CHAPITRE IL
TOURS DE SALON PROPRBS A .ÊTRE EXÉCUTÉS DANS UNE SÉANCE DONNÉE DEVANT UNE NOMBREUSE 'ASSEMBLÉE.
Tous ces tours peuvent être exécutés sur un théâtre, et ils ont aussi cet avantage qu'on n'a besoin de l’aide de personne ; Ü6 tiennent généralement à la prestidigitation.
SECTION Ire.
Tour de la quille.
On donne à cette quille de-8 à 10 centimètres de hauteur; elle est double, c’est-à-dire qu’elle se compose d'une quille massive et d’une creuse qui couvre la première et s'y ajuste parfaitement.
Ces deux quilles, vues séparées l’une de l'autre, doivent se ressembler tellement, que l’on n’y trouve pas de différence rseosible. On comprend que, pour cela, il faut que la quille ■creuse soit tournée aussi mince au moins qu’une écaille i d’œuf, et que le boisqqi sert à les faire toutes deux eoit bien pareil pour la couleur et pour les accidents dos veines. Cette identité des deux.quilles est de rigueur; car .vues isolément l’une après l’autre, on doit toujours les prendre pour la même.
Sur ces deux quilles, qui n’en représentent qu’une seule, étant renfermées l’une dans Centre, ou ajoute aussi un cornet .de papier très-fort, qui les .couvre ..entièrement. 4èe cor-
TOÜRS DE SALON
net doit être arrondi à sa base, pour qu’il puisse se tenir debout.
Manière de faire le tour. — On pose la quille sur la table et on donne le cornet à visiter; on le reprend, pour en couvrir la quille , sous prétexte de faire voir qu’il l’envelopp? parfaitement; mais en relevant le cornet, que l’on serre un peu, on enlève avec lui la quille creuse, et on pose ces deux objets ensemble sur la table.
Ou prend alors la quille pleine, que l’on donne aussi à visiter.
On présente une pile de pièces de cinq francs, que l’on met sur la table et que l’on couvre de la fausse quille et du cornet qui la cache.
Sur la tablette ou gibecière de la table est préparée d'avance une pile de pièces semblable à celle qui est sous le cornet.
Vous dites que les pièces que vous venez de mettre soin le cornet vont passer au travers de la table, à la manière de la foudre, qui, grosse comme un baril, peut cependant pénétrer et traverser les corps métalliques, sans qu’il y paraisse le moins du monde.
Vous passez une main sous la table, et en saisissez les pièces qui s’y trouvent; vous agitez les doigts de l’autre main au-dessus du cornet, en forme de commandement ; en même temps, vous faites sonner les pièces que vous tenez sous U table, comme si elles tombaient, et vous les rapportez en dessus, près du cornet. Vous prenez la quille massive en disant que, par les mêmes voies, vous allez la faire passer sous le cornet, à la place des pièces de cinq francs. Vous U portez sous la table et vous la laissez. Vous relevez le cornet pour montrer la quille, que vous recouvrez. Vous continuer en disant que vous allez remettre les choses à la place où elles étaient d’abord; que ce second tour n’est pas plus difficile que le premier. Vous commandez à la quille de redescendre, vous prenez celle qui est restée sur la gibecière, eti
EXÉCUTAS SANS AIDES. 237
yous Ja rapportez: sur la table. Vous ramassez les pièces, que vqus importiez en dessous, et tous los laissez sur la gibecière, en leur ordonnant de passer sous le cornet. Vous levez, ce çornet, en enlevant la quille creuse, et on revoit lçs pièces. $n rapproche vers -soi la main en action, po.ur laisser, copier la fausse .quille sur la gibecière, et on jette le cornet sur la table, ,ep pinçant l'ouy,erture du côté des spectateurs.
SECTION II
La petite boite au mouchoir.
Voici un des plus jolis petits tours que l'on puisse faire; il m'est pas très-nouveau , mais je ne crois pas qu’il ait jamais été publié, et c’est ce qui m’engage à l’insérer dans ce obapitre.
/La petite boite qui sert dans ee tour n'est guère plus large qu’une pièce de deux francs. A son couvercle est pratiqué un double fond, collé sur une légère gorge, afin dé laisser assez d'espace entre ce double fond . et le fond- propre du couver-ole, pour qu’une petite pièce de monnaie puisse y être contenue et-s’y mouvoir librement. Enfin,, sur ce couvercle est placé un petit bouton qui n’est point fixé, parce qu'il fa.nl qu'il s’enfonce un peu en appuyant dessus avec le pouce.
On enferme dans l’espace dont je viens de parler une petite pièce, que je suppose un centime, et qui reste toujours à demeure.
I/usage de cette boite est de faire entendre ou non sonner la pièce enfermée. Si le bouton n’obstrue pas l’espace, la pièce sonne lorsqu’on secoue la boite. Si on pousse le bouton -a\ec le pouce, il vient presser la pièce et l'empêche de remuer ; elle ne -sonne plus.
.Maintenant, il faut encore une deuxième petite boite, t toute semblable; à la première, quant à l'extérieur seulement ;
TOURS DE SALON
car, dans celle-ci , il n’y a ni pièce, ni double fond; elle est toute simple. Ces deux boites se ferment comme toutes les tabatières rondes.
Dans un mouchoir qui est à soi, on fait faire, dans un des coins, une petite poche pour y enfermer la boite à la pièce. On laisse une ouverture pour y passer la boite, qui doit y entrer un peu de force, afin qu’elle ne soit pas exposée à sortir seule en faisant le tour. On aura soin de se munir d’une petite lunette , quelle qu’elle soit, car ce n’est qu’une cheville dans cette récréation.
Yoilà tout notre appareil établi pour ce tour. II s’agit maintenant de nous occuper de son exécution.
