change de main en y jetant les muscades.

Le mouchoir que je fais mettre dans le chapeau sert à amortir le bruit des muscades en tombant. Son emploi occupe l'esprit des spectateurs, qui ne peuvent comprendre à quoi il peut être nécessaire dans cette circonstance.

SECTION IX

Passe des moyennes balles.

Ayant renversé les muscades sur la table, pour finir la précédente passe (je retire le mouchoir avant), je fais le tour des balles moyennes; mais, pour le lier avec la multiplication que je viens de terminer, et avoir occasion de prendre secrètement une balle sur la tablette où elfes sont préparées, j’entretiens les spectateurs en leur disant, par rapport à la dernière passe de muscades : « Messieurs, ceci n’est qu'un échantillon de ce que je pourrais faire ; car, avec le temps, il me serait facile de multiplier ces muscades dans une telle quantité, qu’il y en aurait de quoi emplir plusieurs barriques; mais ce serait trop abuser de votre patience. Ce que je me permettrai en ce moment, sera de faire changer de grosseur et de couleur les muscades qui restent sous les gobelets. »

En parlant ainsi, je prends secrètement une balle sur la tablette, que je place dans le creux de ma main droite, et, en levant un des trois gobelets pour découvrir la muscade qui était en dessous, j'introduis la balle en le reposant. Je prends la muscade que je porte sous la table, en disant que je vais la renvoyer sous le gobelet. Je laisse cette muscade sur la tablette, et je prends une balle que je mets toujours, bien entendu, dans le creux de ma main.

Je reviens au second gobelet, que je lève de même pour y introduire la baile en le reposant, et prendre la muscade pour la porter sur la table et feindre de la faire passer au travers, comme précédemment. Enfin, je fais de môme pour la troisième muscade ; mais, cette derniere, je la laisse sur la tablette, sans rien reprendre.

Ces trois balles moyennes, qui doivent être du volume d’une grosse noix, étant sous les gobelets, on est arrivé au moment de faire la passe des grosses balles, dont le diamètre doit remplir toute la capacité des gobelets.

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SECTION X

Fasse des grosses balles.

Cette passe n'est pas la plus difficile du jeu des gobelets, et cependant elle en est la plus frappante. Voici, la manière de l'exécuter:

On se souvient que la table sur laquelle on opère est élevée, que la tablette est à la portée de la main et que l’on peut prendre dessus tout ce dont on aura besoin, sans être obligé i.de faire un léger mouvement de corps, qui donnerait à croire . que l'on veut atteindre à quelque chose, ce qui détruirait l'illusion nécessaire pour étonner le» spectateurs.

Les balles sont préparées sur la tablette, du côté gauche, et bien en prise. Parmi ces balles, on en placera deux ou trois qui seront bien élastiques et peu bourrées; il faudra t les séparer assez des autres pour que la main puisse les distinguer au besoin Tout -étant ainsi disposé, vous prenez une 3 balle de la main gauche, et, en levant un des gobelets de la i main droite, pour découvrir une balle moyenne, vous approchez de vous ce gobelet, un peu en avant.de la table, et vous , y fourrez légèrement la balle, qui doit tenir d’elle-même i tout en la mettant; cependant, pour plus de sûreté, vous lui i donnez un petit coup du doigt du milieu de la main droite en posant le gobelet sur la bible. Cette introduction de la grosse balle dans le gobelet se fait plus promptement que i l'éclair, sans, toutefois, laisser paraître ce mouvement.

Les spectateurs le voient d’autant moins, que votre main gauche est cachée par le bord de la table, ainsi que le got belet, qui vient s’offrir à la balle pour la recevoir.

J'ai ici une recommandation importante à faire, et à laquelle il faut se conformer scrupuleusement, si on veut faire une illusion complété dans cette passe des grosses balles: c'est qu'en les introduisant dans les gobelets, il faut bien se

garder de faire remuer le moins du monde le bras gauche ; le poignet seul doit faire le mouvement.

