TOURS PE
ia boite. Ce couvercle doit entrer aisément. A l’endroit de te réunion de la boile avec sa deuxième partie, il y a un rebord à chacune d’elles, mais très-peu saillant. Celui de la boite est en fil-de-fer recouvert de fer-blanc. Celui du faux fond est plat et un peu saillant sur l’autre, ce qiii aide à enlever qette pièce avec le couvercle, quand il en est besoin. Quand on veut laisser cette deuxième partie sur la botte, ou retire
couvercle légèrement ; et quand on veut enlever cette pan- &e, on serre le couvercle en prenant par le rebord plat dont jp viens de parler, et sur lequel pose le couvercle.
Ces boites sont connues des prestidigitateurs sous le nqv 4e boites au sucre et au café.
Manière de faire le tour.
Préparation. — Dans la partie de dessus, que l’on pourrait appeler faux fond, ou double fond, on met à l’une des bottes quelques morceaux de sucre. Dans cette même partie de l’autre boite on met du café en grain : les boites paraissent pleines, bien qu’il y ait peu de l’un et de l’autre.
Vous remplissez de sucre la .vraie boite au-dessus de laquelle vous avez mis du café, et de café la boîte sur laquelle est le sucre.
;Ces dispositions prises, vous ouvrez les ,t>oltes en enlevant les parties de dessus avec les couvercles, que vous po$e? $ur la table. Vous faites voir le sucre, et le café que vous verse? entièrement, comme je l'ai dit, ,dans d'autres vases, et .vous remettez l’un et l’autre dans leum bottes.
Comme les spectateurs remarquent naturellement celle où est le sucre et celle qui contient le café, il faut trouver qp moyen de détourner leur attention et de leur faire perdue ide vue ce que l’une et d’aulre de ces folles contiennent.
Dans ce but, vous preuez ces boîtes comme ,par distraction ; vous en mettez une sous un bras et gardez l’autre à. la main.
Vous les changea plusieurs fois, comme pour les tenir d'une manière moins embarrassante.
Vous faliés éette manœuvre en avançant vers les spectateUTS> püuV présenter à K un d’eux une petite baguette que vous tenez aussi à la main.
VoUs priez Éette personne de venir toucher les boites avec cette baguette. En arrivant à votre table, vous posez les boites dessus ; mais vous feignez de ne plus savoir ce que chacune contient.
Les spectateurs, qui ont cessé de les suivre de vue, le savent encore moins que vous. Vous levez les couvercles seulement, et ofl voit le sucre et le café qui sont dans les fausses boites. Vous les éloignez l’une de l’autre, en recommandant de ne pas oublier ce que chacune renferme.
Vous remettez les couvercles, et vous dites à la personne que vous avez fait venir près de vous : « Monsieur, cette baguette que vous tenez a, comme l'aimant, deux pôles dont les effets sont opposés* Touchez les boîtes avec ce bout-ci..... —Vous allez voir qu’il n'y a rien de changé. »
Vous retirez les couvercles seulement, et on voit le sucre et le café toujours dans les mômes boites. Vous refermez en disant: « Maintenant, Monsieur, touchez avec l’autre bout...» Tous enlevez,* cette fois, les fausses boites avec lés couvercles, et on voit que, dans la boîte où était le sucre il y a un tftoment, è’est le café qui s’y trouve, et que, dans l’autre, se trouve le sucre en place du café que l’on venait d’y voir. Vous versez l’un et l’autre dans des vases, et vous montrez l’intérieur des boites, en faisant remarquer qu’il n’y a absolument rien.
Les prestidigitateurs ont toujouis fait et font encore ce tour de la manière qui vient d’être décrite; mais Conus père a imaginé de l’exécuter d’une autre façon, qui, tou t en ra-. jeunissant le tour, lui donne une forme plus agréable. Au lieu de sucre et de café, il se servait d’un mouchoir blanc et d’un mouchoir de couleur. Dans les fausses ouvertures des
TOURS DE SALON
boites, il faisait coudre ou coller, dans l'une, un morceau de mousseline ou de batiste, et, dans l’autre, un morceau d'étoffe pareille à celle du mouchoir de couleur. Gomme ces mouchoirs sont fournis par le prestidigitateur, il peut choisir ceux qu’il veut.
Du reste, c’est la même manière d’opérer dans l’exécution du tour.
SECTION XII
Boules changeantes.
L'analogie qui existe entre ce tour et le précédent me fait penser à le placer immédiatement après. Cette ingénieuse combinaison est de l’invention d’un amateur allemand, de ma connaissance, assez fort sur la prestidigitation, et qui a bien voulu que je la publie. En même temps que le tour est joli, il donne le moyen de tirer parti de ces boules abandonnées dont il est question dans la section IX de ce chapitre, et l'on va voir que l’on peut encore s’en servir avec avantage.
Ces boules, décrites au commencement de la section que je viens de citer, doivent être très-grosses pour produire plus d’effet. On en prend deux. Les boites doivent se ressembler sous tous les rapports.
On peint une de ces boules en rouge et l’autre en noir. On peint les coques de même. La coque noire se met sur la boule rouge, et la coque rouge sur la boule noire.
Il est inutile d’entrer dans de plus amples explications, car c’est la même marche pour conduire le tour et la même manière d’exécuter que dans celui qui précédé : toute la différence, c’est qu’au lieu de se servir de mouchoirs, on se sert de boules.
On ne peut se faire une juste idée de ce tour que quand on l’a vu faire. Ceux mêmes qui connaissent la construction de ces boites sont déroutés, parce qu’ils voient plusieurs
fois les boules véritables, que l’on montre dans leur entier, quand ils pensent que l’on va ne faire paraître que les coques, et ils en sont à douter qu’il y ait réellement de ces dernières.
SECTION XIII
Tour des •pyramides.
Ce ne sont pas des pyramides d’Egypte que je veux parler, car je pense qu’elles seraient déplacées dans un cabinet de physique, et jamais je ne m’aviserai d’en faire l’acquisition, dans le cas où on les mettrait en vente. D’ailleurs, je ne crois pas qu’un prestidigitateur, quelque habile qu’il soit, puisse les trouver commodes pour jouer des gobelets. Et, je le dis sans jactance, malgré la haute renommée de ces pyramides, je doute qu’elles soient aussi merveilleuses que les miennes. Celles-ci ont encore cet avantage que, quand je ne m’en sers pas pour faire des expériences, je puis en orner ma cheminée, et, pour cet usage, on me donnerait les pyramides d’Egypte pour rien, que jè n’en voudrais pas.
Les pyramides que je vais décrire ne doivent leur nom qu’à leur forme. Parlons d'abord de leur effet.
On pose sur la table trois petits socles que l’on fait visiter. Sur chaque socle des coins, on pose un grand gobelet vide.
Sur le socle du milieu on met une carafe remplie d'eau et de vin, moitié de l’un et moitié de l’autre.
On couvre ces trois objets chacun d’uae pyramide, dont on fait voir l’intérieur.
On prend un long ruban, que l’on attache par le milieu à la pyramide qui couvre la carafe, et on attache les deux extrémités aux deux pyramides des coins. Alors le prestidigitateur annonce que, par cette communication qu’il vient d'établir, au moyen du ruban, entre les pyramides qui cou-
Sor relier ie expliquée. ' 23
TOURS DE SALON
vrent les gobelets, et celle du milieu qui couvre la carafe pleine, et par le concours de la baguette magique, l’eau et le vin vont sortir de la carafe, et se rendront séparément dans les gobelets, au choix des spectateurs, c’est-à-dive que le vin ira dans le verre que l’on désignera, et que l’eau ira dans l’autre.