Vous offrez la petite boite simple à une personne , en la priant d’y renfermer secrètement tel objet qu’il lui plaira. L’objet étant placé dans la petite boite que vous venez de confier, vous présentez le mouchoir, dans le coin duquel est enfermée la petite boite à la pièce. Vous le tenez de la main droite, et par le coin où est la boite. Prenant de la main gauche un autre coin, vous étendez le mouchoir en disant que vous allez envelopper dedans la boite dans laquelle on vient de mettre secrètement un objet. Pour ne pas être gêné, vous transportez dans la main gauche le coin où est la boîte, pour avoir la main droite libre et pouvoir prendre l’autre boîte que l’on vous rend. De cette main droite, déjà en possession de la boîte simple, vous reprenez le coin où est la boite à la pièce, et, en feignant de mettre dans le mouchoir la boîte qu’on vient de vous rendre, vous placez celle qui tient au mouchoir, en gardant et en cachant l’autre dans votre main. Vous donnez à tenir, à travers le mouchoir, la boite qu’il contient, et vous invitez à secouer, afin que l’on entende que l’objet mis dans la boîte y est toujours. Eu ce moment, vous dites que vous allez chercher une lunette magique, par le moyen de laquelle vous pouvez voir facilement, au travers du mouchoir et de la boîte, ce qu’on y a mis. Ceci est un prétexte pour avoir le temps et la liberté d’ouvrir la
petite boite, voir, prendre, et garder ce qu’on y a introduit, et de mettre la boite dans sa poche. Vous revenez avec la lunette dont vous avez parlé, et comme, dans certains tours, il faut un peu babiller, que cela est même nécessaire de temps en temps dans le cousant d’une séance, mais à de longs intervalles, vous ferez un conte un peu bouffon, seul style qui convienne dans ce genre d’amusement, par eximap!e, à peu près de cette nature, et plus niais encore, si cœst possible :
« Vous ne seriez pas surpris de me voir deviner ce qu’on a mis dans la boîte , si vous connaissiez les admirables propriétés de cette lunette^. Sa puissance de faire découvrir les objets de très-loin est sa moindre qualité, bien que merveilleuse. Par exemple, si je la dirige sur un groupe de monde distant de moi de cinq lieues et plus, elle me rapproche assez ces personnages pour que je les entende parler. Par son aide, je lis dans l’avenir, comme je lirais une affiche de speetacle. Enfin, elle me fait voir aussi clair dans le cœur de l’homme et de la femme la plus dissimulée, qu’au travers de l’eau la plus limpide.
» Ah! que je regrette que défunt Thésée n’ait pas eu une lunette comme la mienne ! il aurait vu dans le cœur de son fils toute sa candeur et son innocence ; et le pauvre Hippolyte n’aurait pas été houspillé par son papa, et il n’aurait pas été victime de la peur que fit à ses chevaux un gros vilain poisson qui leur fit prendre le mors aux dents.
» Mais, toute réflexion faite, il vaut mieux que les choses se soient passées comme cela; car nous aurions perdu deux beaui vers, si ma lunette eût été dans les mains de Thésée, puisque Racine n’aurait pas eu l’occasion de lui faire dire ;
Et ne devrait-on pas, à des signes certains,
Reconnaître le cœur des perfides humains ? d
Après ce pathétique discours, vous ajoutez : « Je vais donc vous dire, après avoir regardé avec ma lunette, ce que l’on
2H$ TOURS DE S1LOTS'
a!eiifèrtrié dans la petite boîte : si c'est uhe bague, une pièce de monnaie, un châle, un manteau, été. » ‘
Tons feignez de regarder avec la lonette, et vous nommez l’objet' qûe vous1 avez dans la main.
Vous reportez la lunette, et vous dites, en revenant: « Maintenant, il s’agit de prendre cet (on nomme l'objet) qui espdans la boite enfermée dans le mouchoir, et cela, rien qu’en y touchant du bout du doigt. »
Après avoir une dernière fois fait sonner la boite, pour prouver que l’objet y est toujours,, vous prenez la main de la persooue qui tient cette boîte dans le mouchoir, vou6 la lui faites remonter doucement en disant : « Levez un peu plus, Monsieur, s’il vous plaît. »
Ce fait, de prendre la main de la personne, n’est qu’un prétexte pour avoir occasion d’appuyer le bouton de la boîte avec le pouce, afin que la petite pièce ne sonne plus.
Vous feignez d’enlever l'objet en pinçant le mouchoir, et vous le rendez à qui l’a prêté.
Vous aurez soin de faire secouer le mouchoir, pour prouver qu'il n'y a plus rien dans la boîte Vous continuez en disant : « Puisque j'ai escamoté cet (on nomme l’objet), je puis bien aussi escamoter la boîte. Mon* sieur, lorsque je frapperai du pied, vous lâcherez le tout; s’il vous plaît. »
A ce moment, vous cherchez dans le mouchoir un vide où vous puissiez pincer de chaque main un endroit où l’étoffe est simple ; car si vous la preniez en double, le mouvement serait manqué.
Lorsque vous frappez du pied, la personne lâche’ la boite et le mouchoir que vous tenez ; vous écartez vite les deux mains, et la boite vient se rendre naturellement dans l’une des deux.
Vous lâchez l’autre main, vous secouez le mouchoir , et vous faites observer qu’il n'y a plus rien , en disant : Mon-
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EXÉCUTÉS SAKS AIDES. 241
sieur, je crois que la boite s’egt sauvée dans ma poche; n’en soyez pas surpris, elle est accoutumée à prendre ce cheminlà. » Et vous retirez celle qui était dans votre poohe.
SECTION III
raison apparente , faire venir à soi des objets que l’on jette sur une table.
Ce tour, dont le moyen est très-simple, ne laisse pas cependant que d’ètre assez agréable.
On fait tirer une carte ; l’ayant mêlée avec les autres, on étale le jeu sur la table. On commande à la carte de sortir, et elle vient se rendre dans vos mains.
Vous donnez de suite cette carte à visiter, pour faire voir qu’elle n’a subi aucune préparation.
Vous empruntez une tabatière, une montre ou quelqu’autre objet. On le jette sur la table, et au premier appel, il vous
obéit avec la plus grande docilité.
Il suffit, pour opérer ce miracle, d’avoir un fil de soie noir, très-fin, d’environ uh mètre de longueur. Vous attachez une de ses extrémités à un bouton de la ceinture. L’autre bout est garni d'une petite boulette de cire que vous tenez entre les doigts de la main droite.
Cette boulette ne vous empêche pas de manier un jeu de cartes et d'en faire tirer une.
En reprenant cette carte, vous appuyez la cire en dessous, et vous la mêlez avec les autres. Vous étalez le jeu sur la table. Vous appelez la carte, en vous baissant pour la prendre, et elle vient se rendre dans votre main, au bord de la table. Vous la prenez de la main droite, et la reprenant de la w gauche pour la donner à visiter, vous détachez la cire que vous gardez dans vos doigts.
Vous empruntez une tabatière, que vous prenez de la main Sorcellerie expliquée. **
gauche, vous la reprenez de la droite, et, en la mettant sur la table, vous fixez la cire en dessous. Il en est de même pour tout autre objet.
II est à remarquer que ce transport des objets d’une main à l’autre, que j’ai dû détailler, bien que je sente combien ces répétitions sont fastidieuses, il est à remarquer, dis-je, que ce transport, qui est indispensable, est tout-à-fait naturel.