La méthode que je viens de donner pour mettre les grosses balles dans les gobelets est, selon moi, la meilleure, parce que le gobelet ne change pas de main. Celle que l'on trouve dans Ozanam ne doit être employée que pour les balles moyennes.

Je vais continuer notre passe, que j'ai interrompue par des réflexions qui s’y rattachent et qui étaient nécessaires.

Vous mettez une balle sous le second gobelet, de même que vous avez mis la première. Comme je l'ai dit. ces balles doivent tenir seules dans les gobelets. Pour la troisième, on emploie une feinte qui, en trompant les spectateurs, les étonne et les égaie.

Aussitôt que vous aurez mis la grosse balle sous le deuxième gobelet, vous dites, en faisant remarquer la moyenne que vous venez de découvrir : — « Vous voyez, Messieurs, que les muscades sont changées de couleur et de grosseur. » Et, pendant le temps que vous prononcez ces mots, vous prenez de la main gauche une grosse balle sur la tablette, et, posant cette main sur le bord de la table, comme par inattention, vous laissez un peu apercevoir la balle que vous tenez en la soutenant avec le pouce. Alors, en levant le troisième gobelet, vous le rapprochez de la main gauche, en faisant légèrement le geste d'y mettre quelque chose, dans le même moment que vous laissez tomber sur la tablette la balle que vous teniez. Le gobelet étant posé, tous les spectateurs croient que vous y avez fourré la balle qu’ils ont aperçue un instant, et ne manquent pas, du moins en partie, de murmurer et de se récrier sur votre maladresse.

Vous prenez un air déconcerté, en demandant le sujet du mécontentement qu'on vous témoigne. On vous répondra indubitablement qu'on vous a vu mettre une balle sous le gobelet. Vous répliquez en disant que l'on se trompe, et que, s’il y avait quelque chose, vous seriez le premier à le savoir.

JEÜ DES GOBELETS.

Vous lèverez perpendiculairement les deux premiers gobelets. Les balles, se maintenant dans l'intérieur, ne paraissent pas. On criera : « Sous l'autre ! sous l'autre ï » se réjouissant d'avance de votre embarras présumé. Alors, en renversant les gobelets, vous dites avec un grand sang-froid : « Non, Messieurs, pas plus sous celui-ci que sous les autres. »

Les spectateurs, voyant qu’il n'y a rien où ils comptaient bien voir une balle, conviennent de leur désappointement, tout en se trouvant mystifiés.

SECTION XI

Suite de la passe précédente.

Après avoir prouvé aux spectateurs qu’il n'y a rien sous les gobelets, vous dites : « Mais, Messieurs, vous me croyez donc bien maladroit? Pensez-vous que si je voulais faire trouver des balles sous les gobelets, j’irais les mettre lourdement comme ceci ? »

En parlant, vous prenez sur la tablette une balle élastique et une autre balle dans la même main, qui est la gauche, et, faisant semblant d'en tirer une de votre poche, vous les mettez toutes deux dans le gobelet, en prononçant les deux derniers mots de ce que vous venez de dire. Notez que les spectateurs croient que vous n'en avez mis qu'une, parce que la balle élastique, étant pressée, se réduit à très-peu de volume. La balle solide étant la première dans la main, entre aussi la première dans le gobelet, et y reste ; l’autre retombe sur la table en reprenant sa sphéricité. Cette balle est prise pour celle qui est restée dans le gobelet, et, continuant de parler, vous dites : — « Non, Messieurs, si je voulais escamoter de grosses balles, vous ne me les verriez pas mettre ; au reste, je peux vous en donner la preuve. Prêtez bien toute votre attention, je vais en faire passer sous les gobelets : je vous préviens, vous voyez que j’y mets de la franchisé. Il est d’a-

b,ord nécessaire de vous faire voir qu’il n’y a jriçn sous J^s gobelets. »

Vous les levez, et, en les reposant, vous frappez un pçfit coup sec pour faire tomber les balles qui sont dedans.