Le choix étant arrêté, le prestidigitateur fait couler lentement la baguette le long du ruban, ensuite il retire ce ruban et lève la pyramide du milieu. On voit la carafe vide. Il lève les deux autres pyramides, et le verre désigné pour le vîn en est plein, et l’eau se trouve dans l’autre verre.
J’ai vu des savants, assistant à cette expérience, se mettre l’esprit à la torture pour se rendre raison de ce phénomène. Un médecin voulait l'expliquer par le système de la transfusion du sang , un chimiste, par la sympathie, dont la vertu opère invisiblement et à distance, témoin la fameuse poudre du chevalier Digby; un physicien, par l’attraction électrique; un magnétiseur, par la force de la volonté; un métaphysicien, par l’antipathie qui existe eptre le vin et l’eau, antipathie si bien comprise des joyeux buveurs, qui appellent immorale l’union de ces deux êtres (1). Enfin, un naturaliste, qui improuvait toutes ces conjectures, après avoir bien cherché, et n’ayant rien trouvé, dit, pour décider la question, qu’il fallait que le diable s’en mêlât. S’il persiste dans son opinion, on peut le désabuser facilement, en lui donnant l’explication toute naturelle que voici.
Les pyramides soot faites en fer-blanc peint, tronquées à leur sommet et surmontées d’une petite boule qui leur sert d’ornement et qui sert aussi pour attacher les rubans.
(,; Et n’ont-ils pas raison? Oui, entre !e Tin et l’eau, il j a incompatibilité cfb«meur; on ne doit pas le» unir ensemble ; car, qa’e»(-ce qne l’eau? une conrente! qui, touvent, porte le tronble et la déaolation partout oit elle patte. Tandis que le tIb, bon par nature, te lient, jusqu'à la fia de tes jours, bicnibuant et paisible dans le palais de Diogène.
On donne ordinairement à ces pyramides environ 30 centimètres de hauteur.
Dans la partie supérieure de celles des coins, en dedans, existe un réservoir qui doit pouvoir contenir deux grands verres de liqueur. Pour construire ce réservoir, on fixe un fond à la distance convenable des sommets pour avoir la capacité dont je viens de parler.
Ce réservoir est partagé en deux parties égales, par une cloison qui va du fond au sommet et qui est soudée partout, de sorte que*ce réservoir en forme deux.
Sous chacun de ces deux réservoirs est ajusté un petit tuyau de 5 ou 6 centimètres de longueur, et au-dessus, à l’extérieur, sur les deux côtés du sommet, on fait un petit trou pour laisser circuler l’air et introduire la liqueur dans les réservoirs.
La «*rafe est percée au fond, et doit pouvoir contenir autant de liqueur que les deux gobelets en contiennent ensemble, et chaque gobelet doit être de la capacité de chaque réservoir. Le socle sur lequel on pose la carafe doit pouvoir recevoir aisément, dans son intérieur, toute la liqueur que cette carafe contient. Pour que la liqueur puisse entrer, le socle est percé de petits trous qui ne se voient point, parce que le fer-blanc dont sont faits les socles est peint d’une couleur brune. •
Les deux socles des coins sont faits comme celui du milieu, en forme de boite plate; toute la différence, c'est qu’à ceux-là il n’y a point de trous. La pyramide du milieu est toute simple; elle n'a, bien entendu, point de réservoir, ni rien de particulier.
Préparation de ces pièces au moment de faire le tour.
On bouche le trou du fond de la carafe avec une petite boulette de cire. Pour emplir les réservoirs des pyramides dont on doit couvrir les gobelets, on commence par bouclier
TOURS DE SALON
les petits tuyaux qui sont dans leur intérieur; ensuite, avec un entonnoir dont le tuyau est très-menu, on met, par le trou qui est au-dessus de chaque réservoir, dans l'un, un verre d'eau, et dans l'autre, un verre de vin, et on bouche aussi ces trous avec une boulette de cire; mais, pour ne pas se tromper, on bouche le trou du réservoir à l’eau avec de la cire blanche, et celui du vin avec de la cire rouge.
.Quand ces, boulettes de cire sont mises sur les trous, on débouche les tuyaux de l’intérieur des pyramides. Il n'y a pas de danger que la liqueur en sorte, car cette disposition fait l’effet d'une pompe à vin qui serait pleine, et dont on aurait bouché une des ouvertures.
Vous emplissez la carafe en présence de l’assemblée, en y mettant un verre d'eau pure et un verre de vin, et vous la posez sur le socle en la couvrant de sa pyramide, eâ même temps (pie vous ôtez du doigt la boulette de cire qui bouche le trou fait au fond de ladite carafe.
Vous demandez alors dans lequel des deux verres, celui de droite ou celui de gauche, on veut que le vin passe. Si, par exemple, on indique le verre de gauche, on prend une pyramide; en en couvrant ce verre, on retire la boulette rouge avec le doigt, et en couvrant l’autre verre, on retire la boulette blanche.
Vous attachez le ruban, et, pendant ce temps et celui employé pour la pantomime de la baguette sur le ruban, les liqueurs s'écoulent, -et quand vous levez les pyramides, on voit la carafe vide et les gobelets emplis de la liqueur demandée.
Pour dérouter davantage les spectateurs, on peut, en commençant le tour, assurer que les pyramides sont toutes simples, sans aucun apprêt ; et, en parlant, on montre de loin l'intérieur de celles des coins, et comme cet intérieur est peint en noir, on ne peut pas apercevoir le fond ni lè petit tuyau. 4)n les repose, et on prend celle du milieu. On avance vers les spectateurs en frappant des doigts sur cette pyramide, et
oo la met entre les mains de quelqu’un. Les assistants, voyant qu’il n’y a rien à celle-là, pensent naturellement que les autres sont de même.
On en peut faire autant des socles, en prenant ceux des coins sans affectation et comme premiers venus; mais il faut employer cette ruse avec adresse et naturel.
SECTION XIV
Tour du plumet.
Effet. — On emprunte une pièce de cinq francs, que l’on fait marquer.
On emprunte aussi un grand châle, dans lequel on enferme la pièce. On donne le tout à tenir, en priant la personne à laquelle on s’adresse de se saisir, du bout des doigts, de la pièce ainsi enfermée, de sorte que le châle demeure pendant.
On demande une tabatière, et on la pose sur la table. Ensuite, on prend un long tube dans lequel on introduit un grand plumet ; on ferme ce tube, et on le donne à tenir à quelqu’un, après avoir fait remarquer, en rouvrant le tube, que le plumet y est réellement.
On prend la tabatière qui était sur la table, et on la donne aussi à tenir. On reprend la pièce et le châle de la main de la personne qui les tenait, et, au travers du châle, on retire la pièce et on l'envoie dans la tabatière que tient une autre personne ; puis on commande au plumet qui est dans le tube de venir dans le châle prendre la place de la pièce. On relève le châle, et on montre le plumet. On fait ouvrir la tabatière ; on y trouve la pièce marquée. On ouvre aussi le tube pour faire remarquer qu’il n’y a plus rien.
Explication. — Il faut deux plumets pareils : à l’un d’eux, on fixe à la queue une pièce de cinq francs, ou, pour ne pas percer une pièce de cette valeur, on s’en procurera une fausse
TOURS DE SALON
ou une médaille de peu d'importance, qui serait de même diamètre.