Il est aussi à remarquer que ce qui fait toute Fillusion de ce tour, c’est le mouvement que l’on fait pour prendre l’objet; car, comme on est obligé de s'incliner pour l’atteindre, et que, dans ce mouvement, le haut du corps s’approche de la table quand la ceinture recule, attire l’objet et le fait avancer, on semble aller vers lui dans le temps même qu’en sens opposé il vient vers vous.
SECTION IV
Tour du Chapelet •perfectionné .
Je vais parler d’un tour connu il y a bien deux siècles; mais je l'offre d’une manière tellement perfectionnée, que l’on pourra le regarder comme un des plus nouveaux.
On nommait ce tour le Chapelet de la grand’mère. Il est nécessaire que j’en rappelle l’explication.
Il se faisait avec trois boules ou olives de bois, qui étaient percées au milieu pour y faire passer un double cordon. On prend ordinairement deux passements d’égale longueur, on les plie chacun en deux, et on joint les deux extrémités pliées que l’on attache faiblement, soit avec un fil très-facile à rompre, soit avec un peu de colle ; mais il faut que la jonction soit la moins apparente possible. Ces deux rubans ainsi pré- • parés, étant tenus par les bouts, paraissent libres dans leur longueur et ne laissent soupçonner entre eux aucune adhérence.
On enfile les trois boules dans ces cordons, que l’on donne
à tenir par les deux extrémités. De chaque main de la personne qui les tient, on fait lâcher un des deux bouts, n'importe lequel. On forme un nœud simple, et on rend les bouts aux mains qui Tenaient de les abandonner.
A présent, si l’on empoigne ces trois boules et qu’on les tire à soi, elles se détacheront, et les cordons resteront dans les mains de la personne qui les tenait, et paraîtront libres, chacun, -dans toute leur étendue.
Voilà le tour du Chapelet comme il a toujours été exécuté. Decremps y a fait un léger changement, en substituant des anneaux aux boules, tout simplement. Voici comme je fais ce tour :
Je me sers de clefs et d’anneaux. Quant à la disposition des cordons, elle est absolument la même.
Je prends les anneaux, je les enfile comme on le fuit des boules, et, de même qu’au tour précédent, je forme un nœud simple, en faisant lâcher un bout de cordon de chaque main de la personne qui les tient, et à laquelle je les fais reprendre. Ensuite, j’enfile les clefs tout simplement dans les cordons, sans autre formalité, et je rends à la personne le bout par lequel j’ai fait passer ces clefs.
Voilà donc maintenant les anneaux et les clefs enfilés dans les cordons- mais remarquez bien que l’on ne peut dégager que les anneaux, lesquels étant retirés, les clefs restent toujours enfilées, mais ne sont plus nouées;
Ce qui fait le principal mérite de ce tour et ce qui le rend surprenant, c’est que l’on peut faire croire aux spectateurs qu’il vous est possible de détacher les uns et les autres, et cela par le moyen d’une équivoque. Ainsi, tous demandez à la personne qui tient les cordons, ce qu’elle veut, des clefs ou des bagues. Si elle demande les bagues, tous les tirez et les présentez. Si elle veut les clefs, vous tirez encore les anneaux en disant : « Eh bien ! Madame, je prends les bagues et je vous laisse les clefs, » qui effectivement lui restent. On ne peut soupçonner l’équivoque, puisque, dans l’un et l’autre cas, vous aurez pleinement satisfait à ses désirs.
TOURS DE; SALON
SECTION V
Joli tour de pièce de monnaie.
,Le tour précédent m’a fait penser à celui-ci, à cause de l'équivoque, car la même va nous servir tou t-à-1 'heure, quoique le tour soit bien différent.
On aura une boite en cuivre ou en fer-blanc d’environ 12 centimètres de hauteur sur. 5 de diamètre, ce qui lui donne une forme cylindrique.
Cette boite se compose de trois pièces qui entrent l’une dans l’autre. La partie du milieu, celle qui entre immédiatement dans la boite extérieure, a, comme celle-ci, un fond, et .m’entre pas avec trop de facilité. Ces deux parties étant fermées, .il doit y .avoir entre les deux fond s assez d’espace pour qufunespièce de cinq francs, enveloppée de papier, puisse s'y loger. La boite du milieu est arrêtée par en haut, au moyen d’un léger cordon plat, rabattu en dehors tout autour de son ouverture, mais laissant entre lui et le corps de la boite un petit vide, pour que les bords de la boite extérieure puis- ,sent entrer dedans; ce qui fait que ses bords sont cachés, et qu'on ne peut pas se douter que la boite est double. En fermant les deux parties, c’est-à-dire en mettant la boite du milieu dans la boite extérieure, le cordon, s’arrêtant sur les bonds de cette dernière, empêche la boite du milieu de descendre plus bas et de remplir le vide ménagé pour contenir la pièce enveloppée de papier.
La troisième partie entre dans la boite du milieu, un peu à l’aise; elle est un peu plus courte que las autres, c’est-àdire qu’elle, ne descend pas tout-à-fait sur le fond de la seconde boite. %
A cette troisième boite il u’y a point de fond, mais c’est sur elle qu’est placé le couvercle qui est fixé par une soudure. Ce couvercle, qu’il conviendrait mieux d'appeler la tête de
la boite, est surmonté d’un bouton que l’on tire quand on veut ouvrir. Quand les trois boites sont fermées, c’est-à-dire quand elles sont l'une dans l’autre, ce couvercle déborde autour d’environ deux millimètres.
Manière d’exécuter le tour. — Comme la deuxième partie de la boite entre un peu de force dans la pièce extérieure, on la tire un peu d’avance, afin de pouvoir l’ouvrir facilement quand il en sera besoin.
Dans le fond de la partie du milieu, vous mettrez aussi d’avance un papier plié qui doit avoir une forme ronde comme s’il contenait une pièce de cinq francs. Vous préparerez encore une petite feuille de papier toute prête à prendre, et toutes les dispositions seront faites.