,Yous continuez de parler en opérant; vous, direz: « Je prends trois grosses j balles dans ma poche, et je les, pose $ur la table comme vous voyez. (On ne prend rien, et on pe met rien sur la table).. Je vous avertis. Mesdames, que ces balles sout magpétisées, de façon à rester invisibles aux yeux dçs personnes qui auraient la conscience un peu chargée, c’està-dire qui auraient commis quelques petits péchés dans le courant du jour; mais je crois bien que personne, ici, n’est dans ce cas-là. Vous lps voyez. Mademoiselle? Oh ! pardon de l’indiscrétion. Je vais continuer le tour. Je prends celle-ci (qui est supposée sur la table, on ne prend rien), et je la fais passer au travers de ce gobelet. Je prends cette grosse rouge (on ne prend toujours rien), et je la fais passer également au travers de ce second gobelet; je prends, enfin, cette troisième, et je la fais passer aussi au travers de ce dernier gobelet. Maintenant, Messieurs, je vous demande si vous avez

vu passer ces balles dans les gobelets? Non Cependant

les voici. »

En découvrant les gobelets l'un après l’autre, vous y mettez une nouvelle balle de la manière que j'ai expliquée. Ces balles sont toutes disposées sur la tablette. Après ces dernières, vous en mettez encore d’autres. On peut réitérer jusqu’à ce que la table en soit toute couverte.

On conçoit bien que l’on peut mettre sous les gobelets toute autre chose que des balles. On peut y introduire des pommes, des pèches, des oranges, etc., et métne des bouquets que l’on pffre aux dames. Il ne serait guère plus difficile d'escàmolér de petits animaux; avec un peu de hardiesse.

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ou réussirait.

Je ferai observer, qu’à partir des premières balles, il ne làut pas que celles qui suivent tiennent dans les gobelets ; ou

JEU DES COBELETS.

les maintient un peu avec l'annulaire, en les posant sur la table. Je le répète, cette passe des grosses balles, très-réjouissante pour les spectateurs, est peut-être la plus facile pour l'exécutant, d’autant plus que, chaque fois qu'il lève les gobelets, les yeux des personnes présentes sont attirés comme malgré elles sur ce que l’on découvre, et ne font point attention qu'au moment où vous faites sortir une chose, vous en mettez une autre sous le gobelet.

Souvent on termine cette multiplication en paraissant faire sortir des objets d’un volume quatre ou cinq fois plus étendu que la capacité des gobelets, ce qui se fait dans le moment que l’on découvre une balle ou un fruit. On applique vivement ces objets contre l’ouverture des gobelets, et les maintenant en -dessous avec les doigts, on secoue comme s’ils avaient de la peine à sortir. Les spectateurs, ayant encore les yeux fixés sur ce que vous venez de découvrir, sont trèssurpris de voir paraître subitement ces nouveaux objets, qu'ils croient sortir des gobelets, et ne conçoivent pas comment ils pouvaient y être contenus.

Je ne m'étendrai pas davantage sur le jeu des gobelets, m’étant prescrit une loi de n’écrire, en fait de tours composés, que ce qui n’avait pas encore été imprimé, à moins que ce ne soit pour relever les imperfections de quelquesuns déjà publiés, ou pour les améliorer par des procédés nouveaux.

*11 me reste maintenant à donner une idée des feintes qu’on doit employer dans cette partie de la prestidigitation. C’est, comme je crois l'avoir déjà dit, par le moyen de ces feintes et en les plaçant à propos, que l’on peut dérouter les spectateurs dans toutes les conjectures qu’ils pourraient former, et en même temps rendre ce jeu plus brillant et plus merveilleux.