Il faut encore un tube ou étui en cuivre ou en fer-blanc, qui puisse contenir le plumet dans toute sa longueur. Le fond de ce tube se retire à voionté : il entre comme la cuvette d’une tabatière .ronde entre dans son couvercle, c'est-à-dire qu’il entre à gorge dans le tube, en laissant une légère saillie en dehors, formée de^on propre fond.
Dans le haut de ce tube, il y a une fausse ouverture faite à peu près comme celles qui sont sur les boites au sucre et au café, mais un peu plus profonde ; le couvercle se met de même par-dessus, et peut aussi s’enlever seul, ou avec la fausse ouverture, en pressant avec les doigts.
Cette fausse ouverture sert à contenir un bout de plumet qui donne l’apparence du plumet véritable.
Ce tour se fait au commencement d’une séance ou d’uqe partie de séance, parce qu'il faut placer le plumet à la pièce dans l'intérieur de la manche de l'habit, tout de son lopg et de façon à ce que la pièce vous touche la paume de la maiu.
.On emprunte une pièce de cinq francs que l’on fait marquer. On emprunte aussi un châle, dans Je milieu duquel on feint de mettre la pièce par-dessous ; et comme, pour faire ce semblant, on est obligé d'étaler le châle le long dû bras, au lieu de mettre la pièce marquée, on la garde dans la main et on tire celle qui tient au plumet, lequel plumet vient avec et se trouve totalement caché par le châle.
On prie une personne de tenir du bout des doigts cette pièce enfermée, et le châle se trouve naturellement pendant. Alors on demande une tabatière, et en allant la poser sur 1a table, on y introduit adroitement la pièce de cinq francs qui restait dans la main.
On prend le tube duquel on a été .le fond qu’on a posé sur la gibecière, ^t, à ,1a vue de tous, on met dans ce tube le plumet qui était resté sur la table.
Comme le tube est ouvert par le bas, et que vous êtes devant votre table, le plumet tombe dessous sans que personne puisse s’en apercevoir. On remet adroitement le fond qu'on reprend sur la gibecière, on ferme l’étui, et on le donne à tenir à quelqu’un, après l’avoir ouvert pour montrer que le plumet y est toujours ; mais on ne fait voir que le bout du plumet, parce qu’on a eu soin de ne retirer que le couvercle.
Ces dispositions prises, on va chercher la tabatière qui était restée sur la table, et on prie un des spectateurs de la mettre dans sa poche. On reprend le châle de la main de la personne qui s’en était chargée, et toujours par la pièce attachée au plumet. Alors on feint de prendre cette pièce au travers du châle et de l’envoyer dans la tabatière; puis on commande au plumet, qui est dans le -tube, de venir dans le châle à la place de la pièce.
On découvre le plumet, en ayant soin de tenir la pièce cachée dans le creux de la main. On fait ouvrir la tabatière, dans laquelle on trouve la pièce marquée que l’on fait reconnaître ; et ouvrant le tube, en enlevant la fausse ouverture avec le couvercle, on fait voir qu’il n'y a glus rien.
On peut simplifier le tour en supprimant la pièce qui tient au plumet, et l’emploi de la tabatière, qui n’est qu’accessoire au tour. On se sert alors d’un bout de crayon, que l’on feint de placer sous le cbàle, mais que l'on retient dans la main en donnant à tenir la baleine du plumet à sa place. On feint de retirer le, bout de crayon an travers du châle, comme on {fait avec la pièce. On commande au plumet renfermé dans d’étui de venir dans le, châle, :on lève ce châle et on fait voir 4e plumet. On montre l’intérieur du tube pour prouver qu’il est yide.
On peut encore faire ce tour plus simplement et sans.se -servir de tube. Alors, on a plusieurs plumets placés dans ses manches, et on les fait paraître dans le châle l’un âjfrès tPautre. . 1
Ayant emprunté : m jflhàle, pn dût, en Intendant sur son
TOURS DE SALON
bras : « lî n’y a rien dans ce cliàle, comme vous voyez ? » On tire un plumet, eu prenant le châle par le milieu ; on continue en disant : « Mais si; je crois sentir quelque chose.» On découvre un plumet. — « En voici encore un ! — Encore un autre ! ! !... »
On comprend que chaque fois que l’on veut tirer un plumet, il faut jeter le châle sur son bras, sous prétexte de faire voir qu’il n’y a rien dedans. On peut mettre deux plumets, dans chaque manche, pourvu qu’elles soient un peu larges. Il faut alors manœuvrer le châle par des mouvements bien naturels et bien légers.
Nota. — Je crois que l’on pourrait faire trouver dans le châle d’autres objets que des plumets, tels que des fleurs, des drapeaux, etc., toutes choses que l’on peut placer facilement dans les manches.
Ceci me fait penser à un joli petit tour qui n’est connu que de très-peu de professeurs. Ce tour fut imaginé en ma présence par un habile prestidigitateur, qui l’a exécuté dans une séance donnée devant une nombreuse assemblée, et qui en a été très-bien accueilli. Je vais le décrire.
SECTION XY
Multiplication des drapeaux.
On fera une certaine quantité de petits drapeaux de diverses couleurs. La manière de les confectionner est bien simple : on choisit des morceaux d’une étoffe très-mince, et on les coupe longs et étroits. On leur donne 10 ou 12 centimètres de longueur, sur 3 ou 4 de largeur ; ou les attache ou on les colle par un bout à des brins de bois très-menus, tels que de petites branches de bouleau ou d’osier. On en assembler une douzaine, et on les roule fortement ensemble ; on n’en laisse qu'au d’étendu. En tenant ce paquet, le dos de la main se trouve naturellement en face des spectateurs, et on
EXÉCUTÉS SANS AIDES. l!7o
ne peut voir les hampes des drapeaux. Et comme il n'y a qu’un drapeau d’étendu, qui cache lui-même aux yeux de6 personnes .présentes le petit rouleau qui se trouve de votre côté, il semble réellement que vous n’en tenez qu’un seul.
On prépare trois ou quatre petits paquets semblables, on en met un ou plusieure dans sa manche, on en met aussi sous l’habit.
Ces dispositions faites, on fait naître une occasion pour exécuter le tour, ce qni est facile. Par exemple, vous vous adressez à un enfant qui vous aura rendu quelques petits services, comme de tenir une boite, de prendre des cartes, etc. Alors, vous lui dites : « Mon ami, pour vous récompenser de votre obligeance, je vais vous donner quelque chose, afin que vous vous souveniez de moi. »
Vous allez chercher un paquet et vous dites à l’enfant : « Voulez- vous accepter ce drapeau? il vous fera grandir, s» vons le tenez toujours sur vous. » L’enfant accepte volontiers; mais vous regardez d’autres jeunes gens, et, comme si vous remarquiez qu’ils convoitent aussi un drapeau, vous dites : « Messieurs, je vois que vous désirez que je vous fasse le même cadeau? hé bien! je vais vous satisfaire. » Alors, vous roulez vivement les hampes entre vos mains, et on voit les drapeaux se développer, se multiplier et présenter un volume considérable ; vous les distribuez ; mais, quand vous êtes arrivé au dernier, vous profitez d’un demi-tour de corps pour tirer habilement un paquet de la manche, et vous le joignez vite au drapeau qui vous reste, et, sans interruption, vous roulez de même entre vos mains ce nouveau paquet, et vous faites encore une distribution. Vous procédez toujours ainsi jusqu’à ce qu’il ne vous reste plus de paquets.