En commençant le tour, on a une pièce de cinq francs cachée dans la main gauche. Et, pour disposer les spectateurs en faveur de votre tour, vous débutez par faire l’éloge de ce dernier de cette manière : « Messieurs, voici l’expérience que je regarde comme la plus précieuse de ma collection, parce que, quand je n’ai point d’argent, c’est par ce moyen que je peux m’en procurer, en en soutirant de la poche d’autrui autant qu'il y en aurait, voire rrïême tabatières, montres et autres bijoux, quand ils en valent la peine. Pour cela, je n’ai qu’à toucher la poche du bout des doigts, comme je vais toucher le fond de cette boîte pour en retirer la pièce de cinq francs que l'on va y renfermer. »
On en emprunte une que l’on fait marquer. On reprend cette pièce de la main droite, et on feint de la mettre dans la main gauche ; mais on l’escamote dans la droite, en montrant celle que l’on avait cachée d’avance dans l’autre main. Les spectateurs doivent croire que celte dernière pièce est celle qu’on vient de vous rendre après l’avoir marquée. Vous donnez cette pièce à une personne qui n’a pas vu marquer l'autre, pour qu’on ne s’aperçoive pas de l’échange.
Vous présentez une feuille de papief à cette même personne qui tient la pièce, en la priant de l’envelopper dans le
m TOURS DE SALON
papier. Dans le temps, vous allez prendre votre boite, vors l’ouvrez à l’endroit déjà disposé, et vous faites ,ipettre.la pièce enveloppée dans la boite ouverte, qui est la boite extérieure. Vous fermez, en enfonçant bien.la partie que vous tepiez de la main droite dans celle qui contient la pièce.
Vous donnez la boite à la même personne, l’oublions pas que vous., avez toujours conservé la pièce marquée dans ia main droite.
La personne tenant la boite, vous lui demandez ce, qu'elle veut de ce qu’elle vient d’y mettre, savoir : la pièce .seule qu seulement le papiçr. Si elle dit la pièce, vous, feignez de la prendre en la, tirant du bps de la boite, et vous la lui offrez en faisant voir que c’est bien celle qu'on a marquée. Si elle demande le papier seulement, vous tirez de même la pièce, en disant : « Eh bien ! Monsieur, je ne suis pas le plus partagé, je prends la pièce et je vous laisse le papier, pqipque vous le voulez. » La personne ouvre la boite elle-môjpe et n’y trouve que le papier, que l'on déchire pour prouver qu’il ne contient plus rien.
Elle ferait de même dans le cas où elle aurait demandé f& pièce, qu’on lui donnerait, et ep ouvrant la boite, elle pe trouverait que le papier.
On n’oubiie pas que cette personne, qui ouvre elle^mépie, ne peut tirer que la partie qui entre aisément dans l’autqe, qui est celle où est le bouton, et sous laquelle se trouve je papier seul.
SECTION VI
Tour des grands anneaux que Von fait voir séparément,
fermés et bien soudés , et qu’on entrelace à la vux clés
spectateurs.
Des anneaux d’up jpéjal . très-fort, participent forgés et soudés, qqe l’op engage l’un (laps l'aptre, et qu'on dégage de
EXÉCUTÉS S<4NS /UJES.
giéme aussi facilement qu'une baguette passe au travers d'qn jBIettl'eau. Je conviens que cela doit troubler la. sécurité des honnêtes gens, et que, ce moyen existant, il serait prudent ^que les autorités administratives recommandassent la plus sévère surveillance à tous les agents commis à la garde des jaaUaiJeurs. Elies verront ce qu’elles jugeront à propos de faire quand j'aurai dévoilé ce seoret d’après l’explication que m'en a donnée l’auteur.
Çes anneaux sont ordinairement au nombre de six; i|s peuvent être en cuivre ou en fer. Leur grandeur est variable, mais, terme moyen, on leur donne environ 20 centimètres de diamètre; quant à l’épaisseur du fil métallique dont ils sont faits, 7 à 8 millimètres suffiront.
De ces six anneaux, il y en a un seul d'ouvert, deux sont entrelacés et soudés; les trois autres sont séparés et soudés aussi. L’ouverture du premier est un peu plus large que l'épaisseur des branches dont ils soqt formés.
On annonce ce tpur en tenant les anneaux. Voici comment il faut les placer dans la main :
Ou prend d'abord l'anneau fendu, ensuite les deux anneaux engagés ensemble et soudés, et enfin les trois autres, de sorte que ces trois derniers soient les premiers à .prendre de l’autre main.
On dit : « Voici six anneaux qui sont solidement soudés. » On les compte : 1, 2, 3, 4, 5 et 6. On les éloigne peu en les comptant, afin qu'onme s’aperçoive pas qu’il y en a deux . qui tiennent ensemble. .On en prend un et ou le présente au premier venu, en disant d'un air indifférent, comme si cette offre était superflue : .« Visitez. » On en donne un deuxième^ npe autre personne, puis à une troisième, et on fait observer qu'ils sont bien soudés. Comme on vous voit prendre ces premiers indistinctement, on. ne doute pas que, pour les autres, il -n'en soit de même ; et, vous adressant à une personne qui .tient p n appeau, vous la priez d'en prendre un de ceux qui sont encore dans l'assemblée et de l’entrelacer dans celui
TOURS DE SALON
qu’elle a dans les mains. Tout en faisant cette invitation, vous prenez les deux anneaux qui sont engagés ensemble, et vous faites un mouvement comme si vous les entrelaciez, en disant : « Voilà comment il faut faire. » Et vous les donnez à visiter, pour que l’on s’assure qu’ils sont consciencieusement fermés. En agitant ces deux anneaux, vous eD faites couler un sur celui qui est fendu. On en prend un quatrième, on l’entrelace encore, et ainsi des autres, toujours en les faisant passer par l’ouverture de l’anneau fendu. On les retire de même par le moyen qu’on a employé pour les faire entrer.
Notez qu’on tient toujours le pouce sur l’ouverture de l’anneau fendu, et, soit pour les mettre, soit -pour les retirer, les anneaux passeut aisément sous le pouce, sans qu’il soit nécessaire de le remuer sensiblement.
Notez encore que, pour que l’on ne s’aperçoive pas du passage des anneaux, il faut les agiter beaucoup dans tous les sens, comme si vous cherchiez le moment favorable pour les engager ou les dégager.
Remarquez qu’avec le jeu de six anneaux, on ne peut plus présenter une chaîne passé quatre; alors, quand il y en a cinq et six d’entrelacés, on les montre en les écartant de différentes manières pour varier les figures que l’on représente.
Dans ce tour, chacun a sa façon d’exécuter. Il y en a qui doublent et même qui triplent le jeu des anneaux, ce qui en fait douze ou dix-huit. Alors, on peut faire de plus grandes chaînes et des figures plus variées ; mais cela ne surprend pas davantage les spectateurs, et, selon moi, cette multitude d’anneaux ne sert qu’à mettre de la confusion et de la lourdeur dans l’exécution. Je préfère ce tour avec six anneaux seulement.
