‹ La sorcellerie ancienne et moderne expliquée, ou, Cours complet de prestidigitationChapitre 46 sur 64 · JEU DES TABATIÈRES · texte numérisé non relu

JEU DES TABATIÈRES

chez tous les marchands de quincaillerie. Vous ferez à l'avance la petite préparation que voici : Vous joindrez deux de ces fausses bagues ensemble en les liant avec un bout de ces petits rubans étroits que l'on appelle faveur. Il faut avoir deux de ces accouplements. Pour les lier, on fait deux nœuds et on coupe le ruban de manière à ne laisser aux bouts formés par la ligature qu'environ un centimètre de longueur.

Maintenant occupons-nous de la manière d'exécuter le tour.

En commençant, vous aurez dans la main droite un accouplement de ces fausses bagues, mais de façon à ne pas laisser apercevoir que vous tenez quelque chose. Vous aurez l’autre accouplement dans la poche.

Vous demandez une tabatière que vous prendrez de la main gauche quand on vous l’offrira. En vous tournant du côté de votre table, par un mouvement naturel, vous transportez la tabatière de la main gauche àla droite comme étant plus à portée pour la poser sur la table ; mais en faisant ce mouvement, vous entr'ouvrez légèrement la tabatière en levant un peu le couvercle avec le pouce de la main gauche, et tout en prenant de la main droite la tabatière, vous y introduisez adroitement les bagues par l’ouverture que vous venez de faire et vous la posez sur la table. Ces mouvements manuels sont faciles à opérer et doivent être exécutés en un instant.

Mais il pourrait, dans cette circonstance, se présenter un hasard assez contrariant, il est prudent de le prévoir pour le prévenir.

Quand vous empruntez une tabatière, il pourrait arriver que cette tabatière fût dure à ouvrir et que le pouce seul ne fût pas assez fort pour faire mouvoir le couvercle. Or, voici ce qu’il faut faire pour éviter ce contre -temps. Au moment où vous prenez la tabatière, vous demandez au prêteur s’il y a du tabac dedans. Tout en faisant cette question» et par un mouvemeut imperceptible des deux mains vous faites jouer un peu le couvercle. Si la boite était difficile à

SUPPLÉMENT

ouvrir, vous la laisser un peu entr’ouverte pour qu’elle n’oppose pas de résistance à votre pouce ; dans le cas contraire, il- nfy a rien à craindre.

Quand vous aurez posé sur la table la tabatière que vous venez d’emprunter et dans laquelle vous aurez introduit les deux fausses bagues, vous demanderez une bague simple ou une alliance, en disant que vous n’osez plus faire cette expérience avec des bagues à chaton depuis qu’il vous est arrivé de les briser à cause de la difficulté qu’elles ont pour entrer invisiblement dans les tabatières sans les ouvrir.

Gette raison, toute biscornue qu’elle soit, sera toujours acceptée sans marchander, comme de bon aloi, par les spectateurs, tant ils ont de confiance dans la véracité de l’escamoteur. ^

On comprendra bientôt que le tour dont nous nous occupons serait impossible avec d’autres bagues que celles que l'on demande, à cause de la variété infmie de formes qui existe dans toutes les autres, et qui sont le plus souvent à chaton; du reste, toutes les dames portent des bagues simples ou des alliances, et il n’est pas difficile de s’en procurer.

Ayant reçu la bague dont nous venons de parler, vous dites : « Mais à propos, si l'on voulait me confier encore une deuxième bague,, le tour serait beaucoup plus joli'. » Cette deuxième bague est. bientôt trouvée; vous la faites lier avec la première en présentant un bout de ruban pareil aux bouts qui vous ont servi pour accoupler les vôtres; vous aurez soin d’expliquer la manière de les lier, afin que cette ligature soit pareille à celle de vos fausses bagues.

Pendant que l’on s’occupe de cette jonction, vous prenez secrètement de la main gauche les deux fausses bagues, aussi liées, que vous teniez en réserve dans votre poche. On vous rend les deux vraies bagues que l’on vient de joindre; vous les prenez de la main droite et, feignant de les mettre dans la gauche, vous laissez paraître celles que vous teniez dans cette main en retenant les deux bagues d'or dans la main droite.

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