La description de ce petit tour ne peut pas donner une idée de son effet, surtout quand on connaît le moyen de le feire avant de l'avoir vu. Mais que l’on réfléchisse que, s’il e|t fait avec adresse, les spectateurs ne voient qu’un seul* drapeau et sont bien persuadés qu’il n’y en a qu’un ; que l’on se
TOURS RE SALON
figure leur étonnement quand ils voient apparaître une multitude de drapeaux qui semblent émanés d'un seul que l’on n’a pas quitté des yeux. Ce tour est aussi brillant au théâtre qu’au salon.
SECTION XVI
Transposition singulière.
Ce Uur est très-agréable et bien facile à exécuter. On pourrait, en le voyant, le prendre pour de l’escamotage ; il n’en est rien : son eîfet n’est dû qu’à la construction des pièces dont on se sert, comme on va le voir; et on sait que l’escamotage ne s'opère qu’au moyen de l’adresse et de la légèreté des mains, sans le secours d’aucun objet mécanisé. Ainsi, par exemple, quand, dans un lieu où se trouvent réunies un grand nombre de personnes, il y en a une qui, voulant moucher son nez pour mieux savourer une prise de tabac, ne trouve plus dans ses poches ni mouchoir, ni tabatière, on peut être certain que, dans cette multitude, il y a un facétieux escamoteur qui, par désœuvrement, vient de faire un tour de son métier, en opérant la transposition desdits objets de la poche d’un autre dans la sienne.
Pour notre tour, il faut d’abord un vase en bois de la forme dite Médicis. Depuis le milieu du pied de ce vase jusqu’au fond de sou ouverture, passe un fil-de-fer aux deux extrémités duquel est fixé un bouton plat qui le maintient dans sa position ; et, dans le pied, est placé un petit ressort à boudin à travers duquel passe le fil-de-fer. Par le moyen de ce ressort, quand on pousse avec le doigt le bouton du bas, celui du haut, qui est dans l’intérieur du vase, se lève et laisse ouvert le trou circulaire où se place le bouton.
La partie inférieure du vase, qui a la forme d’une demi- $hère, est creuse et évidée le plus possible.
Cette partie, qui est destinée à recevoir la graine que l’on
met dans le vase, tient à vis à la partie supérieure. On appelle cette pièce vase au millet.
Voici son effet : on met du millet dans le vase; si Ton pousse le bouton du bas, alors, celui du haut, se levant, permet à la graine de couler dans la partie inférieure. On laisse redescendre les boutons en lâchant le doigt, et le vase parait vide.
Maintenant, il nous faut encore une pièce. C’est un gobelet d’escamoteur, dans l'intérieur duquel est placée, environ au milieu, une soupape à ressort, qui est maintenue en dedans par un crochet qui correspond en dehors par un petit bout de fil-de-fer qui sort par un trou percé sur le côté, à peu de distance de la tête du gobelet, de sorte que, si l’on pousse cette pointe avec le pouce, en prenant le gobelet, le crochet laisse échapper la soupape qui s’ouvre brusquement.
Au bout de cette soupape est ajoutée une espèce de cuillère qui fait le crochet; elle est aussi en fer-blanc, et sert à ramasser les objets qu’on met sur la table et que l’on couvre du gobelet. Cette pièce se nomme gobelet à ramasser.
Manière de faire le tour. — On emplit d’avance de millet la partie du gobelet qui est entre la tète et la soupape. On ferme cette soupape et le millet est maintenu.
Vous vous présentez avec le vase dans la main gauche et un œuf caché dans la main droite. Vous montrez l’intérieur, pour faire voir qu’il n’y a rien, et, sous prétexte de faire remarquer que ce vase n’est pas percé, vous le transportez vivement de la main gauche à la droite , en y introduisant l’œuf que les doigts maintiennent dans l’intérieur, en même temps que le pouce soutient le vase en dehors; et vous montrez le dessous du pied.
Vous reprenez le vase de la main gauche, et, en présence de l’assemblée, vous l’emplissez de millet, et, comme ce millet cache l’œuf entièrement, vous pouvez exposer le vase à la vue des spectateurs.
TOURS RE SÀLON
Vous prenez un œuf, que tous faites visiter, vous le mettez sur la table et vous le couvrez d’un gobelet.
Vous annoncez que vous allez faire venir le millet sous le gobelet, et que l’œuf, qui est sous ce gobelot, va prendre la place du millet qui est dans le vase. Vous montrez encore une fois le vase rempli de millet ; vous le couvrez de son couvercle, et aussitôt vous poussez le bouton de dessous, et le millet tombe dans la partie inférieure du vase crt laisse l’œuf isolé. Vous levez le gobelet, pour faire voir que l’œuf y est toujours, et, en le reposant, vous poussez avec le ponce la petite pointe qui fait ouvrir la soupape. Le millet tombe en même temps que la cuillère de la soupape ramasse l’œuf elle retient dans l’intérieur du gobelet.
Vous faites l’attouchement de rigueur avec la baguette, sur le vase et sur le gobelet, vous levez l’un et vous découvrez l’autre, et les spectateurs voient l’œuf dans le vase et plus de millet, et le millet sous le gobelet en place de l’œuf qui y était.
SECTION XVII
Tour du gros dé.
En 1831, un dé à jouer, d’un volume gigantesque, ayant un mètre cube, fut trouvé dans un désert d’Afrique par une caravane arabe. Ce dé fut apporté au Caire, et comme il avait quelque chose de particulier, d’extraordinaire, les savants du pays s’assemblèrent pour l’examiner.
En effet, on trouva beaucoup d’hiéroglyphes tracés en basfelief sur les six surfaces de ce grand dé, et nos savants les expliquèrent, non sans difficulté ni sans débats. Les uns croyaient voir qu’il nous venait de l’étoile Syrius; d’autres, n’allant pas si loin, prétendaient qu’il sortait de la planète de Saturne, d’où il nous était arrivé, peut-être en compagnie de plusieurs aérolithes.
Après bien des contestations, cette dernière assertion prévalut; mais on rejeta le sentiment de ceux qui présumaient que c'était un des ornements qui s’était détaché du chaton de L'anneau de la planète.
Enfin, on tomba d'accord aussi sur cette opinion, que ce dé servait aux Saturniens pour faire la partie, comme nous aoHS servons des nôtres , et on convint qu’il était probable que son volume était approprié à la taille des habitants du globe en question.
Co jugement me parait fort judicieux; car, si Saturne est onze cents fois plus gros que la terre, si nous en croyons nos astronomes, tout doit y être dans les mêmes proportions, parce que la nature est toujours conséquente dans ses œuvres.
Donc, les hommes de ce monde-là doivent être onze cents fois plus grands que no, us , et, certes, ils feraient de beaux tambours-majors dans nos armées.
Comme nous sommes dans un siècle où on ne trouve plus rien d'impossible, je dis que, si l'on s’avise d'inventer le moyen d’aller visiter ces gens-là, il serait imprudent de faire ce voyage; car les chats de chez eux pourraient bien nous manger comme des souris, et les oies de leur basse-cour nous prendraient sans doute pour des hannetons. D’ailleurs, que d’autres accidents, n’aurions-nous pas à redouter? si, par exemple, nous passions auprès d'un de ces Messieurs dans le moment où sa poitrine l'obligerait de procéder à une expectoration!... nous serions inondés comme d'une vague... Mais je crois que je divague.