On comprend bien que je n’ai pas l’intention de recommencer la description du jeu des gobelets, pour y placer toutes les feintes dont les passes sont susceptibles : je n’ai

202 prestidigitation.

besoin que d’en donner un ou deux exemples pour mettre l’amateur sur la voie ; c’est à lui, alors, à en imaginer selon qu'il le jugera convenable pour faire valoir ses Jours et les rendre plus étonnants.

Je vais prendre les premières passes venues , ou , pour vous prouver que je ne choisis pas, je prendrai la première du jeu de gobelets et une du milieu pour établir mes exemples.

Je vais commencer par la première.

SECTION XII

Passe exécutée avec des feintes.

D’abord, il est convenu que le spectateur doit croire que l’on peut tirer de la baguette magique ou du grand dois* de la main gauche, un nombre infini de muscades.

La première passe se joue avec une seule muscade, mais on feint d’en tirer trois de la baguette, pour en mettre une sous chaque gobelet. On foint ensuite de retirer les muscades par la tète du gobelet et sans lever ceux-ci, et de mettre chaque fois ces muscades à sa poche. ( Voyez Ozauam et Guyol.) Voilà comme se fait sèchement cette première passe.

Mais le spectateur croit-il ou ne croit-il pas que l’on met et retire ainsi les muscades? Il pçut, au moins, en douter. L'essentiel, ici, est de le persuader. Voici comme je fais cette passe.

Après avoir parlé de la propriété intarissable de ma ba- -guette, je me dispose à en tirer une muscade; mais, comme .par réflexion, je montre l'intérieur de mes mains pour faire voir que je n'en ai point, en affirmant que les personnes cjui pensent que les joueurs de gobelets les cachent dans leurs .doigts, spnt dans l’erreur. Je me mets une seconde fois en position de tirer une muscade; je m’arrête encore, coma*' si je faisais une nouvelle réflexion, et je dis : « Beaucoup de

JEU DES G0BÉ8ÉTS. ' 203

personnes croient aussi que Ton se sert des manches pour cacher tous les objets qu’on ne veut pas laisser paraître : je vais les relever, pour prouver que cette opinion est encore une erreur. »

Je commence par relever la manche droite, et en relevant la gauche, je prends une muscade que j’y avais mise d’avance et que je place entre mes doigts. Cette même muscade me sert pour toute la passe.

Les assistants étant persuadés que je n’avais pas de muscades de cachées, j’en tire une et je feins de la mettre sous le premier gobelet. Je n’ai pas besoin de dire que je l’escamote dans les doigts.

J’en tire une deuxième, et celle-ci, je !a mets réellement sons le gobelet du milieu. Je feins de vouloir en tirer une ' troisième, mais je m’arrête, en supposant que je crois avoir entendu quelqu’un dire que j’ai des muscades dans la main ; .et, m’adressant à l’assemblée, je dis, comme pour répondre à la personne qui vient de m’accuser : « Non pas. Messieurs, je vous l’ai déjà affirmé , je n’ai pas de muscades cachées comme on vient de le dire : regardez mes mains, et vous verrez qu’elles sont absolument vides comme la bourse d’un poète. Ne croyez pas non plus que je ne fais que semblant de mettre les muscades sous les gobelets ( on lève celui où on vient do mettre la muscade) : vous voyez que je les mets réellement. »

En prononçant ces derniers mots, on pose le gobelet sur la table, à côté de la muscade. On reprend cette muscade, que l’on met dans la main gauche, et en faisant le geste de la remettre sous le gobelet à la manière ordinaire, on la fait rouler au-delà du gobelet, comme par maladresse; on la rattrape de suite et on l’escamote dans les doigts, en feignant de la remettre sous le gobelet avec le pouce et l’index de la main droite.

Ayant fait cette dernière féinte, je tire une troisième fois la muscade de la baguette, et je la mets tout de bon sous le troisième gobelet. Je fais observer qu’il y a une muscade

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