‹ La sorcellerie ancienne et moderne expliquée, ou, Cours complet de prestidigitationChapitre 60 sur 64 · FORCE FACTICE · texte numérisé non relu

FORCE FACTICE

en recommençant plusieurs fols ce tour de force. En attendant que je puisse apercevoir ce côté, je vais toujours vous enseigner le moyen.

Il est bien simple; il suffit de faire une petite déchirure au milieu d’un côté d’une ou des deux premières cartes du jeu^ L'effort que font les mains pour opérer ce déchirement du jeu, se porte d’abord sur cette petite fente qui facilite incroyablement la dilacération de toutes les autres cartes.

Voici un petit tour qui peut faire supposer beaucoup d’adresse de la part de celui qui le fait. C’est de piquer une aiguille à coudre dans un lambris sur lequel on la jette de loin. On prend par le milieu une aiguille enfilée, on la lance sur le lambris et elle entre par la pointe comme le ferait une flèche. Cet effet est dû au fil qui fait l'office des plumes ou carton que l’on met à l'extrémité opposée de la pointe d’une flèche pour la diriger.

Si le tour de déchirer avec les mains un jeu de cartes, peut devenir onéreux pour ceux qui se plairaient à le faire souvent, celui que je vais faire connaître peut, au contraire, produire l’effet opposé et devenir une industrie fort lucrative.

On a vu souvent, principalement dans les foires, de ces aigrefins qui en tiraient un bon parti, mais heureusement, grâce à la police, ce genre d'escroquerie est devenu fort rare.

On prend une jarretière, on la plie en double et on la met sur une table en la posant sur un de ses côtés, et la tenant toujours, afin qu'elle ne se renverse pas sur le plat. Vous prenez le bout plié, et en lui faisant parcourir un tour, vous venez le placer entre les deux doubles, de la jarretière. De cette façon, vous avez formé deux boucles qui paraissent au milieu de l’écartement de la jarretière.

Si l'on place la pointe d’un couteau dans la boucle que vous venez de placer entre les deux doubles, et que l'on tire la jarretière par les deux extrémités séparées, le couteau arrêtera la jarretière. Si l’on posait la pointe du couteau dans la boucle d’à côté, la jarretière ne serait point arrêtée.

On propose de mettre un enjeu, en disant que si l’on ale , hasard de mettre la pointe du couteau dans la boucle qui arrête, on aura gagné, et perdu si l’on met dans la boucle qui ne retient pas.

Avec un peu d’attention, on distingue facilement la boucle qui doit arrêter, et on accepte volontiers la proposition. La personne ainsi leurrée gagne d’abord, et l’enjeu augmente j mais quand le banquier voit cet enjeu à son gré et convenablement rondelet, le joueur perd, fort désappointé et trèsétonné de cet échec. Pour gagner, le banquier, en ramenant le bout plié de la jarretière pour le remettre entre les deux doubles, afin de reformer les boucles, au lieu de le placer tout simplement comme la première fois, le renverse sens dessus dessous. Ce changement est tout-à-fait inaperçu, et la boucle parait absolument la même. Alors le joueur doit inévitablement perdre, car les deux boucles ne retiennent plus.

Si l’on sait conduire ce jeu avec adresse, si l’on sait tenter son joueur à propos, on est certain de le dévaliser. Cette dernière considération est le principal motif qui m’a engagé à divulguer un jeu aussi frauduleux.

Voici une petite expérience plus sérieuse que la précédente. Elle tient à la physique expérimentale, et pourtant n’est pas connue de tous les physiciens dans l'étendue complète de ses propriétés.

Prenez une pelle à feu et des pincettes ; si elles ont beaucoup servi, cela n’en vaut que mieux. Etendez la pelle le dos en dessus sur une table. Ayez un couteau et couchez-en la lame sur la pelle. Prenez la paire de pincettes, mettez le haut bout sous votre aisselle pour la bien maintenir et empoignezla un peu au-dessus de l’extrémité inférieure. Alors, avec ce bout inférie» r, vous frottez à grands coups et vigoureusement, et toujours de haut en bas sans changer la directioh de ce mouvement. Il faut retourner plusieurs fois la lame, afin de la frotter des deux côtés. Au bout de moins d’une

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