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La sorcellerie en Béarn et dans le Pays Basque

Après les brillantes conférences que vous avez eu la satisfaction d'entendre , ici même , vous avez dû trouver bien étrange le titre de l'entretien que j'ai eu l'honneur de vous faire annoncer.

Les précédentes fois , vous vous étiez donné rendez-vous dans cette enceinte pour écouter ce qui était le résultat des études littéraires , scientifiques ou artistiques les plus instructives , tandis qu'en ce moment, un seul attrait, — si c'en est un, — l'attrait de curiosité d'un sujet vraiment original , a pu vous attirer.

Ce n'est pas que ce sujet ne se rattache, par divers points, à des questions très-sérieuses, puisqu'elles portent sur des erreurs graves , terribles même , dans lesquelles tombait jadis la société tout

entière et qui malheureusement subsistent encore dans certaine classe qui appelle constamment notre sollicitude et qui mérite que cette sollicitude ne lui fasse jamais défaut : j'ai désigné la classe populaire.

Mais pour prendre mon étude dans le sens profond qu'elle comporterait , il faudrait entrer dans des développements que ne permet pas une simple conférence, une conférence s'adressant , comme celle-ci , à un auditoire dont une partie n'a que faire de certains détails spéciaux, je veux dire de certains détails par trop scabreux.

Cette réserve étant exprimée , je vais tâcher cependant de donner à mon entretien une étendue convenable , de manière à captiver de mon mieux votre bienveillante attention , disposé que je suis, dans la mesure de mes forces et confiant en votre indulgence, dont j'aurai bien besoin, à

Passer du grave au doux , du plaisant au sévère.

LA

SORCELLERIE EN bi-:arn et dans le pays basque

Nous savons tous, Mesdames et Messieurs , que la sorcellerie est la pratique de diverses sciences occultes , donnant des résultats magiques, par suite de rapports ou de combinaisons quelconques avec le diable.

La croyance à la sorcellerie est une croyance maudite.

Maudits, par conséquent, doivent être les ouvrages qui traitent de la sorcellerie dans le sens de la crédulité : entre autres, les prétendus recueils d'Albert-le-Grand ou du Petit Albert, ayant pour titre : « Les admirables secrets d'Albert-le-Grand » ou bien : « Le Trésor du Petit Albert, » Ces livres, qui ne contiennent que des extravagances et des absurdités, sont dus à des spéculateurs impudents , qui ont compté sur l'ignorance et la naïveté du peuple pour les placer en nombre considérable dans les campagnes, en les faisant vendre par des colporteurs, en cachette, de manière à éviter rinter\'en" tion de Tautorité, et à des prix d'autant plus réduits que les éditions en sont des moins soignées. J'en ai vu bien souvent des exemplaires dans certaines maisons rurales et j'ai été heureux de pouvoir en amener la destruction.

Le personnage que l'on appelle, par erreur, Albert-

le-Grand, était désigné sous plusieurs autres noms : Albert le Teutonique, Alben de Ratisbonne, Albert de Cologne, Albenus Grotus; mais son véritable nom était Albert de Groot (*).

C'était un vénérable Dominicain, né dans la Souabe, à Lawigen sur le Danube, en 1205. Il fîit évêque de Ratisbonne et mourut à Cologne, à l'âge de 87 ans.

Ses ou\Tages, qui turent publiés en 165 1 seulement et qui eurent 21 volumes, sont d'un savant chrétien; il dit lui-même dans Tun d'eux : « Tous ces contes de démons qu'on voit rôder dans les airs et de qui on tire le secret des choses futures sont des absurdités que b saine raison n'admettra jamais. »

C'est donc à ton qu'Albert de Groot a été placé au nombre des magiciens par les démonographes. L'a-t-on fait parce que cet homme, qui avait de grandes connaissances scientifiques, s'était amusé quelquefois, dans des réunions d'amis, à faire de la magie blanche, c'està-dire des tours de prestidigitation? D n'en fallait pas davantage autrefois pour être considéré comme sorcier.

Pour nous en convaincre, nous avons, en Béam, le souvenir de Jean-Henri Fondeville, de Lescar (*), non, comme on aurait pu le croire, l'avocat au Parlement de Navarre, mon en 1705, qui fut un poète béarnais remarquable, dont l'œuvre la plus importante, encore inédite, sera incessamment publiée, mais son petit-fils et filleul, le docteur médecin, qui se montra un prodige de science et, dans ses moments de loisir, étonna tout le monde» autour de lui, par des expériences ou des jeux de physique et autres que l'on croyait volontiers au dessus des

(1) Dictionaaire des sciences occultes , Paris, Migne. \S^2. .

(2) Lescar. ancien sié^ épiscopal, aujourd'hui cheMieu de canton, arrondissement de Pau.

possibilités naturelles. Ce souvenir est devenu légendaire à Lescar, où l'on parle souvent de Fondeville, « le magicien », d'après quelques-uns, « le sorcier », d'après certains autres.

J'ai découvert tout récemment sa tombe dans l'intérieur de la cathédrale de cette antique cité et j'ai appris, par l'épitaphe gravée sur la pierre et presque illisible, qu'il mourut, à l'âge de 31 ans, le 14 mai 1723, et que le jour de sa mort fut un jour de deuil pour toute la population (•). Il n'avait donc jamais fait le mal que Ton attribuait aux « sorciers », car la société ne pleure que les hommes qui ont vécu en faisant le bien (•).

L'histoire générale de la sorcellerie a été faite par divers écrivains sérieux ; mais pour notre région nous n'avions que l'ouvrage de Pierre de Lancre, le magistrat crédule du Parlement de Bordeaux, qui s'était occupé ,

{\) Cette pierre, qui se trouve près des fonts baptismaux, recouvre trois sépultures , celles do Taieul et de l'aïeule , comme celle du petit-lils. La lin de l'épitaphe est ainsi conçue :

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