Pardon, lecteur, je vais vite rentrer dans la voie, ce que j’aurais dû faire plus tôt, en vous disant, sans préambule ni digression, que le dé dont je viens de parler a donné aux prestidigitateurs qui l’ont vu l’idée du tour que nous allons décrire, et que, s’ils n’ont pas conservé tout-à-fait la dimension du prototype dans la leur, c’est à cause de l’embarras de le poser sur les genoux d'une dame sans la gêner.
Sorcellerie expliquée. 24
TOURS DE SALON
Ce tour ne date pas de longtemps, mais il s'est propagé assez vite. 11 a été, en moins d’une année, en la possession de tous les prestidigitateurs, qui le conservent toujours dans leur répertoire, parce qu’on le voit constamment avec un nouveau plaisir, quand même on l’aurait déjà vu plusieurs fois.
Il y a différentes manières de l’exécuter; j’en décrirai trois. Dans ces trois, il y en a une que l’on voit rarement et qui maintient ce tour dans le nombre des plus curieux; et une autre, plus rare encore , puisque je ne connais qu’un seul prestidigitateur qui s’en serve. Cette dernière est enrichie d’une circonstance qui rend ce tour vraiment frappant.
Je vais commencer par expliquer comment on le fait le plus ordinairement. -
Ce dé est un cube de bois auquel on donne environ 9 à 10 centimètres de surface. C’est loin du dé de Saturne, mais cela n’est déjà pas mal pour nous, chétifs. On le fait peindre en façon de dé à jouer : on a adopté l’usage de peindre les points en blanc sur un fond noir.
Ce dé entre à l’aise dans une espèce de boîte en fer-blanc que l’on fait peindre comme le dé, et qui semble être un dé elle-même, étant posée sur son ouverture, car il y a une surface d’ouverte sur les six.
Ce faux dé entre à son tour, aussi à l’aise, dans une autre boite que l’on aura fait peindre à volonté. On lui donne, si on veut, par la couleur, l’apparence de l’acajou ou du palissandre.
La couleur dont on se sert pour peindre les pièces en ferblanc e6t toujours au vernis.
On peindra en noir l’intérieur de ces deux boites.
On met ces trois pièces l’une dans l’autre, et elles doivent toutes s’affleurer. Etant placées sur la table, l’ouverture en bas, si l'on ne veut enlever que la boite de dessus seulement, on la prend avec légèreté. Si on veut enlever le faux dé avec, on serre un*peu avec les doigts. La flexibilité natu-
relie du fer-blanc produit, sur ce faux dé, une pression qui permet de Feu lever avec la boîte.
Notez bien que le faux dé doit toujours passer pour le vraL Notez encore que, quand il est dans la boite, on peut montrer hardiment l'intérieur, parce que ce faux dé ne peut pas être aperçu, d'autant moins encore que l'intérieur est noir.
Manière de faire le tour. — On se présente, ayant ces trois pièces l’une dans l’autre à la main. On sort le vrai dé pour le faire visiter, et après on le remet dans la boite. On emprunte un chapeau. Ici, il faut trouver le moyen de mettre le vrai dé dans le chapeau, sans faire naître aucun soupçon. Un seul mot vous en donne l’occasion.
Vous demandez si on veut que vous fassiez passer ce dé dans le chapeau, visiblement on invisiblement.
Si l’on répond visiblement, alors vous mettez le tout dans le chapeau, et vous retirez la boite. Vous montrez l'intérieur du chapeau ; on voit le faux dé, que l’on prend pour le vrai, qui est dessous, et vous dites : « Ma foi! cela n'est pasdiiucile, le voilà, et je l’ai mis visiblement, puisque vous l’avez demandé. Si vous aviez voulu que je le lisse passer invisiblement, voici ce que j'aurais fait. »
Vous allez à votre table et vous y posez le chapeau. Vous en retirez le faux dé seulement, et vous le mettez sur la tarble, en prenant garde de laisser apercevoir l’ouverture. Faites attention que les spectateurs prennent ce faux dé pour le vrai, et qu’ils sont loin de penser que ce dernier est resté dans le chapeau.
Vous prenez un plat ou une assiette que vous mettez sur le chapeau. Vous demandez un second chapeau que vous poses sur l’assiette , le fond en haut. Sur ce chapeau de dessus# vous placez le faux dé que vous couvrez de sa boite, et vous dites : « Messieurs, je vais maintenant faire passer invisiblement ce dé dans le chapeau de dessous. » Et, en parlant, vous faites voir encore le faux dé, en levant la boîte à moitié. Du bout de la baguette, vous touchez cette boite, et vous la
TOURS DE SALON
levez en serrant, pour l’enlever avec le faux -dé. Vous montrée l’intérieur, et, retirant le chapeau et l’assiette, vous faites voir, dans le chapeau du has, le dé que vous faites tomber bruyamment sur la table.
Nota. — Si, en commençant, on vous demandait de le faire passer invisiblement, ce serait la même chose; seulement, vous diriez, en mettant de même le tout dans le chapeau et en reprenant la boite : « Vous avez raison, car, pour le faire passer visiblement, il n’y aurait que cela à faire, et le tonr ne serait pas bien surprenant. » — Vous continuez alors comme il vient d’être expliqué.
Seconde manière de faire le tour du gros dé.
Pour celle-ci, nous avons besoin d’une nouvelle pièce, dont voici la construction :
On aura une boite toute simplement faite en bois trèsmince. Cette boite est carrée et destinée à contenir un faux dé, pareil à celui dont il est parlé ci-dessus.
On aura encore une autre boite, proprement faite, dont la longueur, prise dans l’intérieur, sera un peu plus que deux fois la fargeur totale de la première botte, et sa largeur, prise aussi dans l’intérieur, est la môme que celle de la petite boite.
On met la petite boite dans la grande, de laquelle elle vient presqu’affleurer les bords, etdoit y couler aisément dans tonte sa longueur. Cela étant ainsi disposé, sur l'ouverture de fa grande boite et juste au milieu, on fixera une traverse, qui fera paraître la boite partagée en deux cases, et de chaque côté de la traverse à chaque case, il y a un couvercle battant, à charnières, de même épaisseur que la traverse. Il est indispensable que le faux dé, qui est dans la petite boite intérieure, puisse sortir des cases aisément. Quant à cette petite botte qui est dans la grande, elle ne peut plus en sortir, parce que, sur l’épaisseur des bord&de la grande, il y a une bordure plate
et mince en bois noir, qui est saillante de 3 ou 4 millimètres sur l'ouverture.
A chaque couvercle, en dedans, on écrira un numéro : sur l’un, le n° 2; sur l’autre, le n° 1.
On peint aussi en noir tout l’intérieur de la boîte.
Exécution du tour. — Comme dans le précédent, on fait visiter le vrai dé. Ensuite on fait voir la boîte aux deux cases, dans l’une desquelles on aura placé un faux dé, mis dans la petite boîte intérieure, qui doit toujours le recevoir. Ce faux dé est placé de manière à laisser paraître une surface à points; mais, pour que l'on ne s’aperçoive pas de la présence de ce faux dé, on montre les cases l’une après l’autre.
En levant le couvercle, on fait voir d’abord la case vide ; on ferme, et, en penchant la boîte, on fait couler le dé dans celle qu’on vient de montrer. On fait voir ensuite l’autre case, qui se trouve vide à son tour. De cette manière, il semble qu’il n’y a rien dans la boite.
On pose cette boite sur une table Ou sur autre chose, maie en vue des spectateurs.
