FAIRE SAUTER LA COOPE DE DEUX MAINS
Je vais tâcher d’expliquer tout ce qu’il convient de faire pour exécuter ce jeu de main.
Ayant le jeu, je suppose dans la main gauche, aidez-vous de la main droite pour l’étaler en éventail afin de faire tirer une carte. La carte prise, séparez le jeu des deux mains h l'endroit où l’on vient de prendre la carte. Faites mettre cette carte sur le paquet de la main gauche; rapportez sur ce paquet de gauche celui que vous tenez de la main droite, en mettant le petit doigt do la main gauche entre ces deux paquets. L’ouverture formée par l'épaisseur du doigt étant de votre côté, ne peut se voir; le bout extérieur du jeu, qui est en vue des spectateurs, parait fermé, et personne ne peut se douter de la séparation.
Avec le pouce de la main droite et les deux doigts du milieu, saisissez les deux bouts du paquet inférieur. Quant au paquet supérieur, il est maintenu avec le petit doigt et l’annulaire de la main gauche. Les deux autres doigts de cette main n'ont rien à faire.
Dans cette disposition voici le mouvement qu’il faut opérer :
La main droite presse le côté du paquet inférieur dans la fourche formée par la naissance du pouce et de l’index de la main gauche. Ce point d’appui doit rester fixe, sans bouger.
En même temps que la main droite appuie ce côté du paquet sur le point susdit, elle fait lever l’autre côté du même paquet, ce qui produit un mouvement de charnière, et au même moment, le petit doigt et l’annulaire, qui soutiennent le paquet supérieur, tirent en arrière ce paquet, ce qui s’accomplit en faisant un mouvement de la maie comme si on voulait l’ouvrir. Alors l’impulsion donnée à. ce paquet lui fait faire aussi un mouvement semblable à celui que fait la partie de gauche d’un livre que l’on ouvre. Lorsque le côté du paquet dirigé par la main droite est assez relevé pour se trouver au-dessus du paquet dirigé par l'autre main, on verra, si on l’examine, qu’ils forment ensemble un angle droit. Dans ce moment, on ferme la main gauche ; le paquet qu’elle
TOURS DE CARTES
tenait tombe à plat dans cette même main, la main droite lâche le sien sur l'autre, et les doigts de la main gauche se dégagent pour venir se replacer sur le jeu, qui se trouve alors dans sa position ordinaire. On comprend que les deux paquets ont changé de situation, que celui qui était d’abord dessous est venu dessus, ce qui est le but où l'on tendait.
Je n'ai pas besoin de dire que l’ensemble de tous ces détails doit être exécuté en un clin-d’œil ; mais, quand on aura saisi cette manipulation, on verra combien il est facile de devenir habile avec un peu de pratique.
Observations. — Ne faites jamais sauter la coupe immédiatement après avoir fait remettre la carte prise dans le . jeu, parce que, en ce moment, les regards des assistants sont attachés sur vos mains, et telle légèreté que l'on puisse mettre à faire sauter la coupe, on ne peut pas éviter un petit soubresaut qui, s’il était aperçu, ferait conjecturer que, par un coup de main, vous avez déplacé la carte pour vous en rendre maître. Profitez, pour faire sauter la coupe, de l'instant où vous jugez que l’attention vient de cesser de vous poursuivre, et aussitôt que la coupe sera sautée, faites, sans affectation, un faux mélange ( voyez Section VIII) pour donner à croire aux spectateurs que la carte en question est confondue avec les autres et qu'elle ne peut plus être à votre disposition.
Quand vous la faites sauter et que, par prévoyance, vous voulez mettre en défaut quelques regards obstinés, placezvous de façon à ce que le dos de la main qui tient le jeu soit tourné du côté des spectateurs. Dans cette position, le mouvement des mains est bien moins apparent que dans la position opposée, c’est-à-dire quand vous montrez le dos de . l’autre main aux assistants. Cette remarque est importante.
Lorsqu’on voudra que la carte tirée soit sous le jeu au lieu d’être dessus, après avoir fait sauter la coupe, il suffira de mettre le petit doigt sous cette carte au lieu de le mettre dessus. x