‹ La sorcellerie ancienne et moderne expliquée, ou, Cours complet de prestidigitationChapitre 47 sur 64 · JEU DES TABATIÈRES · texte numérisé non relu

JEU DES TABATIÈRES

Vous présentez à quelqu'un ces deux fausses bagues que l’on croit être les vraies, vous priez cette personne de les garder un moment. Vous aurez soin de ne choisir cette personne que parmi les plus éloignées de celles qui ont prêté les bagues, pour ne point vousexposer au hasard d'nne fâcheuse découverte, quoique cependant cela soit peu à craindre.

En continuant le tour, vous dites : «Comme nous avons deux bagues, cela me fait penser que nous pourrions bien aussi avoir deux tabatières, le tour serait encore plus curieux.» On vous en donne une seconde, et en la portant sur votre table, vous y introduisez les vraies bagues qui vous restaient dans la main droite, de la même manière que vous avez mis les premières bagues fausses dans la première tabatière. Dans les deux boîtes qui sont sur la table, l'une contient donc les bagues prêtées, et l’autre les fausses qui représentent les vraies.

Maintenant, vous allez reprendre les bagues que vous avez données à tenir à une personne. Ces bagues fausses sont, bien entendu, toujours regardées par les spectateurs comme les vraies bagues qui ont été empruntées dans l’assemblée. Vous annoncez que vous allez faire passer ces bagues que l'on vous a confiées, dans celle des deux tabatières que l’on désignera. Si l'on vous indique la boîte où se trouvent les bagues d'or que vous avez empruntées, alors vous feignez de mettre dans la main gauche les deux bagues que vous tenez de la main droite, en les escamotant dans le creux de cette même main, comme cela est expliqué dans la Sorcellerie expliquée, à la fin de l'article intitulé : Manière d’escamoter la pièce , p. 147. Vous faites prendre et ouvrir la tabatière par un des assistants, et on fait reconnaître les bagues par les personnes qui les ont prêtées.

Mais comme il faut tirer parti des bagues qui sont dans la tabatière restée sur la table, vous reprenez les bagues d'or que l’on vient de sortir de la première boîte et vous dites : « Quelques personnes penseront peut-être que le hasard m'a servi et que j'aurais été fort embarrassé si l'on.avait désigné

SÜPPLÉMEOT.

l'autre tabatière. Pour vous prouver que l’on se tromperait et qu'il m’était aussi facile de les faire entrer dans l'une comme dans l'autre, je vais envoyer ces mêmes bagues dans la boite que l’on n’a pas choisie. » Vous escamote* ces bagues comme vous venez de le faire. On invite encore à prendre et à ouvrir cette dernière tabatière et on y trouve les bagues qu'elle contenait.

Le tour parait ainsi terminé, mais il vous reste dans la main les vraies bagues, et ne paraissant plus préoccupé que du soin de remettre aux personnes les objets qu'elles ont prêtés, vous prenez la tabatière qui était restée vacante, et, en allant vers la personne à qui elle appartient, vous y introduisez les vraies bagues, toujours de la même manière, vous rendez cette tabatière, et de suite, vous allez prendre les dernières bagues que l’on vient de sortir de la dernière boite, et vous approchant de la personne à laquelle vous venez de rendre sa tabatière, vous lui demandez si elle veut prendre la peine de remettre elle-même les bagues aux dames, qui les ont prêtées. Gette personne, bien qu'étonnée de la commission, répond tout naturellement qu’elle y consent. Elle veut prendre de vos mains les bagues que vous tenez, mais vous lui dites : « Puisque vons le voulez bien, monsieur, je renvoie ces bagues dans votre tabatière et vous laisse le soin de les rendre à ces dames. » En conduisant vivement cette manœuvre, on ne donne pas le temps à cette personne d’ouvrir sa tabatière si par hasard il lui en prenait l'envie.