On prie une personne de retenir un des numéros. Revenu à sa table, sur laquelle est resté le vrai dé, on dit : « Je vais lâcher de faire entrer invisiblement ce dé sous la boite que voici. (La boite qui contient le faux dé reste aussi sur la table pendant que l’on fait voir la boîte à deux cases.) Vous voyez qu’il est de la même dimension, et qu’il en remplit toute la capacité. »
En donnant cette explication, on introduit adroitement une balle ou une pomme, préparée à cet effet, dans le faux dé renfermé dans la boite, et on prend une assiette que l'on pose sur l’ouverture de la boîte, sous prétexte d’intercepter toute communication. Ayant une main sous l’assiette et l’autre sur la boite, on fait faire, de bas en haut, un demi-tour à cos deux objets,aün que la boite soit en dessus et l’assiette en bas. On les pose sur la table. ;
L'assiette que l’on met sur la boite et le renversement don t
je viens de parler sont nécessaires pour maintenir et cacher la balle qu'on a fourrée dans le faux dé.
On continue en disant : « Si je n’avais à escamoter qu’une balle comme celle-ci (on en prend une pareille à celle qui est dans la boîte), je ne serais pas embarrassé, parce que, .pour qui sait jouer des gobelets, cela n’est pas difficile, comme vous voyez (on l’escamote en la laissant tomber sur la gibecière, -et on lève la boite en emportant le faux dé, pour faire voir 4a balle qui est dessous. On retire cette balle, et on repose la boite contenant le faux dé) ; mais, pour ce dé, c’est différent ; cependant, je vais essayer de le faire- »
On prend le dé et on le porte sous la table, et disant qu'on va le faire passer au travers, on le laisse sur la gibecière, et. on lève la boite qui couvre le faux dé, que les spectateurs prennent pour le véritable. On recouvre et on ordonne au dé de passer dans la case du numéro retenu. Ou fait nommer ce numéro, et en ouvrant le couvercle de sa case, on fait voir le dé ; comme pour mieux le montrer, on le retire en renversant la boîte, mais toujours eu prenant garde de laisser apercevoir l’ouverture.
Qn remet le dé dans sa case, mais, cette fois, l’ouverture.en dessus, et on ferme.
iOn va lever la boite en emportant le faux dé, et on fait voir qu’il n’y a plus rien.
On ordonne de nouveau au dé de sortir de la case où il est, et de revenir sous la boite qui est sur la table. On faitivoir que le dé est revenu, et prenant la boite aux cases, on les ouvre toutes deux, et les spectateurs voient qu’il n’y a pins
rien. . , • . -
Cette dernière particularité produit un effet frappant, sur les spectateurs ont bien vu remettre le dé dans la boite à .laquelle on n’a plus touché ; et comme le Taux dé,>vu dans son intérieur, représente bien le fond de la case, il semble réellement que la boite est absolument vide, et on ne conçoit pas cette disparition.
Enfin, on termine le tour en feignant de reprendre le dé par-dessous et au travers de la table sur laquelle on le jette, et on lève la boîte avec le faux dé, pour faire remarquer qu’tl n’y a plus rien.
Troisième manière de faire le tour du gros dé.
On commence le tour à peu près comme dans la première manière : on fait visiter le dé et on le remet dans le faux, enfermé dans la boîte.
On emprunte un chapeau, et on dit : « Mon intention est de foire passer le dé dans ce chapeau ; non pas en le mettant comme cela (on le met avec le faux en retirant la boîte) : il n’y aurait pas grand’malice, mais invisiblement. »
'Ou retire le faux dé seulement, et on va le poser sur une boite quelconque, mais un peu haute, que l’on a mise à dessein sur la table.
On demande un mouchoir, on en couvre le chapeau qui contient le vrai dé, et on prie une dame de tenir ce chapoau sans rien déranger.
Comme, dans ce moment, il est nécessaire d’amuser un peu les spectateurs, on leur donne la boîte à visiter, en recommandant de bien l’examiner, pour tâcher de découvrir le mécanisme qu’elle contient. On continue de parler, en affirmant que cette boîte, qui paraît si simple, est cependant très-compliquée dans son ensemble.
• Pendant ce verbiage, qne l’on débite devant sa table, on tient, comme par distraction, le faux dé dans lequel on introduit un> verre plein de vin, qui était préparé sur la gibecière, et' on le reporte ainsi sur la boite où il était.
ï©n reprend la boîte qu’on avait donnée à visiter, et on va en couvrir le faux dé sous lequel il y a un verre de vin. On prévient que Ton va escamoter ce dé, qui pourtant est bien sous la table.
a0n prend un verre pareil à celui qui est sous le faux dé et
TOURS DE SALON
on l’emplit de vin. Pendant que l’on verse, on prend de la main droite une poignée de petits morceaux de papier de diverses couleurs, disposés sur la gibecière.
Ou prend le verre et on dit : « Messieurs, je vais faire semblant de boire ce vin ; vous allez croire que je bois effectivement, il n'en sera cependant rien, car le vin va se retrouver dans le moment. Mais il faut que je prenne le gobelet de la main gauche ; on sait que cette main est consacrée à toutes les opérations magiques. »
On boit, et on transporte de suite le verre dans la main droite, où sont les petits papiers, et feignant de jeter le gobelet en l’air, on le laisse retomber sur la gibecière dans le moment que l’on lance au vent les morceaux de papier, et on dit : a D n’y a plus ni vin, ni verre; mais ils ne sont pas perdus. » On lève la boite en emportant le faux dé avec, et le verre de vin apparait seul. On continue en disant que le dé vient de passer dans le chapeau tenu par la dame.
On lève le mouchoir et on fait voir le dé.
Nota. — 11 ne fout pas croire qu’il soit difficile et embarrassant de mettre le verre rempli de vin sous le faux dé : rien de plus aisé. La boite que l’on a mise sur la table pour y poser ce faux dé cache d’abord le verre que l’on prend sur la gibecière, et, tout en parlant, vous fourrez doucement le gobelet sous le faux dé, que vous n’avez qu’à couler lentement et sans affectation sur les parois intérieures de la boite; on n'a simplement qu’à soutenir le verre par le fond, puisqu’il se maintient de lui-mème dans le faux dé. D’ailleurs, les spectateurs, attentifs à ce que vous dites, le sont peu aux mouvements de vos mains qui, du reste, n’ont rien de suspect.
Comme la description de tous ces tours de dé a dû paraître passablement ennuyeuse au lecteur, je vais le laisser reposer un peu, en l’entretenant d’un petit tour d’une nature toute particulière, et qui, je l’espère, ne fatiguera pas son attention; mais j’avoue que je suis fort embarrassé pour entrer en matière; matière, hélas! qu’on n’aborde qu’avec crainte et circonspection.
SECTION XVIII
Beau tour de montre .
Effet. — On emprunte une demi-douzaine de montres, que Ton étale sur la table. On en fait choisir une, et en laisse de Côté les autres, dont on n’a plus besoin.
On prend la montre choisie, et on fait remarquer l’heure qu’elle indique dans le moment.
On donne cette montre à une personne, en la priant de la mettre dans sa poche.
On fàit prendre au hasard une quantité de jetons, sur un grand nombre que l’on présente.
On annonce que la montre va marquer autant d’heures qu’il y a de jetons dans la main de la personne qui en vient.de prendre à discrétion. On vérifie, eu faisant voir que l’heure de la montre se rapporte à la quantité de jetons que l’on a pris.