Si, cependant,' on voulait le faire avec dodfze ou dix-huit anneaux, je ferai observer qu’il n’en faut jamais qu’uu d’ouvert ; maiR il est indispensable qu’il y en ait deux d’entrelacés par chaque sixain.
EXÉCUTÉS SJUNS AIDES. 219
J'ai encore .une observation à faire relativement à ce .tour : c’est que plusieurs prestidigitateurs ont cru le perfectionner en faisant fermer l’anneau qui doit rester ouvert, de la manière Ji peu près que L’on ferme les pendants d’oreilles.jCette innovation est. plus gênante qu’utile,. en ce que l'obligation dans laquelle ,on ,est d’ouvrir l’anneau avec ie pouoe, vous expose à vous pincer le doigt en ouvrant ; ou en .fermant icet anneau, et que, d’ailleurs,, cette opération, qui ne se tfait pas toujours adroitement, donne un air d'embarras qui n’échappe guère à l’attention du spectateur. Du reste, pour.peuiqoei'on sache faire ce tour, l'ouverture permanente de l’anneau ne fpent jautrais dtre soupçonnée des assistants : cette seule traison suffit pour prouver l’inutilité de cette précaution d’un anneau qui sejfeçme.
SECTION VII
La danse des pantins.
On a souvent vu ce petit tour, qui est très-récréatif, et, comme je ne pense pas qu’il ait jamais été .publié, -je .cnois pouvoir l’insérer dans ce chapitre.
Les pantins qui servent dans ce tour sont tout simplement ceux que l’on trouve chez les marchands de jonets d’enfants ; seulement, il faut façonner des deux côtés de la. tète, deux ,petjtes cornes qui tombent verticalement le long du visage. Ces, petites. cornes servent de crochets pour suspendre Jes .pantins à un fil dont il va être question. Placées le long du Tto^ge, comme il vient d’être clit, ces cornes ntont .rien d’étrange, parce que, pour les faire, on profite des boucles de cheveux, de fleurs ou de tout autre ornement dont on se .pare ordinairement tla figure. On les découpe avec des ciseaux.
Pour mettre en.action le talent de Mademoiselle Colombine et de Monsieur Paillasse, on aura un fil très-délié. de soie «noire, à un des bouts duquel. sera attachée une petite épingle
TODRS DE SALON
de même couleur, et qui sera repliée en forme de crochet. Une boulette de cire ou de toute autre matière sera fixée à. l’autre extrémité du fil.
On accrochera l’épingle d’avance sur le côté extérieur du genou gauche, et on tiendra la boulette dans la poche du gilet à droite. Cette boulette ne sert qu’à faire trouver facilement et maintenir le fil qui y est attaché.
On fait visiter les danseurs et on les reprend.
Pour ouvrir le bal, le chef d’orchestre, je veux dire celui qui dirige la danse, ne monte pas dans une tribune, comme cela se pratique ordinairement, mais s’assied sans façon sur le plancher, après avoir pris la petite boulette qu’il doit tenir dans la main droite.
Etant assis, il écarte les genoux, sur lesquels il fait passer le fil qui doit être un peu tendu. Dans la main où est la boulette, on tiendra aussi une baguette ou toute autre chose, un couteau, une clef, etc. Cet objet sert à battre la mesure dans le moment de la danse.
On prend la danseuse par les cheveux, bien que cela ne soit pa3 l’usage, et on la place entre ses jambes (à soi) ; on l'invite à se tenir debout, et elle se laisse aller par terre ; on la relève, en l’engageant à ne pas pousser la timidité si loin. On la soutient un moment. Cette fois, elle se tient droite, mais un peu chancelante sur ses pieds, peut-être de honte de ce qu’elle vient de faire. Enfin , quelqu’un est prié de chanter ou de jouer d’un instrument, car on ne danse pas sans musique, et la danseuse, animée par les sons, s’acquitta de son rôle à la grande satisfaction de l'aimable société. On fait danser pareillement Messieurs Polichinelle et Arlequin , et même le seigneur Cassandre.
Les deux petites cornes qui sont de chaque côté delà tète des pantins, sont un peu repoussées en arrière, ce qui fait qu’elles s’agrafent naturellement au fil quand on veut que les pantius restent droits.
Lorsque l’on fait de la musique, celui qui fait le tour et
' qui tient dans sa main un des bouts du fil, sous prétexte de battre la mesure en frappant sur le plancher, imprime au fil une continuité de secousses qui donnent des mouvements divers aux petites figures dont les cuisses et les jambes sont mobiles, ce qui occasionne à chaque moment des attitudes très-comiques.
Au théâtre, ce tour produit beaucoup d'effet, parce que les figures sont isolées sur la table, et paraissent absolument abandonnées à elles-mêmes. J'en parlerai dans le troisième chapitre où il est question des tours de théâtre.
SECTION VIII
Joli petit tour , très-mignon, très-coquet et saupoudré de la plus fine fleur de galcmtefîe.
Ce petit tour n’eat point connu, et je ne pense pas qu’on l’ait jamais vu faire.
Il faut avoir une petite boite carrée, la même que j'ai décrite dans la première partie, article deuxième, chapitre II, section XX, page 119, à la différence que, dans celle qui sert pour ce tour, on ajoutera un double fond très-mince et d'un fiois pareil aux deux fonds de la boîte. Ce double fond doit entrer aisément dans ladite boite, afin qu’il puisse tomber avec liberté sur l’un ou l’autre des deux fonds de cette boîte en la fermant.
Il faut aussi un petit sac en satin, dans lequel on fera mettre une cloison de même étoffe, ce qui formera deux poches dans le sac. Ce sac est arrondi dans le bas, pour que les petits objets que l’on y met puissent se rassembler plu* facilement et être saisis plus aisément avec la main. Dans l’une des poches, il y aura une vingtaines de petites cartes qui porteront chacune une question différente. Dans l’autre poche, on mettra tin pareil nombre de petites cartes, mais
252 TOURS DE SAXON
qtti porteront toutes la même question, par exemple, celle-ci : Oit tïouve-t-on le bonheur?
SUT le dos d’une carte ordinaire, que je suppose être le rOi'dë cœur, vous écrirez ces mots : Auprès de vous , Madame. \büs ihettreR d’avance cette carte dans la botté et vous la couvrirez du double fond. Pour cela, il suffît de la mettre dams la partie de la boite qui ne contient pas alofsle double fdrtd; et foire tomber dessus l’autre: partie, en fermant la botte, qui paraîtra vide en la rouvrant.
