‹ La sorcellerie ancienne et moderne expliquée, ou, Cours complet de prestidigitationChapitre 61 sur 64 · TOÜBS ET MOYENS DIVERS · texte numérisé non relu

TOÜBS ET MOYENS DIVERS

minute de ce travail, la lame du couteau sera parfaitement aimantée. Si vous frottez une aiguille à coudre de cette lame, l’aiguille sera à son tour aimantée.

Maintenant, prenez un gobelet rempli d’eau : saisissez l’aiguille aimantée par le milieu avec deux doigts et approchezla de tout près, dans une position horizontale, de la surface de l’eau ; lâchez l’aguille. Si tous les points de cetle aiguille tombent en même temps sur l'eau, elle restera à la surface ; mais si la pointe et la tête tombaient l’urte avant l’autre, l'aiguille irait au fond. Au reste, celte opération n'est pas difficile, il faudrait être peu adreit pour la manquer.

L'aiguille étant couchée sur la surface de l'eau, examinezla, vous verrez une de scs extrémités se tourner vers le nord; cela dépendra de la direction que vous avez prise pour aimanter l’aiguille, savoir si vous avez frotté de la pointe à la tète ou de la tête à la pointe; car il faut remarquer que quand vous avez commencé à toucher dans une direction, il faut continuer toujours dans le même sens, parce que si vous variez, une direction contraire détruit ce que l’autre a fait, c'est-à-dire désaimante.

Voilà donc une boussole improvisée. Ne pourrait-on pas se servir dece moyen, n'ayant que celui-là, pour s’orienterdans un cas où il en serait nécessaire ?

SECTION XXI

Tours et moyens divers .

Je vais terminer ce Supplément par l’explication de quelques moyens et procédés qui appartiennent à la prestidigitation et que j’ai oublié de placer dans la Sorcellerie expliquée. Je ne les rapporte ici que parce qu’ils sont peu ou point connus et qu’ils peuvent être agréables aux amateurs de .physique amusante.

Je vais d’abord parler d’une boite fort simple et que l’on

SUPPLÉMENT

comprendra aux piemiers mots, mais elle ne peut servir que pour des tours de cartes. Parmi les instruments propres à la magie blanche, il y en a beaucoup que l'on appelle enlevages , parce qu'ils servent à eBlever invisiblement les objets que l'on met dedans; mais ils n'enlèvent que parce qu'ils emportent par le moyen du couvercle, un double vase qu’on ne voit pas, dans lequel on met les objets que l’on veut escamoter.

Si c'est une carte que l’on veut faire disparaître ou enlever, c’est toujours par un enlevage ou double fond qui la cache. Du reste, tout cela est expliqué dans la Sorcellerie expliquée.

Notre boite n’a pas de double pièce ni de double fond. Si elle a une carte à enlever, elle fait la besogne elle- même et n’emprunte aucun secours étranger. Certes, voilà un bel éloge qui, sans doute, donne envie au lecteur de faire une plus ample connaissance avec cette ingénieuse pièce. Je vais le satisfaire.

C’est tout simplement une espèce de tabatière ronde, d’un diamètre assez grand pour qu'un jeu de cartes puisse s’y loger aisément. On calculera la profondeur de la boîte sur l’épaisseur d’un jeu de cartes. Il faut que le jeu que l’on met dans la boite, soit au niveau de la feuillure; la feuillure est cette épaisseur sur laquelle s’appuie le couvercle, la boîte étant fermée.

S’il n’y a rien de particulier à la cuvette de cette espèce de tabatière, il y a quelque chose d’inusité au couvercle. C’est une saillie circulaire pratiquée au milieu du fond de ce couvercle, et dont le diamètre qui, pourtant est arbitraire, pourrait s’évaluer à la moitié du diamètre de la boîte. Quant à l’élévation ou épaisseur de cette saillie, elle doit être un peu moins haute que le bord du couvercle. Enfin, pour la gouverne absolue de ceux qui voudraient faire faire cette botte, il faut, et ceci est de rigueur, quand un jeu de cartes est dans la boite, qu’en la fermant tout-à-fait, la rondelle saillante

TOURS Et 'MOYENS DIVERS. 495

de dedans le couvercle touche et s’appuie sur le jeu : ceci résume tout. On fera peindre tout l’intérieur en noir.