On pose la montre sur la table, le cadran en dessous; on fait jéter deux dés au hasard, et la montre marque le nombre de points amenés.
Cette montre peut aussi prédire d’avance le nombre de cartes qu’il y aura dans un paquet choisi entre plusieurs, inégaux en quantité. Elle peut encore marquer le uombre de points qu’il y a sur une carte tirée à volonté, etc.
On termine le tour en faisant changer l’heure plusieurs fois de suite, en présentant la niontre à différentes personnes. On rend les montres à qui elles appartiennent, à moins que l’on tf oublie de les redemander; dans ce cas, c’est un casuel de Bénéfice pour le prestidigitateur.
Explication. — Pour ce tour, il faut avoir à sol une montre mécanisée.
’Il suffit de connaître l’usage de ces montres, et de savoir que, pour les faire fonctionner, il n’y a qu’à pousser la queue.
TOURS DE SALON
comme quand on veut faire sonner une montre à répétition, et qu’à chaque coup de pouce que l’on donne, la petite touche avance d’une heure. La grande touche marche toujours comme dans une montre ordinaire.
11 y a de ces montres d’un mécanisme plus simple ; mais elles sont loin d’offrir la même solidité et les mêmes avantages.
Au reste, ces montres ne sont pas chères, parce qu’elles sont faites en cuivre jaune, ce qui leur donne l’apparence de l’or, et passent pour telles quand on s’en sert.
En commençant le tour, vous avez cette montre mécanisée cachée dans la main. Vous demandez un chapeau, et, en le prenant, vous y mettez votre montre assez adroitement pour ne pas être aperçu, ce qui n’est pas difficile. Vous tenez le chapeau de manière à ne pas laisser voir le fond. Vous empruntez des montres jusqu'à concurrence de cinq, et la vôtre fait sis. Vous les étalez de front sur la table, en mettant la vôtre la seconde, à droite ou à gauche, afin qu’elle se trouve toujours au milieu, quand on en a retiré trois.
On comprend bien que les spectateurs, en voyant six montres, croient que vous en avez emprunté six, car personne ne s’avise jamais de les compter à mesure que vous les recueillez.
Maintenant, il s’agit de faire tomber le choix sur votre montre.
Vous invitez une personne à en désigner trois. Si votre montre se trouve dans les trois indiquées, vous mettez les trois autres à l’écart.
Vous invitez de nouveau la môme personne à en désigner une des trois qui restent. Si elle indique celle du milieu, comme cela arrive presque toujours, alors le choix est fait, puisque c’est la vôtre. Vous la prenez pour vous en servir, et vous mettez les deux qui restent avec les trois autres. Si elle en indique une des coins, vous la réunissez à celles que vous avez mises à l’écart. Il u’en reste plus que deux.
Dans ce dernier cas, vous changez un mot de la proposition : au lieu de dire : désignez, dites : choisissez celle des deux que vous voudrez. Si on indique la vôtre, ce mot de choisissez fait entendre que c'est cette dernière indiquée avec laquelle on doit faire le tour. Si on indique l'autre, vous l’écartez, et vous dites, en parlant de la vôtre, qui reste seule sur la table :
«r Vous voyez que c’est celle qu’on ne m'a pas fait retirer que je prends pour faire le tour. »
On trouve, d’ailleurs, tout naturel que vous retiriez comme les autres la dernière désignée, et le mot choisissez, dont vous j vous êtes servi, n’est pris par les spectateurs que comme synonyme de désignez.
Si, eu commençant, votre montre n’est pas dans les trois premières désignées, vous procéderez de même en les retirant comme étant celles que l’on rejette. Souvenez-vous qu'en fait de prestidigitation, on se tire souvent d’affaire par des paroles ambiguës.
Ayant fait ainsi tomber le choix sur votre montre, vous la prenez et vous faites voif l'heure qu’elle marque dans le moment. Vous donnez autant do coups de pouce qu’il en faut pour amener l’heure au chiffre pareil au Dornbre de jetons que vous voulez faire prendre. Ces jetons, que vous présentez dans votre main, sont en grande quantité, mais disposés de manière à ce que l’on ne puisse prendre que le nombre voulu. On trouvera cette manière expliquée dans la lre section de la U« partie de cet ouvrage.
Supposons que la montre marque huit heures, qui est l’heure du moment, et que vous vouliez faire prendre dix jetons.
Vous donnez deux coups de pouce au bouton de la montre, et elle marquera dix heures. Vous la donnez à une personne, en la priant de la mettre de suite dans sa poche.
Comme vous présentez la montre de façon à ne pas laisser voir l’heure, cette personne la met dans sa poche comme vous le lui recommandez, sans y porter la moindre attention, et
TOURS DE SALON
quand vous la priez de montrer L'heure, on voit que cette heure est au même nombre que celui des jetons qui ont été pris.
Ensuite on met la montre sur la table, le cadran es dessous, après l’avoir mise à l’heure pareiüe au nombre de points disposés sur les dés dans la boite qui sert à les recevoir.
Mais il convient que j’esquisse la construction, de cette boite.
11 y en a de plusieurs façons : la plus simple est tournée eu bois de la forme d’un vase. Son couvercle est percé pour donner passage aux dés que l’on y jette.
Ce vase contient deux fonds qui forment deux capacités. La première, depuis le couvercle jusqu’au premier fond; la seconde, depuis le premier fond jusqu’au deuxième. Chacune de ces capacités offre assez d’espace pour y loger deux dés, et elles ont aussi chacune leur ouverture.
Dans le compartiment de dessous, vous mettez deux dés dont vous connaissez les points.
On fait jeter les dés par l’ouverture du couvercle, et ils tombent dans la première case.
Vous ouvrez à la seconde case, et les spectateurs prennent ces nouveaux dés pour ceux que l'on vient de jeter par l’orifice du couvercle. Or, dans ce tour de montre, si les dés de la seconde case portent, par exemple, onze points, vous mettez la montre à onze heures.
Cette boîte aux dés sert dans beaucoup de circonstances.
Enfin, on peut fhire durer longtemps ce tour de montre, par différents tours qui peuvent s'y appliquer, tels que le tas de cartes que l’on fait prendre forcément, la carte forcée seule, etc.
Pour terminer, on met sous les yeux d'une personne la montre qui marque une heure quelconque, en lui disant: « Monsieur, quelle heure est-il? » Cette personne répondra, par exemple : «Il est trois heures.» Vous allez à une autre, qui dit: «Sept heures; » une autre encore, qui dira: «Midi;»
et ainsi de suite, toujours en faisant jouer le pouce. Pour finir, vous faites en sorte d'amener l’heure qu’il est dans le moment actuel.
Ce tour met beaucoup de gaîté et d’animation dans l’assemblée, sans préjudice à l’étonnement causé par cette versatilité de la montre, que Ton croit appartenir à quelqu’un des assistants.
Le tour étant fini, on met toutes les montres dans un chapeau, pour les rendre aux personnes qui les ont prêtées. On a soin de garder la montre mécanisée dans la main qui tient le chapeau, et, quand les cinq montres sont rendues, on renverse le chapeâu pour faire penser qu'il n'y a plus rien, mais sans aifecter dé vouloir le faire remarquer.
SECTION XIX
La 'plume sautante.
La simplicité d'un moyen que je connais pour faire ce petit tour me donne l'envie de le communiquer aux amateurs de physique amusante.