Les choses ainsi disposées, voici comment vous' fereR- le tour :
Vous ouvrez la poche du sac où sont les questions diverses, et vous priez une dame de les prendre pour qu’elle les examine et s’assure qu’elles sont toutes différentes. Elle les remet dans le sac et dans la poche où elles étaient, et, par un léger mouvement des doTgts, vous repoussez la cloison de l’autre côté, et la poche aux questions pareilles se trouve ouverte enmême temps que l’autre se ferme. Vous dites : « Madame, ayez la complaisance de prendre au hasard une dés questions que voïis venez de visiter. » La dànie en tire une, croyant la prèndre parmi celles qu’elle vient devoir, et la garde.
Vous prenez un jeu de cartes, et vous faites tirer forcément le roi de coeur, par ùu homme, et vous ldi dites : « Monsieur, vous allez mettre dans cette petite boite la carte qne vous vêtiez* de' tirer au hasard, et, sur le dos de cètte carte, paraîtra la réponse à la question que Madame a prise. «Vous fermez la boite et la rouvrez de suite en disant : « Monsieur, je ne veux' pas fermer la boité, je la laisserai ouverte, pour vous convaincre qu’il n'y a point d’escamotage ; vous pouvez môme garder la carte dans vos mains, mais en tenant la figure endèssus, pour ne pas faire manquer l'expérience . » Il la reprend, non- pas la'mème, comme il le croit, mais celle qui porte la réponse; et la dame prononçant sa question : Où troUve-t-on le bonheur? il répond, en retournant sa carte : Auprès de vous , Madame. Ge qu’il dira aussi gracieusement que sa galanterie naturelle le lui permettra.
On pourra varier les questions et les réponses, si, une autre fois, on voulait faire le même tour devant les mêmes personnes. Par exemple, vous pourriez mettre dans la poche des questions pareilles à celle-ci : Quelle est la 'personne que vous aimez le mieux ? et, sur la carte, cette réponse : Vous, Mademoiselle, puisque vous voulez le savoir.
Alors on fait prendre la question par une demoiselle, et la carte par un jeune homme, qui peut, sans scrupule, faire cette déclaration, puisqu’il est obligé de rendre de vive voix la réponse inscrite sur la carte.
Ce petit tour donne matière à des propos gais et plaisants, et, certes, si vous ne le trouvez pas galant, vous êtes difficile.
SECTION IX
La boule magique.
Ce tour se faisait anciennement avec un vase composé d’une cuvette (1) et de son couvercle. II était assez grand pour contenir une boule de la grosseur d’une bille de billard, qui entrait à moitié dans la cuvette.
Dans le couvercle, qui était de même volume que la cuvette, et, comme elle, d’une forme demi-sphérique, il y entrait une coque de même bois que la boule et tournée très-mince, afin de pouvoir couvrir la boule et la représenter. Cette coque, qui avait parfaitement l’apparence, à l’extérieur, d’une demiboule, étant dans le couvercle, paraissait être son fond.
Tout autour de ce vase étaient figurés des cercles demironds que l’on appelle joncs en terme de tabletterie.
Ces joncs, qui paraissaient faits pour l’wjolivement du vase, ne Tétaient que pour dissimuler la fermeture de la coque. Pour
f ij On nomme curette un rate quelconque, quand on rcut le distinguer de ton courercle. (Eapreasion technique.)
Sorcellerie expliquée. 22
TOURS DE SAÎSOW
aire le tour, on découvrait la vraie boule, que l'on jetait sür la table. On fermait le vase, On prenait la bocrle, que l’oû escamotait en la faisant tomber sur la gibecière, en cfiscftrt qu’on l’envoyait dans sa boîte fermée.
Ou levait le couvercle en laissant la coque, qui paraissait être la véritable boule.
On refermait le vase, et mettant la main Sôüs la table, comme pour prendre la boule au travers, on prenait celle qui était sur la gibecièrè, on la montrait/ et on ouvrait le vaëè a l’endroit qu’il fallait pour qu’il parût vide.
Ce tour est, depuis longtemps, connu de tout le monde, et, comme le vieux tour de la boîte aux œüfs, on serait ridicule maintenant de le présenter, même dans un village ; mais le voici bien rajeuni.
C’est un vase de la forriie à* peu prés du premier. Il n’y a point ici de coque, il n’y a qu’une simple boule dans un vase en bois sans préparation. Mais le couvercle de ce vase est assez profond pour contenir dans son intérieur toute la boule. Cet intérieur est creusé de façon à maintenir cette bdule,pour pieu qu’on la presse.
Tout le secret du to'ur consiste en ce que la boule étant dans la cuvette de la boîte, par une légère et brusque secouésfe, on la fait remonter dans le couvercle. Cette secousse n’eât pas sensible aux yeux des spectateurs, parce qu’elle se confond avec un mouvement indicatif que l’on prend occasion de faire en parlant, comme en disant : « Monsieur, voulez-vous tenir la boite? » ou : « Je posé ce vase sur la table, » etc.
Quand la boule est remontée dans le couvercle, pour la faire retoibber dans la cuvette, il û’y a qu’à fermer un peu sèchement; du reste, en fermant, le choc des deux parties de la boite suffit peur faite redescendre la boule.
Pour ce tour, il faut deux boules pareilles. Il y en a une de placée sur la gibecière de la table, l'autre est dans son vase. Il n’en parait jamais qu’une. Vous vous mettez devant votre table, après avoir fait visiter la boite et la boule. Yous mettez
j$tfe dernière dans le vase, à la vue des spectateurs, et vous
faites remonter dans le couvercle, en posant le vase sur la table.
Vous prenez secrètement la deuxi ème boule sur la tablette, vous la cachez dans la main, et, en pinçant le bouton qui est sur la boite, vous montrez cette boule au bout des doigts, comme si vous veniez de tirer celle qui est enfermée. Vous levez le couvercle, pour faire voir que la boîte est vide.
Vous refermez, et comme, en fermait, la boule couvpççle retombe daps la cuvette, vous reprenez celle qpi .est çestée sur ja table, et vous l’escamotez comme les bquiesde cuivre, en la laissant retomber de même sur la gibecière. ,Vops ouvrez la boite poqr faire voir la boule qui se remontre $ qui est censée celle que vous venez d’escamoter.
Vops remettez le couvercle, en reprenant adroitement J>pule.qqi est sur la tablette ; yous tendez le vase ^nfte sonne, ,eu M priant de prendre la boule, sons pré tmtle.de Iqi faire voir qu’elle est bien paturebe. Vous la lui faites remettre 4aps le ,vape qt couvrir elle-même du couvercle. Vous lui 4cmum: le .vase à tenir, en faisant remonter la boule, que vous feignezde tirer pqr ,1e pied du v^se, en, montrant subitement celle que vous teniez çachée dans la mqin droite.