L’usage de cette boite est d’enlever la première carte du jeu. On met un peu de cire à sceller au milieu du cercle saillant dont nous venons de parler ; on ferme, et en rouvrant, on voit la carte de dessus attachée au ^couvercle. Quand oû fait des tours avec cette boite, il suffit, en ôtant le couvercle qui enlève la carte, de le poser sur la table. Je me suis servi plusieurs fois de cette pièce, et jamais je n’ai vu les soupçons se porter sur le couvercle. On verra par l'expérience et un peu d’imagination à combien de tours de cartes peut servir cet objet si simple.

Il y a peu de temps que plusieurs personnes examinaient une petite collection que j’ai de ces tours. Une dame, en jetant les yeux sur celte boite, me demanda si c’était ma tabatière. Je lui dis que je no les portais pas si grandes. Mais à quoi sert-elle ? — A faire des tours. — Ho ! faites-en donc un avec. Je n’avais rien de préparé et j’étais si vivement pressé, que je ne pouvais refuser. J’en improvisai un. En allant chercher des cartes, j’en pris une qui n’était pas du jeu, sans savoir trop ce que j’en allais faire. C’était le valet de pique, je le gardai dans ma main après avoir mis dessus un peu de cire. Arrivé auprès d’une table, je fixai dessous, sans qu’on y prit garde, mon valet de pique. D'un coup de maîn je trouvai le valet de pique du jeu, je le fis tirer forcément à la dame et le fis remettre dans le jeu. Je fis un faux mélange, j’écartai le jeu en éventail pour faire voir sa carte dans le milieu à cette dame, et âyant fait sauter la coupe, je ramenai le valet de pique sur le jeu que je fis mettre dans la boite. Je dis que j'allais frapper d’une main sur la boîte, pour faire tomber dans l’autre main, à travers la table, la carte que l’on vient de voir dans le jeu qui a été mis par cette dame dans la boîte. En frappant d’une main, je pris de l’autre la carte que j’avais attachée et la fis voir. J’ouvris la boîte et je posai le couvercle sur la table. On prit le jeu

SUPPLÉMENT

pour s’assurer que le valet de pique n’y était plus; on ne trouva point, bien entendu, et chacun chercha en vain comment ce valet qui était assurément dans le jeu qui était renfermé, avait pu en sortir.

Cet exemple d’un petit tour fait à l’improvi3te peut donner l’idée des tours que l'on peut faire avec cette boite.

Voici encore un moyen bien simple pour servir dans les tours où on est censé faire renaître de ses cendres un billet brûlé.

Laprincipale difficulté dans ces tours, est de faire l’échange du billet. Le moyen simple que je propose est aussi sûr qu’ingénieux. On se sert tout bonnement d’un de ces portecrayons qui servent aux dessinateurs. On a un faux billet que l'on a placé dans les pinces de l’un des bouts et que l’on cache dans sa main. Le billet étant écrit, on le fait plier et mettre dans les pinces de l’autre bout. L’échange se fait trèsfacilement en allant vers la bougie pour y brûler le billet. Il suffit de changer de main et de bout. La vue d’un portecrayon n’a rien que de fort naturel pour le spectateurs dans le cas présent; car on le regarde comme un instrument bien choisi pour éviter de se brûleries doigts en posantle billet à la flamme de la bougie.

Maintenant, je vais parler d’uh procédé qui, je puis le dire, m’est particulier. Il s'agit de mettre ostensiblement dans les vêtements de quelqu’un, sans pourtant que l’on s’en doute, une pièce de monnaie. Pour cela, j’amène une occasion pour parler de l’opinion de certaines personnes qui pensent que les objets que l’on fait trouver sur les spectateurs, tels que cartes, pièces de monnaie, bagues, etc., y sont fourrés adroitement par le physicien. Remarquez qu’en ce moment j’ai une pièce de monnaie dans le creux de la main, et continuant de parler, je prends une pièce pareille à celle que j’ai dans la main et je dis : « Comment pourrait-on, par exemple, mettre cette pièce sur Monsieur, soit ici, là ou là, sans qu’il le vit et le sentit? » Ces mouvements sont pris par les

Page 1