Decremps a choisi cette récréation pour prouver que l’on peut faire un tour par plusieurs procédés différents. Mais tous ceux qu'il donne pour celui-ci sont plus ou moins compliqués et nécessitent des instruments coûteux ou des préparatifs embarrassants.
Il se servait de oanifs très-légers, que je remplace par trois plumes de différentes couleurs.
Voici mon moyen : prenez un morceau de feuille de cuivre de l'épaissear d'une carte à jouer; mais que ce cuivre S6it bien battu, afin qu’il soit très-élastique et fasse bien ressort.
Donnez à cette feuille environ 7 centimètres de longueur, sur trois de largeur.
Sorcellerie expliquée. 25
TOURS DE SALON
Coupez-la en losange, et pliez-la juste dans son milieu, en laissant les deux angles assez éloignés l’un de l’autre, pour donner de la chasse à cette espèce de ressort, quand on rapproche ces angles. Yoilà tout l’appareil, et voici comment on exécute le tour.
On se procurera trois plumes de couleurs différentes et très-distinctes entre elles, et on préparera d’avance le ressort comme il suit :
On en rapproche les deux angles, que l’on assujettit avec une légère bande de papier que l’on Toule d’un ou deux tours, et dont on colle le bout avec une parcelle de pain à cacheter; mais comme le ressort se détendrait tant que le pain à cacheter ne serait pas bien sec, on le maintient avec du fil, que l’on retire quand il n’est plus nécessaire.
Ce ressort ainsi préparé, on le tient caché dans sa main. On emprunte une pièce de cinq francs, et on la jette avec le ressort dans un gobelet de métal, oq mieux, un vase de porcelaine, que l’on aura fait visiter.
Vous faites observer qu’il n’y a aucune préparation dans la pièce ni dans le gobelet. Vous faites aussi visiter les trois plumes, en disant que l’on n’y trouvera rien non plus; mais que le mobile de l’expérience se trouve dans une liqueur chimique, préparée pour cet effet.
Vous mettez les trois plumes dans le vase ou gobelet, et vous invitez quelqu’un de l’assemblée de désigner celle des trois que l’on veut voir sauter dehors. Alors, sous prétexte d’arranger les plumes de telle eu telle manière, vous mettez celle qu’on a choisie sur le bout du ressort.
Vous allez prendre un flacon rempli d’eau, que vous aurez colorée pour plus de mystère, et vous en versez sur le ressort. Cette eau détrempe assez promptement le pain à cacheter, et le ressort se détendant brusquement, fait sauter la plume.
Vous prenez le vase, et vous versez dans votre main le ressort et la pièce. Vous rendez celle-ci et gardez l’autre, avec la précaution de ne pas le laisser apercevoir.
SECTION XX
Moyen ingénieux d'escamoter une bague dans un œuf.
Voici encore un tour de beaucoup d’effet et d’un moyen très-simple, que l’on peut exécuter sans grands frais d’appareils, et dans lequel on trouvera deux procédés que je crois à peu près inconnus des professeurs mômes. Le premier, c’est d’introduire la bague dans l’œuf ; le second, de faire l’échange de la bague. Je vais d’abord exposer l’effet du tour.
On emprunte une bague, que l’on met sur la table, eu faisant remarquer que l’on ne l’escamote pas. On présente un coquetier : je veux parler de ceux qui servent pour manger des œufs à la mouillette, et non des marchands de volaille, qu’on appelle aussi de ce nom.
Notre coquetier est en bois; on le met aussi spr la table.
On donne un œuf à visiter, ensuite on le place dans le coquetier, en présence de l’assemblée.
On prend la bague, que l’on met dans sa main; on lui commande de passer dans l’œuf, comme on ordonne à une muscade de passer sous un gobelet. On fait voir que la bague n’est plus dans la main, on casse le bout de l'œuf sans le toucher des doigts, on y fourre un long crochet de fii-defer, et on en retire lentement la bague, que l’on porte ainsi à la personne qui l’a prêtée. On dépose cette bague sur une serviette mise entre les mains de la même personne, qui la reconnaît après l'avoir essuyée.
Explication. — Dans le fond du coquetier est pratiquée une petite mortaise, dans laquelle on peut faire entrer une bague au tiers de son diamètre.
Pour échanger la bague en présence de tous les spectateurs sans qu’ils s’en aperçoivent, voici le moyen :
Comme, pour ce tour, on ne doit demander qu’une bague
TOÜRS DE SALON
sans chaton, ou une alliance, on en a une fausse de ce genre. On prend une assiette, et, en la tenant, on place la fausse bague sous le pouce.
On fait observer que, si on prend une assiette pour recevoir la bague, c'est pour que l’on ne suppose pas que l’on puisse l'escamoter. En la portant sur la table, on fait conler la bague contre son pouce, que l’on met vite dessus pour 1a cacher, en même temps que l’on découvre la fausse. On fait tomber cette fausse bague sur la table, et elle reste à la vue des assistants. Quant à la vraie bague, on la retient secrètement dans la main.
On prend le coquetier, que l’on peut montrer hardiment, sans, toutefois, le donner à tenir, et pour peu que le bois soit brun, la petite fente ne peut pas s’apercevoir.
Sous prétexte d’essuyer le coquetier en dehors et en dedans, on y fourre adroitement la bague que l'on avait dans la main, et elle s’enChàsse aisément'dans la petite mortaise. On pose le coquetier sur la table, et on prend un oeuf qu’on a*éu soin de casser très-légèrement par un bout : on le dopne à visiter, et, le reprenant délicatement de deux doigts, pour prévenir tout soupçon d’escamotage, on le met dans le coquetier en appuyant doucement. Pour peu que l’œuf soit fêlé, la bague entre aisément dedans. Alors on reprend la fausse bague qui est restée sur la table, et que les spectateurs prennent toujours pour la véritable ; on la met dans le creux de la main, en disant qu’on va la faire passer dans l’œuf, et on l'escamote comme je l’ai expliqué au commencement de la IIe partie, dans le dernier paragraphe des principes préliminaires. On laisse tomber cette bague sur la gibecière, en posant sa main sur le bord de la table.
Ou casse l’œuf du bout d’un couteau ou d’une baguette, ou en tire la bague avec le crochet dont j’ai parlé, en évitant d'approcher les doigts de l’œuf, de crainte de donner à soupçonner qu’on a pu y fourrer adroitement l’anneau. On le rend à la personne qui l'a prêté, en prenant les précautions de propreté que j’ai recommandées plus haut.
SECTION XXI
Description de quelques instruments de physique . amusante.
Cette section est consacrée à donner l’idée de quelques pièces dont nous aurons bientôt besoin. Je les ai numérotées pour plus de précision dans les renvois. J’ai pensé qu’en donnant ces descriptions à part des tours qui vont suivre, ou serait moins fatigué et plus attentif à la lecture de cette explication, n’ayant plus à s’occuper que d’elle.
Je renverrai à cette section, quand il sera nécessaire d’avoir recours à une des pièces qui y sont décrites. Ces descriptions auront pour utilité principale, quand un amateur voudra se fermer un petit cabinet de physique amusante, de lui faire connaitrc suffisamment la composition de ces instruments, pour qu’il ne se trompe pas, ou qu’on ne le trompe pas, quand il fera choix de quelques-uns dont il voudra faire l’acquisition pour l’exécution d’un tour qu’il désirera; car, bien que ces instruments aient chacun un nom qui leur est propre, l’ouvrier les confond quelquefois entre eux, ou ne s’accorde pas toujours en cela avec les professeurs.