VOUS levez vous-même te couvercle, pour faire voir que la jbpîtpîpe -contient plus rien. Vous remettez ;çe cpuvercle, et ,ypus prenez le vase de? mafns de lp personne qui le tenait. Vous allez à votre table, sur laquelle vous posez le vase, et#p escamotant de nouveau, sur la gibecière, la boule qui ,yous restait dans la main, vous lui dites de rentrer dans la bolfe ; ,vous -découvre?, et on revoit la boule.
Qp pq(uliyarier ce four et le prolonger beaucoup, surtout spi $n se .sert de deux bolfes, corame le font quelques prestidigitateurs. tOn fait passer la boule d’une boite dans l’autre, ep -réitérant plusieurs fois, ce qui produitypeaucoup d’edet.
Ce tour est le triomphe de Courtois, prestidigitutepr r.e-
TOURS DE SALON
Les amateurs qui voudraient se procurer ces vases les trouveront chez les constructeurs d'objets de physique amusante. Ils nomment ce tour les muscades hollandaises .
SECTION X
Métamorphoses.
Ce tour est fort joli, point connu et très-facile à exécuter. On peut le faire au théâtre comme dans un salon, et je ne crois pas qu’il se trouve dans aucun répertoire de prestidigitateurs.
Ces métamorphoses n’ont rien de commun avec celles d’Ovide, ni avec celles des fées d'autrefois, qui, d’un coup de baguette, changeaient les citrouilles en calèches, les hannetons en chevaux de carrosse et les souris en demoiselles ; et qui, de plus, aussi puissantes que Jupiter, ont favorisé Perrault d’une petite place parmi les mortels immortels.
J’avouerai encore que je n’ai pas la prétention de comparer mes métamorphoses à celles qu’ Apulée a faites dans son Ane d’Or : je suis loin de donner les miennes pour aussi merveilleuses ; mais, enfin, elles ont leur mérite.
Effet du tour. — On donne à visiter un mortier en bois et son pilon. On fait aussi visiter un œuf. On fait mettre cet œuf dans le mortier, et on donne dessus un fort coup de pilon.
On voit alors un oiseau des plus laids qui semble sortir de l’œuf cassé.
Pour rendre présentable ce vilain animal, on le met dans un petit vase rempli de millet, que l’on couvre d’une cloche qui aura aussi été visitée avant. Un instant après, on enlève la cloche, et il sort du vase un joli petit serin, et le millet, qui a disparu, est remplacé par des fleurs que l'on jette sur les dames qui sont présentes.
Explication. — La masse du pilon est creuse et d’une ca-
EXÉCUTÉS fîküSi AIDES. 257
jP^cité assez- étendue pour, contenir u p moineau franc, appelé »yt^gai reniant pierrot.
fiette masse du pilon est fermée au bout par une rondelle ,pla,te qui qntre à feuillure. jLe manche est percé dans toqfe .Sa longueur, afin de donner 4e l'air à l'oiseau qui est renfermé dans la masse.. On a aussi op deuxième pilon, mais me^ifi ipi est celui qu’on donne à .visiter, et que l’on échange en ! al^ut .chercher d’œuf.
[Le .portier ;a la forme que l’on donne ordinairement agx jparhers , eu fente. Quand il est .tourné, on ajoute une oreille de chaque côté, ce qui complète la figure.
, Macreuse ce mortier en rétrécissant ,un peu l’ouverture JP adlapt vers ,1e fond? afin que le pilon s’arrête au point iPUnvenable pop r ne. pas toucher l’œuf et l’écraser.
•Quand pp frappe, la .rqndelle dont j’ai parié .se [détache du pUon et , reste .attachée dans je mortier, duquel l’oiseau îSMrt, ayant recouvré la liberté.
..Qe moi;tier ept ,1e môme qui sert pour la montre briséept JBMXOwnohée.
>Le vase est en. cuivre ou en fer-blanc peint, de la forge 4'nn gobelet qui serait aussi large par le bas que par le haut. ïB.ja ,un bord plat de 4 on 5 pailUmètres de largeur. On -.fait percer sou fond de quelques trous, pqur .donner de l’air au ^efimqu’on'jy enfermé-
<Quaptià la grandeur,- elle te?t proportionnée à la grosseur ~4e l’oiseau, («pii^ioit y, être un peu à l’aise.
Pans .Æe vase,!U en enfee un .second, d’un tiersseulement 4e, la. hauteur dupcemier.JUa aussi un bord plat,«iaispUis Jargehpeu près d’on miMimètre que celui du grand vase.
, fie deuxième vaso doit/onfrer facilement dans le premier rrêt en rSorUrdemême-
•Engn, up antre- vase, auquel on bonne quelquefois la ferme d’une plofibe, ..souy.ent celfe d’up cône tronqué, au .sommet bufluel on t ajuste , un .manche, empiète l’appareil.
r fie, yase iftSt fejt aussi -qn , qui vrepn en fer^fehc; jl sert.à
TOURS DE SALON
couvrir ceux dont on vient de parler, et à enlever celui qui est contenu dans l'autre. Il doit les couvrir totalement, mais de manière à pouvoir serrer le bord du petit vase, qui est un peu plus large que celui de dessous, qui appartient au plus grand vase. Par ce moyen, quand on lève la cloche, on emporte avec elle le petit vase et ce qu’il contient.
Avant de commencer le tour, voici les dispositions qu'il faut faire : vous enfermez dans la masse du pilon un moineau des plus laids, ou qu’on peut rendre tel en lui coupant une aile à moitié et quelques plumes par-ci par-là, et en le mouillant un peu.
Dans celui des deux vases qui contient l’autre, vous mettrez des feuilles de roses, et sur ces feuilles un joli petit serin. Dans celui qui entre dans l’autre, et dont l’ouverture, qui est à découvert, paraît être celle du grand, vous y mettrez de la graine de millet, et l’emplirez aux deux tiers environ.
On comprend maintenant qu’il faut que les vases soient assez grands pour que, quand le plus court est placé dans l’autre, l’espace qui est entre les deux puisse contenir aisément les fleurs et le serin, qui ne doit pas y être pressé, car les oiseaux aiment à être au large, et ne sont pas du goût de ces dames, qui veulent être serrées par leur taille, en disant que rien ne les gêne plus que d’être à l’aise.