Dans le deuxièmé cas, c’est-à-dire, si l'on vous indique pour l’introduction des bagues, la tabatière où sont les faux anneaux, alors, avec ces fausses bagues que vous avez reprises à la personne qui les tenait, vous faites le même escamotage, qui vient d’ôtre expliqué pour le cas où on aurait désigné la boîte qui contient les vraies bagues. Vous faites de même ouvrir la boite par un des spectateurs, qui fait voir à l'assemblée les bagues que l’on croit toujours être les bagues prêtées. Vous reprenez ces fausses bagues des mains de la personne qui vient de les sortir de la tabatière, et vous em-

TOUR DE CARTES

ployez la mémo ruse que dans le premier cas, pour avoir occasion de faire reprendre les vraies bagues qui sont dans la tabatière restée sur la table, en disant par exemple : « Messieurs, je vais envoyer ces mêmes bagues qui viennent de sortir de l'autre tabatière, dans la boite qui se trouve encore sur la table pour donner au possesseur de cette boite le plaisir de rendre lui-même ces bagues aux dames qui ont eu la bonté de les prêter. » Vous escamotez les bagues comme cela a été dit. On ouvre la tabatière pour en retirer les bagues que l'on rend aux personnes qui les ont prêtées.

Nota. En se servant de deux bagues et de deux tabatières, ce tour est non-seulement beaucoup plus magique, mais a encore l'avantage d’être plus facile à exécuter, parce qu'il est moins aisé d’escamoter une seule bague que deux liées ensemble.

SECTION II

Moyen de réussir avec toutes les cartes du jeu , le tour décrit dans la Sorcellerie expliquée : Section III du chapitre II, page 40.

Ce tour que l'on trouve où je viens de l'indiquer, est d’autant plus agréable, qu’avec la surprise qu'il produit, il peut amuser longtemps une nombreuse assemblée de personnes réunies autour d’une table.

On voit qu’après avoir appris un petit tour à l’assemblée et l'avoir laissé faire plusieurs fois, on est tout-à-coup empêché de le réussir par la volonté du prestidigitateur, mais que l’on peut le réussir de nouveau, si ce dernier vous en donne la permission.

Ceux qui ont lu l'explication de cette récréation, savpnt que le petit tour que l’on enseigne à l'assemblée ne peut réussir que quand on a retiré secrètement quatre cartes du jeu, une de chaque couleur (1), et que quand on veut qu’il

(i) Expreuioo impropre, mai* adoptée jer toui let jousura de cartel, qui diteot loi

SUPPLÉMENT

ne réussisse pas, il faut remettre adroitement dans le jeu, les quatre cartes que Ton en avait retirées.

Un jour il me prit l'envie de chercher s'il y avait un moyen de réussir ce tour avec toutes les cartes du jeu, et j'ai trouvé ce moyen qui démonte d'une manière très-comique ceux qui, sachant le tour tel qu'il est, le voient réussir avec toutes les cartes. Leur surprise est d'autant plus grande, que ceux qui connaissent et se servent du moyen dont il est question, feignent d’ignorer tout-à-fait le tour, ce dont j'ai été témoin, le hasard m'en ayant procuré l'occasion, comme je le raconterai à la fin de cet article. Voici notre moyen, que je n’explique que pour ceux qui savent le tour décrit dans la Sorcellerie expliquée, les autres ne pouvant me comprendre.

On sait que quand les colonnes verticales des cartes sont formées, il faut les ramasser en commençant à droite. On relève ces cartes en les faisant couler l’une sous l’autre du haut en bas. La première colonne étant ramassée, on met le paquet sur la dernière carte de la colonne d’à côté, à gauche, et on ramasse les cartes do cette deuxième colonne, toujours de la môme manière, c'est-à-dire en prenant les cartes par le haut et les faisant couler l'une sous l’autre jusqu'en bas, et ainsi de suite pour relever les deux autres colonnes. Voilà comment il faut opérer, pour que le petit tour démontré réussisse avec vingt-huit cartes, mais qui serait manqué si le jeu était complet.

Pour qu’il réussisse avec les trente-deux cartes, on suit la môme marche; toute la dilTérence qu’il y a, c’est que, en ramassant les cartes, il faut, le plus adroitement possible, mettre la première carte qui est en tète de chaque colonne, sur le tas que l'on vient de former en rassemblant les caries de la colonne. On pose toujours de même ce premier paquet sur* la dernière carte de la seconde colonne, que l'on ramasse toujours de la môme manière ; mais aussi, toujours en mettant

quatre couleur», en parlant de« point» de pique, trèfle, carreau et cœur, où il e’y a réellement dus» ce» point» qt.e deux couleur», le rouge et le noir.

