‹ La sorcellerie ancienne et moderne expliquée, ou, Cours complet de prestidigitationChapitre 6 sur 64 · FAIRE SAUTER LA COUPE D’UNE SEULE MAIN · texte numérisé non relu

FAIRE SAUTER LA COUPE D’UNE SEULE MAIN

SECTION II

Faire sauter la coupe d’une seule main.

Je dois prévenir ici que cette manière de faire sauter la coupe est rarement utile, parce qu’il est impossible, quelque habile qu’on soit, d’éviter un mouvement très-apparent. On ne se sert de ce moyen que pour faire preuve d’agilité ; mais il doit être rejeté quand on veut faire sérieusement des tours de cartes.

Je sais que souvent ou persuade les personnes qui ne sont point initiées dans les tours, que l’on fait invisiblement sauter la coupe d'une seule main. Il y a plusieurs moyens de simuler cette coupe ; un, entre autres, est de prendre deux cartes que l’on applique bien carrément l'une sur l’autre, et les tenant de deux doigts par les deux bouts, on les montre aux spectateurs comme s’il n’y en avait qu’une. On les pose sur le jeu, que l'on fait un peu craquer avec le pouce en étendant le bras, ensuite on montre la carte de dessus, qui n’est plus celle qu’on a fait voir. Le spectateur, qui ignore la supercherie, croit de bonne foi que l’on a fait sauter la coupe d’une maiD, et l’erreur s’acciédite.

Decremps dit qu'il faut s’exercer à faire sauter la coupe d’une main jusqu’à ce qu’on soit parvenu à la faire sauter vingt fois par minute. Je dis que, quand on pourrait le faire cent fois, ce moyen serait encore à rejeter, car il conserverait, malgré tout, le défaut que je vieas de citer.

Il est cependant, j’en conviens, quelques rares circonstances où l’on peut se servir utilement de cette coupe : je ne laisserai pas passer l'occasion d’en parler.

Je pourrais donner six ou sept manières de faire sauter la coupe d’une main, mais ces descriptions deviendraient d’autant plus ennuyeuses, qu’elles ne seraient d’aucuue utilité

TOURS DE CARTES

pour les tours. Je vais seulement en décrire deux ou trois, qui m’ont semblé les meilleures.

Je vais commencer par celle qui est la plus connue.

Mettez le jeu dans la main qui vous conviendra le mieux, et placez-le de manière que le pouce dépasse sa largeur. Avec le bout de ce pouce, ouvrez le jeu en appuyant la partie que vous détachez sur l'intérieur de la main, et en même temps faites passer sous le jeu (qu'il faut toujours tenir ouvert avec le pouce) le petit doigt et l’index. Les deux doigts du milieu ne bougent pas. Avec cet index et ce petit doigt, poussez la partie inférieure, qui doit s’enlever en étendant la main, sans changer les doigts de position. Dans cot état, le bout du pouce soutient toujours la partie du jeu qu’il avait ouverte. L’autre partie du jeu est maintenue, d’une part, par l’index et lo petit doigt, du côté des figures, et de l’autre part, par les deux doigts du milieu, qui sont sur le dos du paquet. Dans cette situation, laissez tomber dans la main le paquet que soutient le pouce en même temps que vous ramenez le paquet maintenu par les doigts, pour le faire tomber sur le premier paquet que le pouce vient dyabandonner. On dégage vivement l’iadex et le petit doigt, qui viennent se placer sur le jeu où étaient déjà les deux autres doigts.

Je dois vous avertir que, quand vous auriez les mains aussi longues que celles qu’avait Polyphôme, vous les trouverez toujours trop courtes quand vous commencerez l’étude de ce principe. La difficulté vient de ce qu’on ne place pas convenablement d’abord le jeu dans la main ; mais le tact vous mettra au fait.

FAIRE SAUTER LA COUPE D’üNE MAIN.

SECTION III

Deuxième manière de faire sauter la coupe d’une main.

Prenez le jeu avec l’index et le pouce par les deux côtés du bout supérieur, en les tenant verticalement, les figures en devant; les trois autres doigts restent derrière le jeu. Puis, avec le petit doigt, séparez, pat* le bout inférieur, le jeu en deux parties; la partie de derrière est alors maintenue par le petit doigt et les deux doigts du milieu. Dans celte situation, faites passer le grand doigt, qui était resté derrière avec l'autre, dans la séparation du jeu formée par le petit doigt. Ce grand doigt se trouve alors avec le petit, et l’annulaire seul est resté derrière. Ensuite, relevez un peu le paquet de devant pour que l’index ne soit pas arrêté par le coin du paquet de derrière. On se souvient que le paquet de devant est toujours tenu par le pouce et l’index. Après, tâchez de faire passer le paquet de devant derrière l’autre. Pour obtenir ce résultat, il faut étendre tout-à-fait les doigts qui tiennent le paquet de derrière; enfin, vous rassemblez les deux paquets en dégageant les doigts qui se trouvaient entre eux.

On concevra, en étudiant ce principe, que l’extension des doigts qui tenaient le paquet de derrière étant opérée, on n’a plus qu’à fermer la main et à dégager ses doigts pour que le paquet de derrière se trouve par-devant.

Cette manière de faire sauter la coupe d’une main est un peu plus difficile que la précédente, mais elle n’est pas connue. Elle est assez avantageuse en ce que, comme on peut l’exécuter en posant le jeu sur la table, le mouvement que le bras et la main font pour y arriver, dissimule beaucoup celui qui se produit en faisant sauter la coupe, ce qui serait moins praticable avec le premier moyen.

Sorcellerie expliquée. 3

TOURS DE CARTES

SECTION IV

Troisième manière de faire sauta * la coupe d’une main.

Cette manière de faire sauter la coupe d’une main est, sans contredit, la meilleure et la plus utile de toutes, aussi est-ce celle que j’ai adoptée de préférence.

Elle est Ja plus utile, parce qu’en l’exécutant, on connaît toujours la carte de dessous, qui vient frapper les yeux dans son évolution, ce qui est un grand avantage, comme on le verra.

Elle est encore la meilleure, parce que le mouvement que l’on fait en l’opérant est tel que, bien qu’il soit très-apparent, il est pri3 par les spectateurs pour une manière de mêler les cartes d’une main, ce qui prévient les soupçons. Cette iqanière a aussi l’avantage d'être généralement ignorée.

Le jeu étant dans la main comme dans la première méthode, au lieu du petit doigt pour le séparer, servez-vous de l'annulaire. Le paquet supérieur étant maintenu par ce doigt qui est en dessous et les trois autres doigts qui sont par dessus, étendez la main pour le renverser et l’enlever. Dans cette position, ce paquet se présente à la vue les figures en dessus, l’annulaire couché en travers et les trois autres doigta par-dessous; mais voici le mouvement le plus difficile qu’il faut effectuer.

En même temps que vous allez faire fléchir le paquet supérieur avec le grand et le petit doigt, pour le rapprocher du paquet resté dans la main, il faut renverser fortement le pouce en arrière, pour abaisser le plus possible le coin de ce paquet inférieur, qui se trouve pincé entre la naissance du pouce et le côté du métacarpe qui fait suite à l’index.

Ce mouvement de pression imprimé au coin du paquet fait lever le coin qui est diagonalement opposé à celui que fait

Page 1