Ces dispositions prises, vous faites visiter le mortier et le pilon massif. Ensuite vous allez chercher un œuf préparé sur une table de derrière, et, en le prenant, vous faites l’échange du pilon en vous emparant de celui qui contient le moineau, et en laissant le massif à la place. Le pilon creux doit être caché derrière d’autres objets. Tenant ce pilon au moineau et le mortier, vous donnez l'œuf à visiter; après, vous le faites mettre dans le mortier, et vous donnez dessus un coup avec le pilon. L’oiseau, redevenu libre, se montre, et vous feignez d’être surpris de sa présence et humilié de sa laideur.
Vous dites : «Voilà un Monsieur d’une mise bien négligée pour se présenter en bonue compagnie ; heureusement que
j’ai ici une graine merveilleuse qui a la propriété de métamorphoser tout animal qui en aurait mangé seulement deux ou trois grains. Elle me vient d’un pays où tout est extraordinaire ; je ne vous dirai pas son nom parce que je ne peux pas le prononcer, ce mot n’étant composé que de vingt-sept consonnes.
» Dans ce pays-là, ce sont les femmes qui battent les maris et les hommes qui donnent à téter aux enfants : c’est une coutume que je trouve très-louable, car il en résulte que l’on n’y rencontre point de mauvais ménages.
» Ce peuple n’a qu’un désagrément, c’est que n’ayant qu’un soleil de qualité médiocre et à moitié usé , il fait si froid l’hiver que le feu gèle, ce qui les gêne beaucoup dans la cuissen de leurs légumes.
» Du reste, tout y est agréable, on n’y trouve qu’honnêteté et prévenances. On prendrait les habitants des campagnes pour des bergers et des bergères du temps des Amadis, et tels qu’on en voit encore dans les pastorales et les idylles de Gessner, tant ces braves gens ont de délicatesse et de savoirvivre. Jusqu’aux échos, qui sont en grand nombre chez eux, paraissent avoir reçu l’éducation la plus soignée ; car, si on leur fait une question, ils ne vont pas bêtement, comme les nôtres, répéter mot à mot ce que vous dites, comme un enfant auquel on apprend sa leçon : ils répondent toujours obligeamment et à propos. Si, par exemple, vous êtes au milieu d’une plaine, et que vous vous mettiez à crier : Comment vous portez-vous ? l’écho répond de suite : Ça ne vas pas mal , et vous ? Enfin, on peut faire avec ces invisibles personnages une conversation très-sensée. »
Mais je m’aperçois que la mienne ne l’est guère, et que je ferais mieux de continuer l’explication de notre tour.
On prend le moineau et on le couche sur la graine. S’il se débattait trop, on l’entourerait d’un léger ruban pour lui assujettir les ailes et les pattes.
On le couvre de la cloche en appuyant un peu, pour étrein-
ÏQURS #£ SALON
dre les bords du petit.va&e. Ou attend quatre ou cinqseyqnjdes, comme pour donner le temps à l'oiseau démanger qu&l- .ques .grains. ,On retire la cloche, qui enlève asec .cUe Je moineau et la graine palors&AerinsqrJ; de, sa prison et s'qpi^ole.
On prend le vase en disant:- «Il paraît qu'il a ^ouy.é da graine de son goùt^car voilà tout.ce .qp'il a Iti&é.yamis Xous de voyez sous un habit plus décent.
Et on jette les feuilles de rose sur les daipes.
Nota. — Si vous deviez entourer de moineau ,d-un ,r,ubap, til faudrait , en Attacher un pareil à la patte dp serin*
Ce tour .en présente plusieurs : le moipeau que l’on ovqit Sortir d'un œuf cassé; l'apparition du serin en place :duwqineau ; le millet qui disparaît et qui sqijnhle changé en fepilllqs >de roses; tout celaen fait.un tpur très-agréable.
SECTION XI
Le tvur du -sucre et du café en grains.
Effet. — On fait voir deux bottes, dont l'une est emplie de sucre, et l’autre de café en grains.
Pour prouver qu'il n'y a point de fraude, on verse tout le sucre et tout le café dans des vases séparés, et on les remet dans les boîtes que l’on éloigne l’une de l'autre.
On prie les spectateurs de bien remarquer où est le sucre et où est le café.
On les montre de nouveau sur place. Ensuite on touche les boites du bout d’une baguette, celle qui contenait le sucre est alors remplie de café, et celle qui contenait le café est pleine de sucre. Enfin, ces deux amis ont changé invisiblement de domicile.
On vide encore une fois l'un et l’autre, pour faire voir que le déménagement n’est pas une illusion.
Un speotateur qui voyait faire ce tour disait à ses voisins
et le plus bas possible : En vérité, en y songeant, on n'est pas en sûreté dans un spectacle tomme celui-ci. Ces métamorphoses, ces objets enfermés qui changent de lieu invisiblement et sans bruit, à la volonté du magicien, tout cela doit donner de l’inquiétude aux spectateurs qui portent sur eux quelque chose de valeur. Je crois qu’il serait prudent de tenir toujours les mains dans ses poches; et encore est-on bien sûr que cette précaution ne serait pas inutile ? ces sorciers sont si malins ! On m'a assuré qu’un jour un monsieur avait prêté quelques pièces d’or à un prestidigitateur, qui les rendit après avoir fait son tour. Mais le Monsieur, de retour chez lui, ne trouva plus que des moules de boutons en place de ses louis. Vous voyez ce qu’on risque, si le physicien n’est pas riche en probité. Aussi, j’ai soin de me tâter souvent pour m’assurer que ma montre est toujours dans mon gousset et ma bourse dans ma poche : vous agirez sagement en faisant comme moi.
On va voir, par l’explication du tour, combien ces craintes sont chimériques et mal fondées, et à quel point le savoir du prestidigitateur est calomnié. Ceci nous donne la mesure des lumières et de la sagesse des tribunaux d’autrefois, qui condamnaient au bûcher les prétendus sorciers, qui ne l’étaient pas plus que ceux qui font lè tour que je vais décrire.
Dans ce tour, on se sert de deux boites d’une forme cylindrique qui ont environ 12 centimètres de hauteur sur 9 de diamètre ; elles doivent se ressembler parfaitement.
Sur ces boîtes s’ajuste une deuxième partie qui n’est guère plus haute que la gorge de la boite.
Cette partie a un fond en treillage de fil- de-fer ; elle est faite de deux pièces qui, entrant l’une dans l’autre, sont réunies en haut, et, ne se touchant pas dans le bas, laissent un espace pour recevoir la gorge de la botte. Quand cette partie est mise sur la boîte, elle n’en change pas la forme, car c’est elle-même qui sert de gorge au couvercle quand on ferme