TOUR S& CARTES

la première carte de la colonne que l'on ramasse au-dessus du tas qui se forme par la réunion des paquets. Ayant procédé ainsi jusqu’à la quatrième colonne inclusivement, on fait couper le jeu autant de fois que l'on veut, mais d’une coupe simple j on découvre les cartes en formant quatre tas, et on Toit que toutes les couleurs sont rassemblées, comme quand on ftût le tour avec vingt-huit cartes seulement.

A ce sujet, je raconterai, qji’il y a peu de temps, je me trouvais en compagnie de plusieurs personnes de connaissance; une d’elles, homme joyeux et divertissant, sachant (pielques tours dont il était fier, et qu’il exécutait avec intelligence, nous fit entre autres celui dont il vient d’être question, mais par la méthode ordinaire, ne se doutant pas que , Ton puisse jamais le faire avec toutes les cartes.

Il démontra comment il fallait s'y prendre, pour rassembler toutes les quatre couleurs après avoir fait couper le jeu plusieurs fois. Il fit exécuter le tour par quelques personnes qui toutes le réussirent aisément.

Par malheur, un de mes amis qui était présent, qui faisait aussi très-bien beaucoup de tours, et auquel j’avais appris récemment le moyen de faire celui-ci avec toutes les cartes, feignit d’ignorer totalement le tour dont on s’occupait. Il attendit le moment où il put s’assurer que le jeu était remis sa complet : ensuite, il dit d’un air innocent : je suis content de savoir ce petit tour et je vous en remercie pour ma part. Il est si simple, que l'on ne peut pas l’oublier, il est inutile que je l’essaie, car je parierais que sur vingt fois je ne le manquerais pas une seule. Le pari fut accepté avec empressement, il était assez considérable. Le tour fut exécuté et réussi au grand étonnement de celui qui avait accepté le pari. Il paraissait si consterné, que toute la compagnie éclata de rire, excepté toutefois celui qui venait d’éprouver un désappointement aussi mystifiant. Le pari, cependant, fht annulé, parce que l'on fit observer que d’une part comme de l’autre, il serait indélicat d’y tenir, puisque chacun des deux parieurs se croyait certain de gagner infailliblement.

SUPPLÉMENT

SECTION III

Joli -petit tour avec des pièces de monnaie.

Si je savais manier le style fleuri, je comparerais ce modeste tour au diamant dont l’admirable éclat n’est visible à l’œil que vu de près. En effet, ce tour ne veut pas se montrer dans une assemblée nombreuse, il veut pour se faire voir, un petit cercle très-resserré, autrement, il concentre en luiméme toutes ses qualités et perd tous ses agréments. Il faut donc renoncer à le produire non-seulement au théâtre, mais encore dans un salon au milieu de beaucoup de monde. Enfin il se trouve à l’aise et n’est dans son élément qu’avec un petit nombre de personnes réunies pour passer ensemble quelques heures à s’amuser.

Si vous souhaitez avoir une idée plus distincte et une connaissance plus formelle de cet être de raison, écoutez l’explication que je vais en donner.

On prend des pièces de monnaie d’une espèce différente, mais de même diamètre, comme par exemple une pièce de deux francs et une de cinq centimes. De ces dernières, il faut en avoir deux ; mais il y en a une qui ne doit pas paraître, celle-ci se tient cachée dans le creux de la main ou entre l’index et le pouce (1) . On prend la pièce de deux francs du bout de ces mêmes doigts. On propose à une personne de tendre la main pour y recevoir cette pièce de deux francs, en lui disant que l’on va compter 1, 2, 3, et qu’en prononçant le mot trois, oh laissera tomber la pièce dans sa main qu’elle fermera tout aussitôt.

On fait ce dont on vient de convenir, et on laisse tomber la pièce dans la main de cette personne; mais tout de suite on se plaint qu’elle n'a pas fermé la main assez vite, et que faute de cette précaution on risque de manquer le tour.

()} J'ai indiqué c« dernier moyen dam la Sorcellerie expliquée, deuxième partie, article 1, p. 147, où la manière d’eicemoter la pièce eil expliquée.

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